L'Inter Milan a terrassé l'AS Rome avec un but après seulement une minute de jeu. Le capitaine argentin a signé un retour fracassant.
Une minute. Soixante secondes. Le temps qu'il faut à certains pour trouver leur place dans un stade, pour commander une bière au comptoir, pour allumer leur téléphone après l'avoir mis en mode avion. À San Siro hier soir, ce délai a suffi à l'Inter Milan pour plier le match dans le sens qui lui convenait. Lautaro Martinez, capitaine, buteur, moteur — l'homme qui fait tourner la machine nerazzurra depuis des saisons — était de retour. Et il n'avait manifestement pas l'intention de se faire oublier.
Le Toro reprend là où il avait laissé les flammes
Il y a quelque chose de presque indécent dans la façon dont Lautaro Martinez entre dans les matchs importants. Pas de mise en route progressive, pas d'hésitation dans les premières touches de balle. L'attaquant argentin fonctionne comme ces moteurs qu'on dit à couple maximal dès le démarrage — une image mécanique qui lui va bien, lui qui a toujours eu quelque chose d'une machine à gagner des duels dans le sang. Face à l'AS Rome, il n'a pas attendu que le match trouve son rythme. Il a imposé le sien.
Ce but à la première minute est statistiquement rarissime à ce niveau. Dans les cinq grands championnats européens, moins de 3% des matchs voient un but inscrit dans la première minute de jeu. L'Inter, elle, en fait un marqueur de supériorité psychologique. Se souvenir de la saison 2023-2024, quand les hommes de Simone Inzaghi avaient terminé champions d'Italie avec vingt points d'avance sur la Juventus Turin, c'est se rappeler cette capacité à écraser les oppositions avant même qu'elles aient eu le temps de s'organiser tactiquement.
L'AS Rome de Claudio Ranieri — car oui, le Tinker Man est encore là, fidèle à lui-même comme une vieille horloge romaine — n'a rien pu faire face à cette entrée en matière. Être mené aussi tôt, c'est devoir réécrire son plan de match à la volée, adapter une équipe qui n'avait peut-être pas prévu d'attaquer aussi vite. C'est un luxe tactique que l'Inter s'offre régulièrement : forcer l'adversaire à jouer un match qu'il n'avait pas préparé.
Inzaghi avait besoin de ce Lautaro-là, pas d'un autre
Derrière la symbolique du but précoce, il y a une réalité plus profonde que les chiffres seuls ne racontent pas. Simone Inzaghi a construit son Inter autour d'un équilibre subtil entre le collectif — cette machine à presser, à enchaîner les combinaisons en une touche — et l'individualité débridée de son capitaine. Quand Lautaro est en forme, les deux dimensions se renforcent mutuellement. Quand il est absent ou diminué, quelque chose se fissure dans le dispositif, même si Marcus Thuram compense souvent avec une présence physique impressionnante.
Le retour au meilleur niveau de Lautaro Martinez tombe donc à pic dans une saison italienne qui s'annonce serrée. Le Napoli d'Antonio Conte, revenu à une rigueur défensive presque punitielle, reste en embuscade. La Juventus Turin reconstruit lentement. Mais l'Inter, avec ce Lautaro-là, a les arguments pour dicter sa loi jusqu'au bout. Soixante-quatre buts en Serie A sur les deux dernières saisons complètes pour l'attaquant né à Bahía Blanca — une ville qui a aussi produit des joueurs d'échecs et des boxeurs, comme si le tempérament combatif se transmettait dans l'air pampéen.
Ce n'est pas un hasard si on fait souvent le parallèle avec Gabriel Batistuta, autre Argentin dévastateur en Italie, autre joueur capable de décider d'un match sur une seule inspiration. La comparaison a ses limites — Batistuta était plus fixe, plus vertical, moins impliqué dans la construction — mais elle dit quelque chose sur ce que les supporters italiens cherchent dans un avant-centre étranger : une forme de brutalité élégante, un instinct qu'on ne peut pas vraiment enseigner dans les centres de formation.
Rome comme test grandeur nature avant les grandes échéances européennes
Face à l'AS Rome, l'Inter ne jouait pas seulement trois points de championnat. Elle jouait sa capacité à maintenir une forme de domination psychologique sur des adversaires qui savent souffrir. Les Romains, même en reconstruction, restent une équipe capable de retourner un match sur une phase arrêtée, sur un coup de génie individuel. Les éliminer d'entrée du scénario qu'ils avaient préparé, c'est envoyer un message à toute la Serie A.
Mais le regard de l'Inter se porte aussi vers l'Europe. La Ligue des Champions reste l'obsession des dirigeants nerazzurri depuis la parenthèse enchantée de José Mourinho en 2010. Depuis cette nuit madrilène où Diego Milito avait planté deux buts en finale contre le Bayern Munich, le club milanais cherche à retrouver ce sommet. Les récentes épopées en demi-finale ont prouvé que l'équipe en avait les moyens techniques. Il manquait peut-être ce grain de folie que donne un capitaine qui marque à la première minute d'un match de championnat, juste pour rappeler à tout le monde qu'il est là.
Lautaro Martinez a 26 ans. Il entre dans la période de sa carrière où les grands attaquants se transforment en légendes ou en souvenirs. Tout dépend de ce qu'ils font des matchs qui comptent. Hier soir, il a choisi la légende. La suite appartient à une saison encore longue, encore imprévisible — mais San Siro, lui, avait déjà rendu son verdict dès la soixantième seconde.