Christophe Dugarry réclame publiquement le retour d'Antoine Griezmann en équipe de France, un an et demi après la retraite internationale de l'attaquant de l'Atlético.
« Il manque à cette équipe. » Voilà, en substance, ce que pense Christophe Dugarry d'Antoine Griezmann et de son absence en équipe de France. L'ancien attaquant des Bleus, champion du monde 1998 aux côtés de Didier Deschamps, n'a pas mâché ses mots pour exprimer sa frustration face à une situation qu'il juge absurde. Un an et demi après la retraite internationale du numéro 7 de l'Atlético de Madrid, le débat refuse de mourir. Et pour cause.
Dugarry dit tout haut ce que beaucoup pensent tout bas
Depuis son retrait annoncé à l'automne 2023, Antoine Griezmann n'a jamais vraiment disparu du radar des sélectionneurs, des consultants et des supporters. Le paradoxe est saisissant : à 33 ans, l'attaquant de l'Atlético de Madrid continue d'afficher un niveau qui ferait rougir bien des internationaux réguliers. Sur la saison en cours, il tourne à plus de 12 buts et 8 passes décisives en Liga, des chiffres qui lui confèrent toujours un statut de joueur décisif au plus haut niveau européen.
Christophe Dugarry, qui suit les Bleus de très près depuis des années via ses interventions médiatiques, a donc décidé de ne plus se taire. Selon nos informations, l'ancien Bordelais aurait exprimé publiquement son agacement face à l'absence du Gone de Mâcon dans les convocations de Didier Deschamps. Pour Dugarry, le message est clair : la France se prive volontairement d'un joueur de classe mondiale au profit d'options moins abouties, et ça l'énerve.
Le timing n'est pas anodin. L'équipe de France traverse une période de reconstruction relative après l'Euro 2024, où les Bleus ont buté en demi-finale face à l'Espagne. La question de l'efficacité offensive, chronique depuis plusieurs années, reste entière. Marcus Thuram et Olivier Giroud sont partis, Randal Kolo Muani peine à s'imposer en club, et Deschamps jongle avec ses options en attaque. Dans ce contexte, l'argument Dugarry prend du poids.
À en croire l'entourage du joueur, Griezmann n'a jamais fermé définitivement la porte à un retour. Sa décision de 2023 aurait été prise dans un contexte émotionnel particulier, après une Coupe du monde 2022 où il avait pourtant été l'un des meilleurs Bleus malgré la défaite en finale face à l'Argentine. Certains proches assurent qu'un appel de Deschamps suffirait. D'autres sont moins catégoriques.
- 33 ans — l'âge actuel de Griezmann, qui reste performant à haut niveau en Liga
- 137 sélections — le total en Bleus de Griezmann, deuxième joueur le plus capé de l'histoire derrière Hugo Lloris
- 44 buts en équipe de France, troisième meilleur buteur derrière Thierry Henry et Olivier Giroud
- Été 2023 — date à laquelle Griezmann annonce sa retraite internationale, à 32 ans
Deschamps face à un choix qui dépasse le seul cas Griezmann
La vraie question que pose la sortie de Dugarry n'est pas tant sportive que politique, au sens noble du terme. Rappeler Griezmann, c'est admettre implicitement que la page n'était pas tournée. C'est aussi potentiellement fragiliser des joueurs qui ont été titularisés en son absence et qui ont construit leur légitimité sur cette absence. Didier Deschamps est un sélectionneur pragmatique, pas un idéologue. Il a rappelé des joueurs dans des situations inattendues par le passé. Mais il déteste les retours en arrière perçus comme des aveux de faiblesse.
Sportivement, l'argument tient. Griezmann n'est pas un joueur qui a décliné physiquement. Il n'est pas blessé à répétition. Il n'est pas en méforme chronique. Il est tout simplement en dehors du groupe parce qu'il a décidé de partir. La nuance est importante. Ce n'est pas un cas Karim Benzema, avec une relation fracturée et des années de mise à l'écart imposée. Ici, c'est le joueur qui a tiré le rideau le premier.
Selon nos informations, plusieurs membres du staff technique fédéral ont évoqué le sujet en interne ces derniers mois, sans jamais trancher. La Fédération Française de Football, de son côté, n'a fait aucune déclaration publique sur une éventuelle réintégration. Deschamps, lui, a soigneusement évité le sujet lors de ses dernières conférences de presse, ce qui en dit long sur la délicatesse du dossier.
Dugarry, en prenant publiquement position, remplit une fonction médiatique classique : il dit l'indicible, il force le débat, il oblige les acteurs à se positionner. C'est son rôle de consultant, et il le joue avec l'aplomb de celui qui a lui-même porté le maillot bleu dans les grandes occasions. Son palmarès lui donne une légitimité que peu peuvent contester.
Reste que le vrai pouvoir de décision appartient à deux hommes seulement : Didier Deschamps et Antoine Griezmann lui-même. L'un devrait faire le premier pas, l'autre devrait accepter de revenir sur une décision publique. Deux ego, deux hommes forts, une situation inconfortable. Rien n'indique à ce stade qu'un dénouement soit imminent.
La prochaine fenêtre internationale, en mars, sera scrutée de près. Si Deschamps convoque Griezmann, ce sera la surprise de l'année dans le football français. S'il ne le fait pas, Dugarry remontera probablement au créneau. Le débat Griezmann en Bleus a encore de beaux jours devant lui — et c'est peut-être exactement ce que cherche l'ancien Madrilène, sans jamais le dire ouvertement.