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Football

Yamal visé par des chants islamophobes : la Liga face à ses démons

Par Rédaction SBM··5 min de lecture·Source: Footmercato

Lors du match Espagne-Égypte au RCDE Stadium, Lamine Yamal a été ciblé par des chants islamophobes. Une affaire qui secoue le football espagnol.

Yamal visé par des chants islamophobes : la Liga face à ses démons

« Ce n'est pas le football que je veux. » La réaction de Lamine Yamal après le match nul entre l'Espagne et l'Égypte (0-0), mardi soir au RCDE Stadium de Barcelone, en dit plus long que n'importe quel communiqué officiel. L'attaquant du FC Barcelone et de la Roja, 17 ans à peine, a vécu en direct ce que beaucoup pensaient appartenir à une époque révolue du football européen : des chants islamophobes proférés par une partie du public, visant directement le joueur le plus en vue d'Espagne depuis sa Coupe d'Europe conquise l'été dernier.

Au RCDE Stadium, une tribune devient tribune d'infamie

Le stade de l'Espanyol, Cornellà-El Prat, accueillait donc cette rencontre amicale internationale. Ambiance électrique en tribune, comme souvent quand la sélection nationale joue à domicile. Mais selon nos informations, et comme plusieurs témoins présents dans les travées l'ont confirmé sur les réseaux sociaux dès le coup de sifflet final, un groupe de spectateurs a entonné des chants à caractère islamophobe dès lors que Lamine Yamal touchait le ballon. Des provocations répétées, pas un incident isolé.

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La Fédération espagnole de football — la RFEF — n'avait pas encore réagi officiellement en début de matinée, ce qui a alimenté une indignation déjà très vive en Espagne. À en croire l'entourage du joueur, Yamal a quitté la pelouse sans dissimuler sa colère. Ses mots, rapportés par plusieurs médias espagnols, sont sans ambiguïté : le jeune ailier a condamné ces débordements, renvoyant dos à dos l'inaction des instances et la complaisance de ceux qui n'ont pas réagi dans les gradins.

Chiffre à retenir : Lamine Yamal est devenu en 2024 le plus jeune joueur à inscrire un but dans un Euro, à 16 ans et 362 jours. Icône sportive d'une génération, il est aussi, pour une frange rétrograde du public, une cible. Ce paradoxe dit beaucoup sur les contradictions du football espagnol contemporain.

L'Espagne et le racisme dans les stades : une plaie qui ne cicatrise pas

Ce n'est pas la première fois que la sélection espagnole — et le football ibérique en général — se retrouve au cœur d'une polémique raciste. La mémoire collective du sport espagnol est encore marquée par les singes jetés sur le terrain lors de matchs de Liga dans les années 2000, par les sifflets adressés à des joueurs noirs lors de rassemblements de l'équipe nationale sous Luis Aragonés, par des incidents plus récents impliquant Vinícius Júnior au Bernabéu ou à Mestalla.

Le cas Vinícius a d'ailleurs été un tournant — ou aurait dû l'être. L'attaquant brésilien du Real Madrid a multiplié les déclarations fracassantes entre 2022 et 2024, forçant LaLiga et la justice espagnole à se saisir du sujet. Des condamnations ont été prononcées. La Liga a durci sa communication. Pourtant, selon nos informations, les mécanismes de prévention dans les stades restent insuffisants : pas de procédure d'exclusion immédiate systématique, contrôle des tribunes très variable d'une enceinte à l'autre.

Le RCDE Stadium, antre de l'Espanyol, a lui-même une histoire compliquée avec ces questions. Le club catalan, dont certaines franges de supporters se revendiquent historiquement nationalistes espagnols, a connu par le passé plusieurs incidents documentés. Rien qui permette de stigmatiser un club entier — mais un contexte qui interpelle forcément quand ce type de débordements y resurface.

À l'échelle européenne, l'UEFA a pourtant mis en place depuis 2013 un protocole en dix étapes pour lutter contre les discriminations dans les stades. Trois étapes clés : annonce au micro, arrêt temporaire du match, puis arrêt définitif si le comportement persiste. Ce protocole a-t-il été appliqué mardi soir ? Aucune confirmation officielle à l'heure où ces lignes sont écrites.

Après le scandale, quelles conséquences concrètes pour les instances ?

L'affaire va maintenant atterrir sur les bureaux de la RFEF et, très probablement, de l'UEFA si elle implique un match de compétition ou une rencontre sous juridiction européenne. Les pressions seront fortes pour que des sanctions tombent. À en croire plusieurs sources proches de la fédération espagnole, une enquête interne aurait été ouverte dans la nuit de mardi à mercredi.

Mais le vrai sujet est ailleurs. Les sanctions, les communiqués, les hashtags de solidarité — tout cela ne suffit plus. Ce que cette affaire révèle, c'est l'échec patent d'une décennie de campagnes anti-discrimination dans le football européen. Lamine Yamal n'est pas une victime parmi d'autres : il est le visage du football espagnol, champion d'Europe en titre, adulé par des millions de fans. Si même lui n'est pas à l'abri de cette violence verbale dans son propre pays, quel message cela envoie-t-il aux jeunes joueurs issus de minorités qui rêvent de porter ce maillot ?

Du côté des clubs et des instances, la pression des droits TV et des partenaires commerciaux pourrait, paradoxalement, être un levier plus efficace que la rhétorique institutionnelle. Plusieurs grands sponsors internationaux ont déjà par le passé conditionné leurs investissements à des progrès mesurables sur ces questions. Une marque associée à Lamine Yamal ne peut pas laisser passer ce type d'incident sans réagir.

La semaine prochaine, la Roja reprend le chemin des qualifications ou d'autres échéances. Lamine Yamal, lui, sera sur la pelouse. La question n'est pas de savoir s'il sera à la hauteur — il l'a prouvé depuis longtemps. Elle est de savoir si le football espagnol, ses instances et ses tribunes, seront enfin à la hauteur de lui.

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