Après la victoire contre l'Irlande du Nord, le sélectionneur français joue l'humour sur l'inefficacité de sa star. Une plaisanterie qui masque mal les vraies questions.
Didier Deschamps a choisi l'arme de l'ironie. Face aux journalistes, après le 3-1 contre l'Irlande du Nord à Lille, le sélectionneur français a désamorcé la tension d'une punchline bien sentie sur Kylian Mbappé et ses jambes apparemment devenues étrangères aux filets. On aurait presque rigolé. Presque. Car derrière cette plaisanterie de vestiaire, c'est une question bien plus inconfortable qui monte en surface : quand une star de ce calibre se met à gâcher les occasions comme des miettes de pain, est-ce vraiment un souci mineur à régler d'une boutade?
Mbappé, l'attaquant qui oublie de marquer
Voilà le paradoxe qui commence à déranger. Mbappé accumule les possessions, les courses, les décalages — il y a une activité constante du côté du numéro 10 français. Sauf que l'activité, c'est comme une belle possession sans passe finale : on admire, on applaudit, et puis on rentre chez soi en se demandant ce qu'on a vraiment vu. Contre l'Irlande du Nord, à Lille, il s'est créé des situations. Des occasions réelles. Pas des demies-chances de remplacement à la 87e minute, non. Du vrai travail d'avant-centre. Et puis rien. Zéro but. Un blanc blanc blanc.
C'est d'autant plus étrange que ce garçon-là, on le connaît. On l'a vu nettoyer des défenses entières à Rennes, à Marseille, en Ligue 1. On l'a regardé transformer chaque ballon en or au Paris Saint-Germain pendant des années. Alors quand Deschamps sort son humour bon enfant — « vous savez, Mbappé, il faut qu'il marque, hein, c'est son job » — c'est presque gênant. Pas méchant. Juste gênant. Parce qu'à Monaco, à Paris, personne ne se posait la question. Elle se posait même pas. On avait bien des choses à discuter avec Mbappé, mais son efficacité, franchement, ce n'était pas le problème numéro un de la France.
Or voilà qu'en Équipe de France, depuis des mois maintenant, on compte les buts sur les doigts. Quatre réalisations en treize sélections, selon les chiffres des matchs récents — ce n'est pas catastrophique sur le papier, mais c'est maigre pour quelqu'un qui est censé être votre leader offensif à la Coupe du monde. L'écart entre le potentiel et le rendu s'est creusé. Et Deschamps le sait. Voilà pourquoi il plaisante.
Questions sans réponses pour la route vers le Mondial
Parce que rire, c'est un peu se donner du courage avant la montée en escalade. La victoire contre l'Irlande du Nord, d'accord, c'est une victoire. Trois buts à un, ce n'est jamais déplaisant. Mais regardons les faits : la France a eu du mal à mettre le match en sécurité face à une équipe qui n'était franchement pas du calibre de ses rêves les plus fous. Si Mbappé avait transformé une ou deux occasions, on parlait d'un 5-1 tranquille et personne n'aurait levé le petit doigt en conférence de presse.
Les vrais soucis sont ailleurs. Comment construire une attaque qui ne dépend pas entièrement d'un seul joueur? Antoine Griezmann a tenté des trucs, Eduardo Camavinga s'est montré présent, mais quand Mbappé devient invisible devant le but, où trouve-t-on les solutions? Benzema n'est plus là. Lacazette, c'est honnête mais limité. Il n'y a pas d'équipe B qui terrifie l'Europe en attendant. Juste une question lancinante : que fait-on si Mbappé continue comme ça quand ça compte pour de vrai?
- 4 buts en 13 sélections récentes : un ratio très loin du spectaculaire
- Une équipe de France qui encaisse des buts face à des petits (3-1 contre l'Irlande du Nord à domicile)
- L'absence de deuxième option offensive fiable pour soulager la pression sur les épaules de Mbappé
- Trois matchs avant des enjeux majeurs : le temps pour corriger tire devient compté
Deschamps a raison sur un point. Mbappé doit marquer, oui. Mais la question qui devrait vraiment préoccuper le sélectionneur, c'est pourquoi son attaquant titulaire se transforme en sculpteur d'occasions dès qu'il porte le bleu. Est-ce la pression? L'excès de liberté? Une perte de confiance creeping? Le type de panne mécanique qui disparaît aussi vite qu'elle est apparue? Aucun ne peut le dire avec certitude en ce moment. Ce qui est sûr, c'est que les plaisanteries du banc de touche ne suffiront pas en demi-finale.
Il reste des matchs pour que tout rentre dans l'ordre. Des matchs pour que Mbappé retrouve ce sixième sens qui fait que le ballon finit au fond du filet plutôt que dans la tribune. Mais chaque occasion gâchée qui passe, c'est un peu du crédit en moins. Et quand on joue pour la France, quand on porte le numéro sur son dos qui dit « attention, je suis là pour gagner », on n'a pas le droit à l'erreur collective trop longtemps. Deschamps le sait. D'où l'ironie. C'est un signal. Pas une solution.