Pressenti par Pascal Olmeta pour prendre la tête de l'Olympique de Marseille, Éric Di Meco a coupé court à la rumeur sur RMC. Sa réponse ne laisse aucune place au doute.
« Moi, président de l'OM ? » On imagine facilement l'ancien défenseur marseillais hausser les sourcils en entendant la question. C'est pourtant ce scénario qu'a mis sur la table Pascal Olmeta cette semaine, désignant Éric Di Meco comme un candidat crédible à la tête de l'Olympique de Marseille. Une sortie qui a forcément fait du bruit dans un club où le moindre souffle de vent se transforme en tempête. Sauf que Di Meco, lui, n'a pas laissé la rumeur prospérer. Invité de l'émission « Rothen s'enflamme » sur RMC ce mercredi, il a tranché. Net. Sans détour.
La réponse de Di Meco : non, et c'est non
Il n'a pas fallu longtemps. Dès que le sujet est venu sur la table, Éric Di Meco a éteint l'incendie avant qu'il ne prenne. Pas question pour lui de s'imaginer derrière un bureau à la Commanderie en train de négocier des transferts ou de gérer les humeurs d'un vestiaire. L'ancien arrière gauche, pilier du titre de champion d'Europe en 1993, a été catégorique : ce rôle n'est pas pour lui. Sa vie, c'est l'antenne, le débat, le micro. Pas les conseils d'administration.
Ce qui est intéressant, c'est moins le refus en lui-même que la manière dont il l'a formulé. Di Meco connaît l'OM dans ses entrailles. Il a vécu les années Tapie, les nuits de Berne et de Munich, les soubresauts qui ont suivi. Quand il dit non à la présidence, ce n'est pas par modestie de façade. C'est qu'il sait pertinemment ce que cette fonction implique — et ce que cela coûte quand ça tourne mal. Les exemples ne manquent pas dans l'histoire récente du club.
Pascal Olmeta, lui, avait visiblement une autre lecture. L'ancien gardien marseillais, toujours habité par une passion viscérale pour le club phocéen, voit en Di Meco un homme du sérail, capable de redonner une identité à une institution qui cherche parfois son âme. Une vision romantique, presque cinématographique. Marseille a toujours aimé ses légendes. Mais les légendes, justement, ont parfois la sagesse de rester là où elles brillent.
L'OM en quête d'une direction stable depuis trop longtemps
Pour comprendre pourquoi un tel scénario peut même être évoqué sérieusement, il faut regarder ce que l'OM traverse en coulisses. Depuis le rachat du club par Frank McCourt en 2016, la valse des dirigeants a été incessante. Rudi Garcia, André Villas-Boas, Jorge Sampaoli, Igor Tudor, Jean-Louis Gasset, Roberto De Zerbi — le turnover sur le banc reflète une instabilité structurelle bien plus profonde. Du côté de la direction générale, Pablo Longoria tient la barre depuis 2021, mais la question de la vision à long terme du propriétaire américain reste entière.
McCourt a investi — plus de 300 millions d'euros injectés depuis son arrivée selon plusieurs estimations — mais sans jamais vraiment ancrer le club dans un projet sportif cohérent sur la durée. L'OM flotte entre ambitions européennes affichées et réalité budgétaire qui contraint. Cette saison encore, le club navigue dans un entre-deux frustrant : trop bon pour passer inaperçu, pas assez solide pour rivaliser avec le Paris Saint-Germain semaine après semaine.
C'est dans ce vide que des noms comme celui de Di Meco peuvent surgir. Marseille a toujours fonctionné comme ça. Quand l'institution vacille, on cherche un visage familier, une voix reconnue, quelqu'un qui incarne quelque chose. Bernard Tapie l'a compris mieux que quiconque. Mais Tapie était avant tout un businessman hors norme avant d'être un amoureux du club. Di Meco, lui, est avant tout un enfant de l'OM. Ce n'est pas la même chose.
Et maintenant, qui pour incarner l'avenir de Marseille ?
La vraie question que pose cette séquence — au-delà du refus de Di Meco — c'est celle de la gouvernance future de l'Olympique de Marseille. Frank McCourt a plusieurs fois été annoncé vendeur sans que rien ne se concrétise. Les rumeurs de rachat par des investisseurs saoudiens, américains ou qataris ont toutes fini en eau de boudin. Le club reste dans les mains d'un propriétaire qui semble tenir l'OM davantage comme un actif patrimonial que comme un projet de vie.
Dans ce contexte, l'idée qu'une légende du vestiaire — un Di Meco, un Didier Deschamps, un Samir Nasri dans quinze ans — puisse un jour prendre les rênes n'est pas absurde en soi. D'autres clubs européens ont misé sur des figures emblématiques pour renouer avec leur identité. Zinédine Zidane au Real Madrid comme entraîneur en est l'exemple le plus éclatant. Mais un rôle de président exige une autre forme d'engagement, une exposition différente, un rapport au pouvoir que tout le monde n'est pas prêt à assumer.
Di Meco, en disant non clairement et rapidement, a peut-être rendu service à tout le monde. À lui-même d'abord, en évitant un piège médiatique. À l'OM ensuite, en ne laissant pas une fausse piste alimenter les fantasmes. Et au débat public enfin, en rappelant qu'aimer un club et le diriger sont deux choses radicalement différentes. Marseille mérite un président qui pense au club 24 heures sur 24. Pas une icône qu'on sortirait du placard pour combler un vide symbolique.
Reste que la question de fond, elle, demeure entière : qui sera aux commandes de l'OM dans cinq ans ? McCourt vendra-t-il ? Et si oui, à qui, et pour quel projet ? Tant que ces réponses n'existent pas, les noms de Di Meco et de ses semblables continueront de circuler. Parce que dans le vide, l'imaginaire marseillais s'emballe toujours. C'est peut-être ce qui fait le charme de ce club. C'est aussi, parfois, ce qui l'empêche d'avancer.