Le président de la FFF s'est rendu au Maroc pour préparer le Mondial 2026. Une visite diplomatique qui dit beaucoup sur les ambitions tricolores.
Deux victoires en deux matchs aux États-Unis, des Bleus ragaillardis, et en coulisses, Philippe Diallo qui fait le voyage jusqu'à Rabat. La préparation de la France au Mondial 2026 ne se joue pas seulement sur les pelouses américaines — elle se construit aussi dans les salles de réunion, dans les handshakes de couloir, dans cette diplomatie sportive que les grandes nations du football ont toujours su mener en parallèle de leurs campagnes sur le terrain. Le président de la Fédération Française de Football s'est rendu au Maroc ces derniers jours, officiellement pour préparer la Coupe du Monde qui se tiendra à l'été 2026 au Canada, aux États-Unis et au Mexique. Une visite qui mérite qu'on s'y arrête.
Quand la FFF va chercher ses alliés au-delà des Pyrénées
Le Maroc n'est pas un interlocuteur anodin dans le paysage footballistique mondial en ce moment. Le royaume chérifien reste sur l'une des épopées les plus marquantes de l'histoire récente des Coupes du Monde — une demi-finale au Qatar en 2022, une génération de joueurs qui a changé le rapport de tout un continent à la compétition mondiale. Mais au-delà du symbole, le Maroc est aussi candidat à l'organisation de la Coupe du Monde 2030, en co-organisation avec l'Espagne et le Portugal. Philippe Diallo ne rend pas une visite de courtoisie : il s'inscrit dans un réseau.
Cette logique de construction de relations en amont d'une compétition majeure n'est pas nouvelle. On se souvient comment Michel Platini, à la tête de l'UEFA, avait su tisser des alliances continentales qui dépassaient largement le cadre du terrain. La politique footballistique se joue sur le temps long, et les présidents de fédération qui comprennent ça prennent une longueur d'avance. Diallo, arrivé à la tête de la FFF dans un contexte de crise post-Le Graët, a visiblement décidé de jouer cette carte internationale avec sérieux.
Pendant ce temps, les hommes de Didier Deschamps ont donc achevé leur passage américain avec un bilan net. Deux matchs, deux victoires, une équipe qui semble avoir retrouvé une forme de sérénité collective après les turbulences de l'automne dernier. Le calendrier est chargé : entre les rendez-vous de qualification et la préparation qui s'accélère, chaque fenêtre internationale compte double. Le fait que Diallo choisisse ce moment précis pour aller au Maroc plutôt que de rester dans le sillage médiatique de l'équipe nationale dit quelque chose de sa façon de concevoir sa fonction.
- 2022 : le Maroc atteint les demi-finales de la Coupe du Monde au Qatar, première nation africaine de l'histoire
- 2026 : 48 équipes au Mondial, contre 32 auparavant, avec des matchs répartis sur trois pays hôtes
- 2 victoires en 2 matchs pour les Bleus lors de la fenêtre internationale aux États-Unis
- 2030 : le Maroc co-organisera la Coupe du Monde avec l'Espagne et le Portugal
Un Mondial 2026 qui impose une nouvelle géopolitique du foot français
La Coupe du Monde 2026 n'est pas une compétition comme les autres pour la France. L'élimination en quart de finale au Qatar — contre l'Argentine de Lionel Messi, dans ce match de légende que le football gardera longtemps en mémoire — a laissé des traces. Didier Deschamps a prolongé, les cadres ont vieilli d'un cycle, et la question de la succession générationelle se pose avec une acuité particulière. Kylian Mbappé, désormais au Real Madrid, porte un projet individuel qui ne coïncide pas toujours parfaitement avec les besoins collectifs du groupe France.
Dans ce contexte, le travail de la fédération dépasse la simple gestion administrative. Il faut préparer un terrain — au sens propre comme au figuré. La visite de Diallo au Maroc s'inscrit dans une logique de construction de ponts avec des fédérations qui pèsent, qui ont de l'influence à la FIFA, et qui seront des interlocuteurs clés dans les années à venir. Le football africain monte en puissance — cinq représentants en 2022, une légitimité sportive qui n'est plus à démontrer — et la France, pays de l'immigration, pays dont l'équipe nationale reflète depuis 1998 cette pluralité culturelle, a tout intérêt à entretenir ces relations.
Il y a aussi une dimension plus concrète, opérationnelle. Le Mondial 2026 se joue sur un territoire immense, avec des enjeux logistiques considérables pour les fédérations participantes. Préparation des camps de base, scouting des infrastructures, coordination avec les organisateurs — tout cela se négocie en amont, parfois deux ans avant le coup d'envoi. Les équipes qui arrivent les premières à la table de ces discussions partent avec un avantage structurel. La FFF semble avoir compris la leçon.
On peut aussi lire cette visite à travers le prisme du soft power footballistique que la France a parfois du mal à assumer pleinement. Les Allemands, les Anglais, les Espagnols ont depuis longtemps développé des antennes diplomatiques sportives qui fonctionnent indépendamment des résultats de leur équipe nationale. La France a cette capacité, ces ressources, ce rayonnement — elle ne les mobilise pas toujours avec la cohérence nécessaire. Si Philippe Diallo est en train de construire quelque chose de plus structuré dans cette direction, c'est une bonne nouvelle qui dépasse largement l'anecdote d'un déplacement au Maroc.
L'été 2026 approche plus vite qu'on ne le croit. Entre la fin de la saison en club, la préparation physique, les choix tactiques de Deschamps, et maintenant ce travail diplomatique souterrain que mène Diallo, la machine France se met en branle. La question qui reste entière, c'est de savoir si toutes ces pièces — sportives, institutionnelles, politiques — sauront s'assembler au bon moment. L'histoire des grands tournois est pleine d'équipes qui avaient tout préparé et de celles qui ont simplement eu le bon état d'esprit au bon moment. La France, elle, vise les deux.