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Football

Simeone pleure Lucescu, le maestro qui a tout vu

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Mircea Lucescu est décédé à 80 ans après une crise cardiaque. L'entraîneur de l'Atlético Madrid lui a rendu un hommage vibrant.

Simeone pleure Lucescu, le maestro qui a tout vu

« Il m'a appris ce qu'était vraiment le football. » Diego Simeone n'a pas cherché ses mots longtemps. Quand la nouvelle de la mort de Mircea Lucescu a traversé le monde du football comme une décharge, le technicien argentin de l'Atlético Madrid a pris la parole, la voix chargée, pour rendre hommage à celui que beaucoup considéraient comme l'un des derniers grands sages du jeu. Le Roumain s'est éteint à 80 ans, emporté par une crise cardiaque, laissant derrière lui une carrière de plus de cinquante ans sur les bancs d'entraîneur, des trophées sur quatre continents, et surtout une influence discrète mais profonde sur des générations entières de footballeurs et de techniciens.

Un monument s'effondre dans le silence du soir

Hospitalisé en urgence après avoir subi une crise cardiaque, Lucescu n'a pas survécu. La Roumanie, dont il dirigeait encore la sélection nationale à un âge où la plupart de ses contemporains se contentaient de regarder les matchs depuis leur canapé, perd bien plus qu'un sélectionneur. Elle perd une institution. Un homme qui avait accepté, en 2021, de prendre en main une équipe nationale à bout de souffle, convaincu qu'il lui restait encore quelque chose à donner au football de son pays natal.

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Simeone, lui, n'a pas hésité une seconde. Sur les réseaux sociaux puis devant les micros en zone mixte après l'entraînement de l'Atlético, il a rendu un hommage poignant, personnel, qui tranchait avec les communiqués habituels taillés dans le marbre du protocole. « Mircea était un visionnaire. Pas le genre d'homme qui parle beaucoup pour dire peu — lui, quand il parlait, tu t'arrêtais d'écrire pour écouter vraiment. » Des mots simples. Vrais.

Les deux hommes s'étaient croisés il y a plusieurs années, à une époque où Lucescu était au sommet de sa gloire européenne avec le Shakhtar Donetsk, club ukrainien qu'il avait transformé en machine à produire du jeu et des trophées. Dix-neuf ans sur le banc du Shakhtar, deux Coupes UEFA, et une façon de faire jouer le football offensif qui avait fait le tour des salles de tactique du continent. Simeone avait étudié son football comme on étudie un texte classique.

Une carrière bâtie sur trois décennies de frontières traversées

Né en 1945 à Brăila, Mircea Lucescu avait d'abord été joueur, international roumain à plus de 70 reprises, avant de basculer vers l'entraînat avec la même rigueur qu'il mettait dans ses tacles. Sa carrière de coach a débuté dans les années 1980 et n'a plus jamais vraiment connu de pause. Brescia, Reggio Calabria, Pisa en Italie. Galatasaray, Beşiktaş, la sélection turque. Le Shakhtar Donetsk, bien sûr, où il a passé ses meilleures années européennes. Et enfin le Dynamo Kyiv, avant de revenir au chevet de la Roumanie.

Ce qui frappait chez Lucescu, c'était cette capacité à s'adapter sans jamais se trahir. En Turquie, il avait appris la langue. En Ukraine, il avait appris à faire cohabiter des joueurs brésiliens importés en masse avec un noyau dur slave. Résultat ? Le Shakhtar a remporté la Coupe UEFA en 2009, battant le Werder Brême en finale, un exploit que personne n'avait vraiment vu venir. Ce titre européen reste à ce jour la plus belle heure du football ukrainien de club.

À 75 ans, quand il avait accepté le poste de sélectionneur de la Roumanie, les critiques avaient fusé. Trop vieux, trop de son temps, pas assez connecté à une génération de joueurs nés avec les réseaux sociaux. Lui s'en moquait. Il avait vu trop de cycles, trop de modes passer, pour se laisser déstabiliser par quelques éditorialistes pressés. Et il avait bossé, simplement.

Après Lucescu, le football roumain face à un vide immense

La mort de Lucescu tombe au plus mauvais moment pour une sélection roumaine qui cherchait encore ses marques après une campagne à l'Euro 2024 plutôt prometteuse, où les hommes en jaune et bleu avaient terminé premiers de leur groupe avant d'être éliminés en huitièmes de finale par les Pays-Bas. Ce groupe, c'est Lucescu qui l'avait en partie construit, repéré, soudé. Qui va reprendre le flambeau ? La question est posée, et elle n'a pas de réponse évidente ce matin.

Du côté de Diego Simeone, l'hommage a résonné aussi comme un message à ses propres joueurs. L'entraîneur de l'Atlético Madrid — lui-même considéré comme l'un des coaches les plus titrés et les plus respectés de sa génération avec ses deux titres de Liga et sa présence répétée en finale de Ligue des Champions — n'oublie jamais de rappeler qu'il est le produit de ceux qui l'ont précédé. Lucescu faisait partie de ces hommes-là.

Dans les vestiaires, les hommages se sont multipliés. Anciens joueurs du Shakhtar, techniciens formés à son école, présidents de clubs avec lesquels il avait travaillé — le football européen a rarement autant pleuré un entraîneur en activité. Parce que Lucescu, contrairement à beaucoup, était encore là. Encore debout. Encore en train de préparer des matchs.

Peut-être que c'est ça, finalement, la marque des grands. Ils ne partent pas à la retraite parce qu'ils n'ont plus rien à dire. Ils continuent jusqu'à ce que leur corps décide pour eux. Mircea Lucescu était encore sur le pont quand il est tombé. À 80 ans. Sur son banc, ou presque. Le football roumain, le football européen tout entier, va devoir apprendre à tracer sa route sans lui. Ça ne sera pas simple — et ce n'est pas un compliment de façade, c'est une réalité que Diego Simeone a résumée mieux que quiconque ce soir-là, avec quelques mots rares et pesés comme des hommages devraient toujours l'être.

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