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Football

De Rossi allume la fédération italienne sans retenue

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

L'entraîneur du Genoa a taclé frontalement la FIGC avant le choc contre la Juventus. Une sortie qui ne passera pas inaperçue.

De Rossi allume la fédération italienne sans retenue

Il y a des conférences de presse que l'on oublie aussitôt la salle quittée, et d'autres qui secouent le football d'un pays entier. Celle de Daniele De Rossi, ce lundi, appartient clairement à la seconde catégorie. Installé devant les micros à la veille du déplacement du Genoa à Turin pour affronter la Juventus en Serie A, l'ancien capitaine de la Roma n'a pas perdu une seconde pour régler ses comptes avec la Fédération italienne de football — la FIGC. Pas de détour, pas de langue de bois. Du De Rossi pur jus.

Quand l'homme du vestiaire prend le micro contre les costumes

On connaît le personnage. Daniele De Rossi n'a jamais été du genre à sourire poliment pour la galerie. Sur le terrain pendant vingt ans, il distribuait les hématomes avec la même constance qu'il délivrait les passes décisives. Sur le banc, il semble avoir gardé exactement la même franchise. Ses mots ciblant la FIGC n'ont donc rien d'accidentel — ce sont des mots choisis, pesés, lancés sciemment.

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Le fond de sa critique touche à une question qui agite depuis des mois une partie du football transalpin : la gestion institutionnelle du jeu italien, entre calendriers surchargés, manque de soutien aux clubs de milieu de tableau et décisions arbitraires perçues comme favorisant systématiquement les grandes écuries. Le Genoa, club historique et doyenne de Serie A avec 132 ans d'existence, est précisément un de ces clubs que les projecteurs médiatiques et institutionnels survolent sans jamais vraiment s'y poser.

De Rossi ne s'est pas arrêté à une pique discrète. Il a pointé l'organisation même de la fédération, sa capacité à entendre les entraîneurs du quotidien plutôt que de se contenter de gérer le football d'en haut, depuis Rome. Une posture qui lui vaudra sans doute quelques inimitiés dans les couloirs de la via Gregorio Allegri. Mais visiblement, c'est le dernier de ses soucis.

Ce qui rend cette sortie encore plus percutante, c'est le contexte dans lequel elle intervient. La Serie A traverse une période de turbulences : la Nazionale a manqué deux Coupes du Monde consécutives, le championnat peine à retrouver son lustre européen des années 2000, et les débats sur la réforme du football de formation reviennent comme un disque rayé à chaque trêve internationale. Quand un entraîneur de la stature symbolique de De Rossi — 117 sélections avec l'Azzurra, champion du monde 2006 — prend la parole pour critiquer la maison, ça ne ressemble pas à un simple coup d'humeur.

  • 117 sélections avec l'Italie pour Daniele De Rossi, l'un des joueurs les plus capés de l'histoire de la Nazionale
  • 132 ans d'histoire pour le Genoa Cricket and Football Club, le doyen du football italien
  • 2 Coupes du Monde consécutives manquées par la sélection italienne (2018 et 2022)
  • 14e place au classement de Serie A pour le Genoa à mi-saison, dans une zone inconfortable

Avant la Juventus, un message qui dépasse largement le match de lundi

Choisir ce moment précis — la veille d'un choc contre la Juventus — pour monter au créneau contre la FIGC, ce n'est pas anodin. De Rossi sait parfaitement que les caméras sont braquées, que chaque mot sera repris, amplifié, commenté. Il aurait pu attendre. Il ne l'a pas fait. C'est un choix politique autant que footballistique.

Car la Juventus, c'est aussi une institution. Le club le plus titré d'Italie, celui qui entretient avec la fédération des relations historiquement complexes — souvenons-nous du Calciopoli de 2006, cette affaire de matchs truqués qui avait provoqué la relégation de la Vieille Dame en Serie B. Parler de la FIGC à la veille d'affronter Turin, c'est remuer des sédiments qui ne se sont jamais vraiment déposés.

Sur le plan sportif, le Genoa aborde ce déplacement dans une position délicate. L'équipe ligurienne navigue dans les eaux troubles du milieu de classement, loin des ambitions européennes mais soucieuse de construire quelque chose de solide sous la houlette de De Rossi, arrivé sur le banc avec la mission de stabiliser un groupe talentueux mais irrégulier. La Juventus de Thiago Motta, elle, cherche à confirmer ses ambitions dans le top 4 après une entame de saison en dents de scie.

Dans ce contexte, la conférence de presse de De Rossi prend une double dimension. D'un côté, le coach qui prépare ses joueurs à un match difficile, qui assume la pression d'une affiche nationale. De l'autre, l'homme de football qui refuse de se taire sur des sujets qui dépassent les quatre lignes blanches. Il l'a toujours fait — à Rome, quand il prenait position sur les questions sociales depuis son brassard de capitaine, et aujourd'hui depuis son banc génois.

La question qui se pose désormais est simple : la FIGC va-t-elle répondre ? Le président Gabriele Gravina, en poste depuis 2018 et régulièrement critiqué pour sa gestion du football amateur comme du football d'élite, a jusqu'ici navigué les critiques avec une certaine imperméabilité. Mais une attaque publique d'un joueur aussi emblématique que De Rossi est d'une autre nature. Ce n'est pas un entraîneur anonyme qui se plaint d'un calendrier. C'est une légende vivante du calcio qui dit tout haut ce que beaucoup murmurent dans les vestiaires.

Le football italien a besoin de voix comme celle de De Rossi. Des voix qui ne calculent pas, qui ne protègent pas leur image au détriment de leur conviction. Que la FIGC l'entende ou choisisse de faire la sourde oreille, cette sortie aura au moins le mérite de forcer le débat. Et si le Genoa réussit l'exploit de ramener un résultat de l'Allianz Stadium lundi soir, nul doute que les mots de son entraîneur résonneront encore plus fort dans toute la péninsule.

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