Le géant brésilien Flamengo a officiellement réclamé des fonds au club saoudien d'Al-Nassr, lié à Cristiano Ronaldo. Une affaire qui embarrasse la star portugaise.
Cristiano Ronaldo pensait avoir tourné la page des turbulences en quittant l'Europe pour rejoindre Al-Nassr en Arabie Saoudite. Raté. Le Flamengo, mastodonte du football brésilien et l'un des clubs les plus puissants d'Amérique du Sud, a officiellement réclamé de l'argent au club saoudien — celui-là même où évolue le quintuple Ballon d'Or. Une mise en demeure qui tombe au pire moment pour CR7, qui vient tout juste de s'offrir ses premiers galons d'investisseur en prenant une participation minoritaire dans le club espagnol d'Almeria, actuel troisième de deuxième division espagnole. Entre les affaires de son employeur et ses propres ambitions dans le monde des affaires, le Portugais navigue en eaux troubles.
Un litige financier qui remonte à la surface
Le dossier n'est pas né hier. Flamengo réclame à Al-Nassr le règlement d'une somme due dans le cadre d'un transfert — une situation malheureusement trop fréquente dans le football mondial, où les clubs accumulent parfois des dettes envers leurs homologues étrangers lors de mouvements de joueurs. Le géant carioca, habitué à voir ses pépites partir vers les grands championnats européens ou, désormais, vers le Golfe Persique, n'entend clairement pas se laisser faire. Flamengo a franchi le cap de la réclamation officielle, signifiant à Al-Nassr que le temps de la patience est révolu.
Ce type de contentieux entre clubs est régi par les instances internationales, notamment la FIFA et sa chambre de résolution des litiges. Si Al-Nassr ne s'acquitte pas de ses obligations dans les délais impartis, le club saoudien s'expose à des sanctions sportives pouvant aller jusqu'à une interdiction de recrutement. Une perspective inconfortable pour une franchise qui continue d'investir massivement sur le marché des transferts pour entretenir son statut de vitrine de la Saudi Pro League.
Le montant exact réclamé par Flamengo n'a pas été officiellement divulgué, mais les sources proches du dossier évoquent une somme significative, probablement liée à des mécanismes de solidarité ou à des clauses contractuelles sur un transfert passé. Dans le football moderne, ces pourcentages sur les reventes représentent des enjeux colossaux : selon les données de l'Observatoire du Football CIES, les clubs formateurs perdent chaque année des dizaines de millions d'euros faute de recouvrement effectif de leurs droits.
Ronaldo investisseur : le timing est mauvais
L'ironie de la situation n'échappe à personne. Cristiano Ronaldo a officialisé en février son entrée au capital d'Almeria, club andalou qui bâtit son projet de remontée en Liga avec des ambitions affichées. Le voilà désormais associé, même indirectement, à un club employeur pris dans une controverse financière avec l'un des plus grands clubs d'Amérique latine. Ce n'est pas Al-Nassr qui appartient à Ronaldo — loin de là — mais l'image colle, et dans le monde du football business, les associations d'idées font des dégâts.
Pour autant, ne réduisons pas Ronaldo à un simple spectateur de cette affaire. Ses investissements se multiplient : hôtels Pestana CR7, académies de football aux quatre coins du globe, partenariats commerciaux qui pèsent plusieurs centaines de millions d'euros à l'échelle de sa carrière. L'entrée au capital d'Almeria marque cependant une étape symbolique — pour la première fois, CR7 devient actionnaire d'un club de football, franchissant la ligne entre joueur et dirigeant. Une trajectoire qui rappelle celle de David Beckham avec l'Inter Miami, à la différence que le club floridien de l'Américain évolue en MLS avec des résultats sportifs déjà probants.
Almeria, lui, se bat pour retrouver l'élite. Troisième de Segunda División, le club espagnol est dans la course pour une promotion en Liga. Avec ou sans le soutien médiatique de son actionnaire star, le projet tient la route sur le terrain. Mais la présence de Ronaldo au capital, même minoritaire, attire les projecteurs — et avec eux, les questions sur la gouvernance et les finances de l'écosystème qui l'entoure.
Al-Nassr pris en étau entre ambitions démesurées et rigueur comptable
Al-Nassr incarne mieux que quiconque la frénésie dépensière de la Saudi Pro League. Depuis l'arrivée de Ronaldo en janvier 2023, le club de Riyad a multiplié les recrues coûteuses pour former un effectif capable de rivaliser à l'échelle continentale. La masse salariale d'Al-Nassr figure parmi les plus élevées au monde, portée par les émoluments astronomiques du numéro 7 portugais, estimés à plus de 200 millions d'euros par an toutes primes incluses.
Ce modèle économique dopé aux pétrodollars a un revers : la rigueur administrative n'est pas toujours au rendez-vous. Plusieurs clubs européens ont déjà eu maille à partir avec des franchises saoudiennes pour des impayés ou des retards de paiement. La réclamation de Flamengo s'inscrit dans un pattern qui commence à inquiéter les instances du football mondial. La FIFA surveille de près l'explosion financière du football du Golfe, consciente que la crédibilité du système repose sur le respect des obligations entre clubs.
Pour Flamengo, l'affaire est aussi une question de principe. Le club brésilien, champion d'Amérique du Sud à deux reprises ces cinq dernières années et habitué à alimenter les grandes ligues en talents — de Vinicius Junior à Gabriel Barbosa en passant par Reinier — ne peut pas se permettre d'envoyer le signal qu'on peut lui devoir de l'argent sans conséquence. La direction exécutive du Mengão a clairement décidé de durcir le ton.
La suite appartient désormais aux juristes et aux instances de régulation. Mais au-delà du règlement d'un simple litige comptable, cette affaire soulève une question plus large : le modèle économique délirant des clubs saoudiens est-il vraiment soutenable sur le long terme ? Pendant qu'Al-Nassr tente d'éteindre l'incendie carioca, Cristiano Ronaldo, lui, continue de construire son empire. Almeria est une première pierre. Elle ne sera certainement pas la dernière.