Après avoir frôlé la relégation, Getafe confie un nouveau contrat à son entraîneur José Bordalás. Un acte de foi envers l'homme qui a orchestré l'un des plus beaux remontes de la saison.
José Bordalás sera bien là pour continuer. Getafe vient de confirmer la prolongation de contrat de son entraîneur, celui-là même qui, il y a quelques mois à peine, semblait conduire le club droit vers la Segunda División. C'est le genre de décision qui résume à elle seule une saison de fou, où tout a basculé en quelques semaines. De la panique à l'euphorie. Du doute à la certitude.
Quand l'étau se resserre avant de sauter
Revenons six mois en arrière. Getafe était à la lutte, vraiment à la lutte. Le club madrilène flirtait dangereusement avec les zones rouges, à un point où même les supporters commençaient à se demander si cette première expérience européenne ne serait finalement qu'un souvenir très ancien. Bordalás, ce technicien au charisme discutable mais à l'efficacité redoutable, vivait ses heures les plus sombres à Coliseum Alfonso Pérez. Les critiques pleuvaient. Les doutes s'accumulaient. Normal, quand on voit son équipe sombrer, on cherche des coupables.
Mais voilà. Bordalás n'a pas craqué. Pas de dépression, pas de remise en question stérile. Le coach de 60 ans a serré les dents et remis son équipe au travail. Ajustements tactiques, remobilisation du groupe, remise des individualités au service du collectif. Peu de moyens, peu de romance, beaucoup de rigueur. Le système s'appelle le bordalisme, et franchement, ça marche quand ça marche.
Entre janvier et mai, c'est presque un autre Getafe qui s'est dessiné sur les terrains espagnols. Les chiffres le disent : après avoir été en position de relégué potentiel, le club s'est propulsé dans les quatre dernières places. Une qualification en Conférence Ligue, rien de moins. Pour un club de cette envergure, pour une institution qui ne joue pas à Barcelone ou Madrid, c'est énorme. C'est historique, presque.
Le pari fou d'une institution blessée
La prolongation de Bordalás est donc un acte de foi. Pas celui d'un club qui succombe à l'euphorie du moment, non. C'est un geste politique, un message envoyé à l'intérieur comme à l'extérieur. Le président et son conseil d'administration disent : « On croit en cet homme. On croit en sa méthode. »
Parce qu'il faut bien le comprendre, relever Getafe de la manière dont Bordalás l'a fait, ce n'est pas un exploit qui se récompense avec un contrat d'une saison supplémentaire. C'est l'assurance qu'il y a une stratégie, une vision à moyen terme. Le club veut construire quelque chose de durable avec ce coach. Pas du pipeau. Du vrai travail d'équipe, de la continuité, de la confiance réciproque.
Et puis honnêtement, regardez la situation du marché. Combien d'entraîneurs auraient accepté de rester à Getafe quand le club était en perdition ? Combien auraient attendu patiemment le redressement sans regarder ailleurs ? Bordalás, lui, a cru. Il a travaillé. Il n'a pas jeté l'éponge. Ces gens-là, on ne les recroise pas tous les jours.
Au-delà du personnage, qui divise (son intensité, sa rigueur parfois pesante, ses débordements sur la touche), le résultat parle pour lui. Un club qui végète ne se transforme pas en compétiteur européen sans raison. Ça demande une main de fer, une exigence constante, une capacité à faire rentrer le talent dans une structure collective stricte. Bordalás maîtrise ce registre mieux que quiconque en Espagne.
L'Europe attendait Getafe, Getafe doit la reconquérir
Maintenant arrive le vrai défi. Parce que prolonger un entraîneur c'est beau, mais encore faut-il qu'il réussisse à maintenir le groupe à ce niveau. La Conférence Ligue, ce n'est pas le bout du monde en termes de compétition, mais pour Getafe, c'est un enjeu colossal. Economiquement d'abord, sportivement ensuite. Les recettes liées à la coupe européenne, les éventuels appels du pied de joueurs plus établis, la crédibilité acquise sur le marché... tout ça change la vie d'une institution comme celle-ci.
Bordalás aura donc besoin de conservateur son groupe, ou presque. Garder intact ce qui a fonctionné, laisser reposer les joueurs clés, éviter les grandes perturbations. Facile à dire. Infiniment plus compliqué à faire quand tu dois aussi préparer une compétition européenne sans dépenser des mille et des cents.
Les prochains mois vont être décisifs. Si Getafe confirme en Europe, si le club joue les places européennes à nouveau cette saison, alors cette prolongation semblera évidente. Prophétique, même. Mais si tout s'écroule, si c'était un accident de parcours, une bulle qu'on aurait gonflée une saison... alors le débat resurgira. C'est la loi du football, implacable.
Pour l'instant, laissons Bordalás savourer ce renouveau de confiance. Il l'a mérité. Getafe aussi. Maintenant, il faut que ça dure.