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Football

Gravina démissionne - l'Italie rate encore le Mondial

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: RMC Sport

Après l'élimination aux tirs au but en Bosnie, le président de la fédération italienne Gabriele Gravina a quitté son poste. Une crise profonde secoue le football transalpin.

Gravina démissionne - l'Italie rate encore le Mondial

Deux fois en huit ans. L'Italie, quatrième nation la plus titrée de l'histoire de la Coupe du monde, manquera une nouvelle fois le rendez-vous mondial en 2026, rejoignant au rang des absents une liste qui ne devrait pas être la sienne. Deux jours après le naufrage de la Nazionale à Sarajevo — un match nul concédé en fin de rencontre face à la Bosnie-Herzégovine, puis une défaite aux tirs au but (4-1 dans l'exercice de la séance) qui a glacé tout un pays — Gabriele Gravina a remis sa démission lors d'une réunion extraordinaire de la Federazione Italiana Giuoco Calcio, ce jeudi. Un président qui part, un sélectionneur sur le départ : la crise du calcio n'est plus conjoncturelle. Elle est structurelle.

Le signe d'une fracture que les résultats ne peuvent plus masquer

Il y a quelque chose de presque symbolique dans la façon dont cette élimination s'est construite. La Nazionale n'a pas été dominée, écrasée, humiliée sur le plan du jeu. Elle a tenu, résisté, puis lâché dans les ultimes instants du temps réglementaire avant de s'effondrer dans la loterie des tirs au but. C'est précisément ce type de défaite qui est le plus révélateur : un vestige de compétitivité qui ne suffit plus à franchir les derniers obstacles, une équipe qui n'a ni le talent individuel pour faire la différence, ni le collectif solide pour compenser.

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Gennaro Gattuso, nommé en 2024 pour tenter de reconstruire après l'ère Mancini et l'échec de Luciano Spalletti, n'aura pas survécu à cet échec. Sa démission ou son renvoi, selon la formule retenue, ne constitue qu'une formalité au regard de ce qui s'est joué en Bosnie. C'est la troisième sélection différente qui échoue à qualifier l'Italie pour une Coupe du monde depuis 2018 — une série qui n'a pas d'équivalent dans l'histoire récente d'une grande nation du football européen.

Gravina, lui, portait cette fédération depuis 2018, précisément l'année du premier traumatisme. Il avait survécu à la catastrophe Qatar — compensée, il est vrai, par le titre à l'Euro 2020 remporté à Wembley en juillet 2021. Cette fois, la grâce d'un sacre continental ne viendra pas amortir la chute. Il reste les accusations d'une gestion fédérale trop peu tournée vers la formation, un championnat de Serie A en perte de vitesse sur la scène européenne depuis plusieurs saisons, et une Nazionale qui n'a tout simplement plus les ressources humaines pour être compétitive aux plus hauts sommets.

Quand le miroir du football de club se reflète dans l'équipe nationale

Pour comprendre ce qui arrive à l'Italie, il faut regarder au-delà des tirs au but manqués à Sarajevo. Le football italien traverse depuis une décennie une crise de production de talents qui n'a pas d'équivalent parmi les nations du top 5 européen. Là où l'Espagne a construit des filières de formation mondialement reconnues, là où la France produit en série des joueurs de classe internationale — rappelons que les Bleus ont placé plus de 80 joueurs dans les cinq grands championnats européens la saison passée — l'Italie peine à alimenter sa Nazionale en profils capables de peser au niveau mondial.

La Serie A, jadis le championnat le plus relevé de la planète, attire aujourd'hui davantage de joueurs en fin de carrière ou en reconstruction qu'elle n'exporte de talents formés localement. Sur les 23 joueurs convoqués par Gattuso pour ces barrages, moins d'un tiers évoluaient dans un club qualifié pour la phase à groupes de la Ligue des champions cette saison — un indicateur brutal du niveau d'exposition au très haut niveau de cette génération.

Cette réalité économique et sportive dépasse largement la question d'un sélectionneur ou d'un président de fédération. Les clubs italiens, à quelques exceptions près, n'ont pas les moyens financiers de rivaliser avec les mastodontes anglais, espagnols ou désormais saoudiens sur le marché des transferts. L'Inter Milan et Juventus Turin restent des acteurs de poids en Ligue des champions, mais ils ne constituent pas à eux seuls un vivier suffisant pour nourrir une sélection nationale compétitive sur la durée.

Une reconstruction qui s'annonce longue et sans garantie de résultat

La FIGC va devoir agir vite. Trouver un successeur à Gravina, nommer un nouveau sélectionneur, remettre à plat une politique sportive qui a montré ses limites : les chantiers sont nombreux et le temps presse, dans un calendrier qui enchaîne désormais Nations League, Euro 2028 et les qualifications pour le Mondial 2030 sans véritable respiration.

Plusieurs noms circulent déjà pour prendre en main la Nazionale, dont celui d'Antonio Conte — dont le bilan à Naples la saison passée témoigne d'une capacité à restructurer rapidement un groupe en difficulté — ou celui de Roberto Mancini, dont la parenthèse saoudienne n'a jamais vraiment semblé être son horizon définitif. Mais le problème n'est pas d'ordre tactique ou managérial. Aucun entraîneur, aussi talentueux soit-il, ne peut fabriquer des joueurs que le système de formation n'a pas produits.

La vraie question, celle que la démission de Gravina pose sans la résoudre, est celle de la refondation du modèle footballistique italien dans son ensemble. Il s'agit de repenser les centres de formation, de redonner du temps de jeu aux jeunes dans les clubs professionnels, de réformer un championnat dont le format et l'économie n'incitent plus à prendre des risques sur des talents locaux non confirmés. C'est un chantier de dix ans, pas de dix mois.

Pendant ce temps, le Mondial 2026 se jouera aux États-Unis, au Mexique et au Canada sans la nation de Paolo Maldini, de Roberto Baggio et de Fabio Cannavaro. L'Italie regardera depuis son canapé — pour la deuxième fois consécutive — la plus grande fête du football mondial. Et il serait naïf de croire que cela suffit à provoquer le sursaut nécessaire. Les crises profondes ne se règlent pas dans l'émotion de la défaite. Elles se règlent dans la durée, avec une lucidité que le football italien devra encore prouver qu'il est capable de trouver.

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