Des supporters de l'Atlético de Madrid ont entonné des chants islamophobes avant le quart de finale aller de Ligue des Champions contre le FC Barcelone au Nou Camp.
Le foot espagnol n'en finit pas de se traîner ses vieux démons. Quelques heures avant le coup d'envoi du quart de finale aller de Ligue des Champions entre le FC Barcelone et l'Atlético de Madrid au Nou Camp, des supporters rojiblanco ont une nouvelle fois entonné des chants à caractère islamophobe. Des images relayées massivement sur les réseaux sociaux, filmées dans les rues de Barcelone, où l'on entend distinctement ces individus vociférer des insultes visant directement les musulmans. Un spectacle nauséabond qui replonge le club madrilène dans une polémique qu'il pensait — ou feignait — avoir dépassée.
Une récidive qui tord le cou aux belles déclarations officielles
Ce n'est pas la première fois. C'est là le problème central. La frange radicale de certains groupes de supporters de l'Atlético de Madrid a déjà été épinglée à plusieurs reprises pour des comportements similaires, que ce soit lors de matchs à domicile au Civitas Metropolitano ou en déplacement en Europe. L'UEFA, qui se targue de mener une lutte acharnée contre les discriminations dans le football, a ouvert des procédures disciplinaires contre le club madrilène par le passé. Mais visiblement, les sanctions tombées n'ont pas suffi à éteindre l'incendie.
Ce qui frappe dans cet épisode, c'est le contexte. On parle d'un quart de finale de Ligue des Champions, la plus grande scène européenne, sous les projecteurs de la planète entière. Pas d'un match de bas de tableau un mardi pluvieux. Ces individus ont choisi le moment le plus visible pour se livrer à ce type de comportement, comme si la caméra et l'audience mondiale leur importaient peu — ou pire, comme si elles les encourageaient.
Du côté du club, le silence institutionnel reste assourdissant dans les premières heures. L'Atlético de Madrid, qui évolue sous la présidence de Enrique Cerezo et dont l'entraîneur Diego Simeone incarne depuis plus de dix ans une certaine idée du collectif et du combat, peine à prendre la parole fermement et rapidement à chaque fois que ces scènes ressurgissent. Une posture qui interroge sur la volonté réelle du club de s'attaquer au problème à la racine, au-delà des communiqués lisses publiés sous pression.
Les chiffres donnent la mesure du défi. L'UEFA a infligé des amendes et des huis clos partiels à plusieurs clubs espagnols ces dernières saisons pour comportements discriminatoires. En 2023-2024, la Liga et ses clubs affiliés ont recensé plus de 40 incidents à caractère raciste ou discriminatoire dans les stades, selon les données compilées par l'observatoire Kick It Out et les associations espagnoles de lutte contre le racisme dans le sport. Un chiffre qui ne reflète qu'une partie de la réalité, puisqu'une large majorité des incidents ne sont jamais officiellement signalés.
- +40 incidents discriminatoires recensés en Liga lors de la saison 2023-2024
- Plusieurs procédures UEFA ouvertes contre l'Atlético ces dernières années pour comportements de supporters
- Quart de finale de Ligue des Champions contre le FC Barcelone au Nou Camp, contexte de l'incident
- Amendes et huis clos partiels : les sanctions déjà prononcées n'ont pas dissuadé les récidivistes
La Liga et l'UEFA face à un test de crédibilité
La question qui brûle les lèvres de tous ceux qui suivent ce dossier de près est simple : jusqu'où faudra-t-il aller pour que les sanctions soient réellement dissuasives ? Parce que le problème n'est pas propre à l'Atlético. Le Deportivo Alavés, le Real Madrid et d'autres clubs espagnols ont tous connu des épisodes similaires. Mais l'Atlético, avec ses groupes ultras historiquement bien organisés au sein du Frente Atlético, revient régulièrement sur le devant de la scène pour les mauvaises raisons.
L'UEFA dispose pourtant d'un arsenal réglementaire censé répondre à ces situations. Le règlement disciplinaire de l'instance prévoit des amendes, des matchs à huis clos, voire l'exclusion de compétition pour les clubs dont les supporters se rendent coupables de comportements discriminatoires de façon répétée. Mais entre le texte et l'application réelle, le fossé reste immense. Les amendes prononcées jusqu'ici — souvent quelques dizaines de milliers d'euros pour des clubs qui brassent des centaines de millions — font sourire. Elles n'ont pas le poids suffisant pour forcer un changement de culture.
La Liga, de son côté, se retrouve elle aussi dans une position inconfortable. L'organisation dirigée par Javier Tebas a multiplié les initiatives anti-discrimination ces dernières années, notamment via son protocole d'arrêt de match en cas d'insultes racistes. Un protocole qui ne peut toutefois s'appliquer qu'à l'intérieur des stades — pas dans les rues de Barcelone avant le coup d'envoi. C'est là toute la limite du dispositif. Les chants filmés ce soir-là se sont produits hors de toute juridiction sportive directe, ce qui complique la réponse institutionnelle.
Pour les joueurs concernés, cette ambiance est loin d'être anodine. Plusieurs footballeurs professionnels évoluant dans des clubs espagnols ont témoigné publiquement de l'impact psychologique de ce type de chants, que ce soit en conférence de presse ou sur les réseaux sociaux. Le défenseur Achraf Hakimi, qui évolue au Paris Saint-Germain mais a grandi au Real Madrid, avait rappelé il y a quelques mois que grandir dans le football espagnol avec un nom à consonance arabe, c'est apprendre très tôt à faire la sourde oreille. Une déclaration qui en dit long sur l'environnement que ces comportements contribuent à entretenir.
Ce nouvel incident intervient dans un calendrier européen chargé et sous haute surveillance. La Ligue des Champions, compétition phare de l'UEFA qui génère plus de 3,5 milliards d'euros de revenus annuels, se veut une vitrine du football mondial. Difficile de tenir ce rôle quand des images de chants islamophobes circulent librement la veille d'un quart de finale. La pression sur l'UEFA pour agir concrètement — et vite — n'a jamais été aussi forte. Ce qui se passera dans les prochains jours, sur le plan disciplinaire, dira beaucoup sur la réalité de l'engagement de l'instance européenne contre les discriminations. Ou sur son absence.