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Football

Italie en barrages - un troisième Mondial raté serait historique

Par Thomas Durand··7 min de lecture·Source: Sport Business Mag

La Squadra Azzurra affronte la Bosnie en barrages pour le Mondial 2026. Trois absences consécutives seraient du jamais-vu pour une nation à quatre étoiles.

Italie en barrages - un troisième Mondial raté serait historique
Photo par Romain Chollet sur Unsplash

Trois Mondiaux sans l'Italie - l'impensable est devenu probable

Tu te souviens du 13 novembre 2017 ? Moi oui. J'étais dans un bar milanais bondé, à couvrir les réactions pour notre numéro spécial. Gian Piero Ventura, tétanisé, qui fixait la pelouse de San Siro sans un mot. La Suède venait d'éliminer l'Italie des qualifications pour le Mondial 2018. Les supporters italiens pleuraient. Pas de rage - de sidération pure. Ça n'était jamais arrivé depuis 1958. Ce soir-là, tout le monde jurait que c'était un accident. Un douloureux coup de malchance. Une anomalie statistique.

Puis 2022 est arrivé. La Macédoine du Nord. Un but à la 92e minute. Et voilà l'Italie, championne d'Europe en titre, qui regarde la Coupe du monde du Qatar depuis son canapé. Deux fois de suite. Maintenant on est en avril 2026, et la Squadra Azzurra se retrouve une troisième fois à jouer sa qualification sur un seul match de barrage, cette fois face à la Bosnie. Si ça tourne mal, on entre dans un territoire complètement inédit pour le football mondial. Jamais une nation à quatre étoiles n'a manqué trois Mondiaux consécutifs. Jamais.

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Ce que les chiffres disent vraiment

Sur les huit barrages mondiaux disputés par l'Italie depuis 1966, elle n'en a passé que quatre. Pile poil 50%. Ce n'est pas le bilan d'une grande nation qui domine ses éliminatoires - c'est le bilan d'une équipe qui survit. Et en phase de groupes des dernières éliminatoires majeures, seulement deux victoires sur dix matchs joués. La Squadra n'est plus une machine à gagner, elle est devenue une machine à compliquer les choses simples.

Ce qui frappe davantage encore, c'est la dichotomie absurde entre le club et la sélection. La Serie A place régulièrement trois ou quatre équipes en Ligue des champions, l'Inter et la Juventus continuent de figurer dans les derniers carrés européens, et pourtant la nationale italienne encaisse en moyenne 1,8 but par match lors de ses sorties en barrages récents. Comment expliquer cette fracture ? Une partie de la réponse tient en un chiffre brutal : plus de 60% des joueurs convocables évoluent désormais hors de Serie A. Dispersés entre la Premier League, la Bundesliga, La Liga, ils ne jouent plus ensemble assez longtemps pour constituer un bloc cohérent. L'homogénéité qui faisait la force des grandes Squadre des années 1980 et 2000 a disparu.

Le traumatisme de 2017 comme mode d'emploi de l'échec

Revenons à la Suède, parce que ce double confrontation est un cas d'école. L'Italie avait 62% de possession sur l'ensemble des deux matchs. Dix-sept tirs. Une domination statistique nette. Résultat : 0-0 à domicile, 0-1 à l'extérieur. Eliminée. C'est exactement le piège qui guette à nouveau face à la Bosnie - une équipe qui ne s'embarrasse pas de considérations esthétiques, qui défend bas, qui contre vite, et qui sait pertinemment que l'Italie est capable de perdre des matchs qu'elle domine.

La Bosnie n'est pas la Macédoine du Nord de 2022. Elle a des joueurs de haut niveau, une organisation solide, et surtout une motivation revancharde. Pour une nation comme elle, battre l'Italie en barrages serait historique. Cette asymétrie de pression - l'Italie doit gagner, la Bosnie peut gagner - est psychologiquement dévastatrice. On l'a vu en 1958 face au pays de Galles aussi, défaite 1-0 qui avait coûté à l'Italie son premier Mondial. L'histoire a une fâcheuse tendance à se répéter quand on ne tire pas les leçons.

« Le constat est froid et sans appel : l'Italie a perdu le fil conducteur entre sa formation et son équipe nationale. Ce n'est pas une crise de talents, c'est une crise de système. » - Oliver Bierhoff, ancien directeur de la sélection allemande

Bierhoff sait de quoi il parle. Il a vécu la reconstruction de la Mannschaft après le fiasco de 2000, et il a supervisé le chantier qui a abouti au titre mondial de 2014. Son regard extérieur sur l'Italie est peut-être le plus lucide disponible aujourd'hui.

50 millions d'euros qui ne rentreront pas

Au-delà du symbole sportif, les enjeux financiers sont colossaux. Le Mondial 2026, organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique, est le premier à 48 équipes. Les primes FIFA ont explosé, les droits TV aussi. Une absence de l'Italie, c'est environ 50 millions d'euros de moins dans les caisses de la FIGC entre primes directes et retombées commerciales. Pour une fédération déjà sous pression budgétaire, ce serait un coup très dur.

Mais le vrai problème n'est pas comptable - il est structurel. La FIGC a changé de sélectionneur, de méthode, de discours, sans jamais s'attaquer vraiment au fond : la formation des jeunes et la politique de nationalisation des joueurs. Depuis des années, l'Italie naturalise des joueurs nés à l'étranger avec une vision à court terme, au détriment de la construction d'une identité de jeu cohérente. Les polémiques sur les dernières listes de convocation en sont le symptôme visible - chaque sélection déclenche une tempête, chaque choix est contesté, l'unité nationale qu'on voyait autour de la Squadra Azzurra des années Maldini-Baggio n'est plus qu'un souvenir.

L'Italie, miroir d'un football européen à bout de souffle

Il y a quelque chose de profondément symbolique dans ce que traverse l'Italie. Ce pays a inventé le catenaccio, a théorisé la défense comme un art, a produit certains des entraîneurs les plus influents de l'histoire - Arrigo Sacchi, Giovanni Trapattoni, Marcello Lippi, Carlo Ancelotti. Et aujourd'hui, cette nation peine à qualifier une équipe nationale compétitive parce que le football s'est uniformisé au point de dissoudre les identités nationales dans un grand melting-pot de tactiques interchangeables.

Le paradoxe est vertigineux. La Serie A est l'une des ligues les plus tactiquement sophistiquées du monde. Mais cette sophistication profite aux clubs, pas à la sélection. Les joueurs italiens qui évoluent en Premier League ou en Bundesliga sont formatés pour des systèmes qui ne correspondent pas nécessairement à ce que le sélectionneur national veut construire. Résultat : quand ils se retrouvent ensemble deux fois par an pour des fenêtres internationales, il faut tout reconstruire en cinq jours d'entraînement.

La France, à titre de comparaison, a résolu ce problème différemment - en construisant autour d'un noyau dur de joueurs qui se connaissent depuis les sélections de jeunes et qui partagent des automatismes indépendamment de leur club. Le 3-1 face à la Colombie fin mars 2026 en est une illustration récente : même sans certains titulaires, le schéma tient. Ce n'est pas un hasard si Luis Enrique, pourtant arrivé à Paris avec ses propres idées, a fini par intégrer cette culture du collectif plutôt que de la démanteler.

Ce qui se joue vraiment face à la Bosnie

Ce barrage n'est pas juste un match de football. Si l'Italie passe, elle repart sur une base fragile mais viable, avec un Mondial à portée de main pour reconstruire quelque chose. Si elle chute, les conséquences dépassent largement le sport. C'est la démission probable du sélectionneur, une crise à la FIGC dont les ondes de choc dureront des années, et surtout une génération de jeunes supporters italiens qui aura grandi sans jamais voir leur équipe nationale dans une Coupe du monde.

Cette dernière donnée est peut-être la plus inquiétante de toutes. Le football vit de ses émotions collectives, de ses transmissions entre générations. Un gamin de 10 ans en 2018 a 18 ans aujourd'hui. Il n'a jamais vu la Squadra Azzurra à un Mondial. Jamais. Ça forge une indifférence, une distance, qui est bien plus difficile à combler qu'un simple déficit tactique.

La Bosnie ou le Mondial. Pour l'Italie, il n'y a plus de troisième option. Et après avoir couvert trois Coupes du monde, je peux te dire une chose : un tournoi sans les Italiens dans les tribunes et dans les rues, ça manque. Leur passion, leur théâtralité, leurs inévitables crises existentielles à la mi-temps - c'est du carburant pour tout le monde. Le football mondial a besoin de l'Italie. La question, c'est de savoir si l'Italie s'en souvient encore elle-même.

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