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Football

Endrick à l'OL, Adeyemi au PSG - le mercato qui cache la misère

Par Thomas Durand··6 min de lecture·Source: Sport Business Mag

Lyon s'embourbe avec Endrick, le PSG anticipe l'après-Barcola. Derrière les noms ronflants, une question de fond: le football français recrute-t-il encore avec la tête?

Endrick à l'OL, Adeyemi au PSG - le mercato qui cache la misère
Photo par Dave Cross sur Unsplash

Laisse-moi te poser une question directe. Quand tu vois un gamin de 19 ans, ex-prodige du Real Madrid, incapable de marquer en Ligue 1 depuis le 25 janvier dernier, assis sur le banc à Décines-Charpieu un dimanche après-midi face à Lorient - tu te dis quoi? Que c'est un passage à vide? Que ça va aller? Ou tu te dis que quelque chose, fondamentalement, ne tourne pas rond dans la façon dont nos clubs gèrent leur mercato?

Moi, ça fait dix ans que je couvre ce sport. J'ai vu des joueurs exploser à 19 ans - Mbappe à Monaco en 2017, ça, c'était une évidence dès le premier quart d'heure. Et j'ai vu des recrues couler, lentement, faute d'un cadre tactique adapté. Endrick à l'OL, c'est le deuxième cas. Et ça me dérange profondément.

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Le problème n'est pas Endrick - c'est Lyon

Paulo Fonseca l'a dit lui-même aux Nouvelles du Foot: il y a un malaise à l'OL autour d'Endrick. Le coach portugais, pourtant réputé pour son pragmatisme tactique et sa capacité à libérer les attaquants (il avait fait de Salah un joueur complet à la Roma en 2016-2017), semble ne pas savoir quoi faire du Brésilien. On parle d'un joueur formé pour jouer en pivot, pour percuter dans l'axe, pour créer des décalages par son explosivité. Or Lyon tourne autour d'un système qui valorise les ailes, les permutations latérales, le jeu entre les lignes. Endrick dans ce dispositif, c'est comme mettre Thierry Henry dans un 4-5-1 défensif. Le talent est là, le contexte le tue.

Et pourtant, personne au club ne semble l'avoir anticipé. John Textor, propriétaire-bâtisseur de son empire de clubs via Eagle Football, a une vision multi-sites séduisante sur le papier - Botafogo, Crystal Palace, Lyon, le tout interconnecté. Mais cette vision produit des recrutements hors-sol, des joueurs achetés pour leur valeur marchande future plutôt que pour leur adéquation immédiate au projet sportif. Endrick n'est pas un investissement tactique. C'est un pari financier déguisé en choix sportif.

Paris prépare l'avenir - vraiment?

Pendant ce temps, le PSG ne dort pas. D'après les informations de Livefoot.fr, le club de la capitale aurait déjà identifié le remplaçant de Bradley Barcola et pousserait fort sur Karim Adeyemi, l'ailier du Borussia Dortmund, pour environ 30 millions d'euros. Sur le papier, c'est une bonne affaire. L'Allemand de 23 ans a vitesse, technique, expérience européenne. Il a même battu des records de sprint en Bundesliga. Sauf que.

Sauf que Barcola n'est pas encore remplaçable. Le Lyonnais de 22 ans - ironie du sort, lui aussi un ex-prodige de l'OL - est de retour de blessure et devrait être sur le banc mardi contre Liverpool en Ligue des champions selon plusieurs sources, dont Les Nouvelles du Foot. Il reste l'un des profils les plus aboutis de sa génération en France: dribble, vitesse, pressing, intelligence positionnelle. Luis Enrique a construit une partie de son système autour de lui. Le remplacer pour 30 millions alors qu'il vient juste de retrouver la forme, c'est une décision qui mérite qu'on l'interroge sérieusement.

Est-ce que Paris recrute Adeyemi pour combler un besoin réel? Ou est-ce que Paris recrute Adeyemi parce que Dortmund vend, parce que le prix est jugé raisonnable, et parce qu'on n'a jamais trop d'ailiers de haut niveau? La nuance est capitale. Un mercato réfléchi part d'un manque tactique identifié. Un mercato d'opportunité, lui, crée parfois plus de problèmes qu'il n'en résout - concurrence malsaine, temps de jeu dilué, frustrations dans les vestiaires.

Le contre-argument que j'entends déjà

Je t'entends d'ici. Tu vas me dire: «Thomas, arrête, le mercato offensif c'est toujours un pari. On ne peut pas tout anticiper.» Et c'est vrai. Le foot n'est pas une science exacte. Didier Deschamps lui-même, dans une interview à France Football en 2022, reconnaissait que «les meilleures recrues sont celles qu'on n'attendait pas». Le hasard, l'alchimie du vestiaire, un entraîneur qui trouve les mots - tout ça compte autant que l'analyse data.

Mais justement. L'argument du hasard, utilisé à tort et à travers, devient l'excuse permanente de l'incompétence structurelle. Quand Lyon rate Ndombele, on dit que c'était un pari. Quand Lyon rate Lacazette au retour, on dit que c'était un pari. Quand Lyon est aujourd'hui dans une situation sportive et financière instable, c'est la somme de dix paris mal calculés, pas la faute à pas de chance. À un moment, le hasard n'est plus une explication, c'est un alibi.

Et Barcelone, tiens, parlons-en. Le Barça vient d'écraser Espanyol 4-1 selon Footmercato et se retrouve en position de force sur tous les fronts. Tu sais pourquoi? Parce que Hansi Flick a construit un système avant de recruter dedans. Lamine Yamal, Pedri, Raphinha - chaque joueur sait exactement ce qu'on attend de lui. La cohérence tactique prime sur les noms. C'est un modèle qui devrait faire réfléchir nos directeurs sportifs français.

Ce que ça dit du football français

Regardons aussi ce qui se passe en dehors des deux ogres habituels. Paris FC s'offre une victoire 4-1 sur Monaco lors de son lancement de nouveau projet, selon Maxifoot - une première période d'anthologie, dit-on. Rennes revient à deux points de Marseille après avoir battu Angers 2-1, avec un Brice Samba décisif dans les buts. Saint-Étienne, en Ligue 2, reprend trois points d'avance dans la course à la montée malgré les blessures de Boakye et Larsonneur. Des clubs qui avancent, qui souffrent, qui construisent avec leurs moyens.

Et là-dedans, les deux clubs les plus riches du pays - PSG et OL - continuent de jouer au Monopoly avec des joueurs de 19 ans et des transferts à 30 millions. Sans toujours se demander si le puzzle s'assemblera vraiment.

Le mercato du football français n'est pas mauvais parce qu'il manque d'argent. Il est parfois mauvais parce qu'il manque de vision. La différence entre un bon directeur sportif et un mauvais, ce n'est pas le carnet d'adresses. C'est la capacité à dire non à un beau nom qui ne correspond pas au projet. C'est la rigueur de refuser l'opportunité quand l'opportunité n'est pas la bonne.

Endrick mérite mieux qu'un banc à Lyon. Et le football français mérite mieux que des mercatos construits sur des paris déguisés en stratégie.

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