Mathieu Bodmer, directeur sportif du HAC, était dans le viseur de l'OM de Stéphane Richard. Les raisons d'un mariage avorté.
Stéphane Richard n'a pas chômé. À peine installé dans le fauteuil de président de l'Olympique de Marseille — qu'il a pris des mains de Pablo Longoria dans un contexte de tension interne bien documenté —, le nouveau patron phocéen s'est mis en quête d'un directeur sportif capable de reprendre un chantier colossal. Le nom de Mathieu Bodmer a circulé avec insistance, selon nos informations. Celui qui a restructuré en profondeur le Havre Athletic Club depuis 2021 semblait cocher toutes les cases. Sauf une, et pas des moindres.
Bodmer au Havre, une success story qui a son prix
Pour comprendre pourquoi Marseille s'est penché sur lui, il faut mesurer ce que Mathieu Bodmer a accompli en Normandie. Arrivé au HAC à l'été 2021 dans une ville de football qui rongeait son frein en Ligue 2, l'ancien milieu de terrain international a posé les bases d'un projet solide, cohérent, adossé à une politique de recrutement intelligente. Résultat : le Havre a retrouvé l'élite en 2023 après une absence de 21 ans dans l'élite du football français, et s'y est maintenu avec les honneurs.
À en croire l'entourage du dirigeant normand, Bodmer a refusé plusieurs approches depuis deux saisons. Il n'est pas homme à claquer une porte pour en ouvrir une autre par simple opportunisme. Ce qui rend l'épisode marseillais d'autant plus révélateur. Car cette fois, la discussion a bel et bien eu lieu. L'OM a sondé le terrain. La réponse, elle, n'a pas été celle espérée par Richard et ses équipes.
Trois facteurs expliqueraient ce refus. D'abord, un attachement réel au projet havrais, encore en construction et dont Bodmer se sent pleinement acteur. Ensuite — et c'est là que ça se complique —, une vision du rôle de directeur sportif qui ne correspondrait pas exactement à ce que l'OM était prêt à lui offrir. À Marseille, la gouvernance a toujours été complexe. Même sous Longoria, pourtant respecté pour ses compétences techniques, les interférences étaient légion. Bodmer, lui, veut du concret : une feuille de route claire, un budget défini, une autonomie réelle sur les décisions d'effectif.
L'OM de Richard face à un été sans filet
Ce rendez-vous manqué dit quelque chose de l'état actuel du club phocéen. Stéphane Richard hérite d'une situation sportive et structurelle instable, dans un contexte où le mercato d'été approche à toute allure. L'effectif marseillais a besoin d'une refonte significative — plusieurs cadres sont en fin de contrat, et certains postes sont structurellement sous-dotés. Le poste de directeur sportif, lui, est vacant ou quasi-vacant, ce qui paralyse de fait les grandes manœuvres.
Selon nos informations, d'autres noms ont été explorés en parallèle du dossier Bodmer. L'OM regarderait du côté de profils européens, habitués aux clubs de taille intermédiaire avec ambitions continentales. Mais les semaines passent, et chaque journée sans décision est une journée perdue sur le plan du recrutement. Les meilleurs joueurs disponibles sur le marché se négocient souvent dès le mois d'avril pour une arrivée en juillet.
Roberto De Zerbi, lui, attend. L'entraîneur italien, arrivé l'été dernier avec un projet de jeu ambitieux et un salaire conséquent — estimé à plus de 6 millions d'euros annuels —, a besoin de savoir à qui parler pour construire son groupe. Sans directeur sportif légitime et opérationnel, le mercato marseillais risque de ressembler à une improvisation de luxe. Ce n'est pas nouveau à l'OM, mais Richard avait promis autre chose.
Un signal fort pour le football français
Qu'un dirigeant comme Bodmer décline l'OM — sixième club français par le budget, avec une base de supporters parmi les plus passionnées d'Europe — est en soi un signal. Cela démontre que la marque OM, aussi puissante soit-elle émotionnellement, ne suffit plus à attirer les meilleurs profils de gouvernance. Le projet doit être crédible. Le cadre de travail doit être sain. Les promesses, tenues.
Ce n'est pas un phénomène isolé. Depuis plusieurs saisons, des directeurs sportifs aguerris se montrent de plus en plus sélectifs, préférant des clubs à taille humaine où leur marge de manœuvre est réelle plutôt que de grands noms où ils risquent de servir de caution technique sans véritable pouvoir. Le HAC représente aujourd'hui ce modèle : une organisation lisible, un propriétaire (IDG Capital) discret mais engagé, et une vision long terme assumée.
Pour Marseille, la leçon est dure à avaler. Richard doit désormais trouver en quelques semaines un profil capable de reprendre le dossier à bras-le-corps, de s'imposer face aux courants internes du club, et de travailler main dans la main avec De Zerbi sans que l'un empiète sur les prérogatives de l'autre. Ce triptyque — président, directeur sportif, entraîneur — est le socle de tout club solide. L'OM ne l'a pas eu depuis des années. Peut-être jamais de façon durable.
Le mercato estival ouvrira officiellement ses portes dans quelques semaines. Si Stéphane Richard n'a toujours pas trouvé son homme d'ici là, la saison 2025-2026 risque de commencer dans le même désordre structurel que les précédentes. Et cette fois, l'excuse de la transition n'aura plus cours.