Jean-Baptiste Guégan analyse l'impact des frappes iraniennes sur les investissements sportifs des pays du Golfe, dont le PSG.
La guerre au Moyen-Orient fait trembler bien plus que les frontières géographiques. Elle ébranle aussi les certitudes financières des grandes puissances du Golfe, profondément engagées dans le sport mondial. Jean-Baptiste Guégan, spécialiste reconnu de la géopolitique du sport, a accepté de décrypter cette situation explosive pour RMC Sport.
Le sport, arme de distraction massive pour les États du Golfe
Pour Guégan, le constat est sans appel. Les pays du Golfe, Qatar en tête, ont depuis longtemps compris la puissance symbolique du sport. « Utiliser le sport pour faire oublier ce qui s'est passé », résume-t-il d'une formule percutante. Une stratégie assumée, rodée, que les tensions régionales pourraient aujourd'hui mettre à rude épreuve.
Le Qatar, propriétaire du Paris Saint-Germain via QSI, incarne à lui seul cette logique de sportswashing. L'organisation de la Coupe du Monde 2022 en a été la démonstration éclatante. Mais les frappes iraniennes sur la région rebattent les cartes. La stabilité politique, condition sine qua non de ces investissements massifs, n'est plus garantie.
Le PSG et les clubs européens directement exposés
Les répercussions concrètes sur le football européen ne sont pas à exclure. Le Paris Saint-Germain, vitrine du soft power qatari, cristallise toutes les interrogations. Si le conflit venait à s'intensifier, les capacités d'investissement de QSI pourraient être affectées, tant sur le plan économique que diplomatique.
D'autres clubs du continent bénéficient de financements en provenance du Golfe. Newcastle United, détenu par le fonds souverain saoudien PIF, ou Manchester City, propriété d'Abu Dhabi, sont également concernés par cette instabilité croissante. Guégan rappelle que ces investissements ne sont jamais purement sportifs : ils servent des agendas politiques et économiques précis, désormais fragilisés par le contexte géopolitique.
Un avenir incertain pour les ambitions sportives de la région
La question qui se pose désormais est celle de la résilience de ces stratégies d'influence à long terme. Les pays du Golfe ont investi des milliards dans le sport mondial, construisant une influence considérable. Peuvent-ils maintenir ce cap en pleine tempête géopolitique ?
Selon Jean-Baptiste Guégan, la réponse dépendra en grande partie de l'évolution du conflit et de la capacité des monarchies du Golfe à se positionner diplomatiquement. Le sport restera un outil de puissance, mais son efficacité comme écran pourrait atteindre ses limites face à une guerre dont les images font le tour du monde. L'ère de l'innocence sportive dans le Golfe est définitivement révolue.