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Football

Football italien : l'heure de vérité pour Gravina et la Fédération

Par Rédaction SBM··5 min de lecture·Source: Footmercato

Après l'humiliation contre la Bosnie, le président de la FIGC Gabriele Gravina convoque une réunion d'urgence. La Nazionale est en crise existentielle.

Football italien : l'heure de vérité pour Gravina et la Fédération

Battu par la Bosnie-Herzégovine. Éliminé. L'Italie, double championne du monde, quadruple lauréate de l'Euro, réduite à regarder passer les trains depuis le bord du quai. Gabriele Gravina, président de la Fédération italienne de football (FIGC), s'est présenté au siège fédéral de Rome avec la mine de celui qui sait que les prochaines heures seront décisives — pour lui, pour son staff, pour tout un système qui se fissure depuis plusieurs années déjà. Une réunion d'urgence est convoquée. Le football italien, lui, retient son souffle.

Qu'est-ce qui a vraiment mené la Nazionale à cette humiliation ?

On ne tombe pas du sommet en un soir. La défaite contre la Bosnie n'est pas un accident industriel, c'est l'aboutissement logique d'un processus de délitement qui remonte au moins à 2017, quand les Azzurri avaient manqué la qualification pour le Mondial 2018 en Russie. Un électrochoc, croyait-on. Puis était venu le triomphe de l'Euro 2020 — le titre à Wembley, les larmes de Giorgio Chiellini, l'euphorie collective. Un feu de paille ? Presque. Dès 2022, l'Italie ratait à nouveau la Coupe du Monde au Qatar, éliminée en barrages par la Macédoine du Nord dans un Palerme sous le choc.

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Trois ans plus tard, le scénario se répète, presque à l'identique dans sa cruauté. Ce n'est plus une coïncidence. C'est une tendance lourde. Le problème est structurel : la Serie A produit de moins en moins de joueurs italiens formés au pays. Selon les dernières données de l'Observatoire du Football CIES, moins de 35 % des minutes jouées en championnat d'Italie sont le fait de joueurs formés localement. Pour une nation qui a longtemps vécu de sa culture tactique et de ses académies, le chiffre donne le vertige.

À cela s'ajoute la question de l'entraîneur. Luciano Spalletti, nommé après l'échec mondial pour reconstruire quelque chose de cohérent, se retrouve à la croisée des chemins. Sa gestion du groupe, ses choix tactiques, son incapacité à faire jouer ensemble des joueurs qui s'illustrent pourtant en club — tout est remis sur la table. Demain matin, dans les bureaux de la Via Gregorio Allegri à Rome, ces questions ne resteront pas rhétoriques.

Gravina peut-il encore sauver sa tête — et surtout, le voudrait-il vraiment ?

Le président de la FIGC est un survivant politique. Élu en 2018, réélu en 2021, Gabriele Gravina a traversé des tempêtes qui auraient emporté d'autres. Mais la deuxième élimination consécutive en barrages de Mondial, doublée d'une sortie précoce dans cette campagne qualificative, dessine un bilan que même ses alliés au sein du Conseil fédéral peinent à défendre.

La réunion convoquée en urgence regroupera les membres du conseil fédéral, les représentants de la Ligue de Serie A, et probablement des émissaires des clubs professionnels. L'ordre du jour officieux est clair : faut-il procéder à des changements immédiats à la tête du staff technique, voire au sommet de la fédération elle-même ? Certaines voix, notamment côté clubs, réclament depuis plusieurs mois une refonte complète du système de détection et de formation des jeunes talents italiens. D'autres, plus prudents, plaident pour laisser le temps au temps. Ces voix-là risquent d'être moins audibles ce mercredi.

Gravina, lui, a toujours su jouer sur plusieurs tableaux. Proche du monde politique, habile négociateur, il a survécu à l'affaire des droits TV, à la guerre avec la Super League, aux crises à répétition de la Juventus. Mais le football, au fond, est impitoyable dans sa simplicité : tu te qualifies ou tu ne te qualifies pas. Et là, l'Italie ne s'est pas qualifiée. Deux fois de suite pour un Mondial. Le curriculum devient difficile à défendre.

Quelle reconstruction est encore possible pour le football italien ?

La vraie question, au-delà des têtes qui tombent ou qui restent, c'est celle du projet. Qu'est-ce que l'Italie veut être dans dix ans ? Une nation de formation, comme elle l'a été pendant des décennies avec des centres d'entraînement qui faisaient référence en Europe ? Ou bien un championnat de plus en plus tourné vers l'entertainment, le spectacle, les stars étrangères — au détriment de la matière grise locale ?

Le modèle espagnol a mis vingt ans à porter ses fruits. La Fédération espagnole a investi massivement dans la formation dès la fin des années 1990, avant de récolter trois titres majeurs consécutifs entre 2008 et 2012. L'Allemagne, après le désastre de l'Euro 2000, a restructuré l'intégralité de son système de détection en moins de cinq ans — 18 centres de formation labellisés DFB, des quotas de jeunes imposés dans les équipes de jeunes professionnelles. Les résultats ? Un titre mondial en 2014.

L'Italie, elle, a déclaré vouloir réformer. Plusieurs fois. Les plans se sont succédé sans jamais être appliqués avec la constance nécessaire. La réunion de demain pourrait, au mieux, donner naissance à une feuille de route sérieuse. Au pire, elle accouchera d'un communiqué lisse et de promesses déjà entendues. Entre les deux, il y a la volonté politique. Et c'est précisément ce qui manque depuis trop longtemps dans les couloirs de la FIGC.

Spalletti garde-t-il son poste ? La question sera tranchée dans les prochaines heures. Mais peu importe qui entraîne la Nazionale dans six mois : sans réforme structurelle de la formation et du calendrier des clubs, le prochain cycle ressemblera dangereusement aux deux précédents. L'Italie du football a un problème de fond, pas seulement de forme. Et Rome, comme on dit, ne s'est pas défaite en un jour.

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