Éliminée par la Bosnie-Herzégovine aux tirs au but, l'Italie rate une deuxième fois le Mondial. Luciano Spalletti serait sur le départ.
1-1 après prolongations, 4-1 aux tirs au but. Ces chiffres glacials disent tout d'une soirée qui restera gravée dans la mémoire douloureuse du football italien. La Nazionale, quadruple championne du monde, vient de rater sa qualification pour la Coupe du Monde 2026 — éliminée en barrages par la Bosnie-Herzégovine. Pas le Brésil, pas l'Allemagne. La Bosnie. Et maintenant, l'heure des comptes a sonné.
Une nuit de Budapest qui ressemble à Palerme 2017
L'Histoire bégaie, et en Italie, elle bégaie mal. En novembre 2017, la Svezia de Zlatan Ibrahimović avait infligé à la Squadra Azzurra l'une des humiliations les plus retentissantes de son histoire, la privant du Mondial russe. Six ans plus tard, rebelote au Qatar. Et maintenant, en 2025, voilà que la Bosnie achève le travail de sape. Trois Coupes du Monde consécutives sans l'Italie — c'est une catastrophe industrielle, pas un accident de parcours.
Ce match de barrage avait tout d'un piège. La Bosnie-Herzégovine, portée par l'énergie de ses supporters et une organisation défensive sérieuse, a su résister à une Italie maladroite, prévisible, incapable de trouver la faille autrement que sur un seul but en temps réglementaire. Quand la séance de tirs au but a commencé, le sort était presque scellé dans les têtes. 4 à 1 aux penalties : une déroute, pas une malchance.
Matteo Retegui, Sandro Tonali, Federico Chiesa — les noms des tireurs manqués ou arrêtés n'effacent pas la responsabilité collective. Mais dans le football, quand le bateau coule, c'est le capitaine qu'on jette à la mer en premier.
Spalletti : le bouc émissaire désigné d'une fédération en panique
Luciano Spalletti va payer. C'est acquis, ou presque. Nommé en août 2023 après le sacre de l'Italie à l'Euro 2020 et la transition post-Mancini, le technicien toscan n'aura jamais vraiment convaincu à la tête de la Nazionale. Ses choix tactiques ont souvent laissé perplexes les observateurs, ses rotations incomprises, et surtout, ce sentiment persistant que l'équipe ne jouait pas avec une identité claire. Un an après un Euro 2024 catastrophique — éliminé dès les huitièmes de finale par la Suisse —, ce nouveau fiasco est insupportable à avaler pour la Federazione Italiana Giuoco Calcio.
Selon plusieurs sources proches de la fédération italienne, le départ de Spalletti serait imminent. Le président fédéral Gabriele Gravina, lui-même sous pression depuis des mois, ne peut pas se permettre de défendre un sélectionneur dont le bilan devient indéfendable. Deux tournois majeurs ratés en moins de deux ans — dont une élimination en barrages de Coupe du Monde par une nation que l'Italie était censée surclasser — c'est le type de résultat qui brise des carrières et déstabilise des institutions.
Reste la question du successeur. Des noms circulent déjà dans les coulisses romaines : Massimiliano Allegri, libre depuis son départ de la Juventus, représente le profil pragmatique et expérimenté que la fédération pourrait choisir pour rassurer à court terme. Claudio Ranieri, qui vient de réaliser un miracle avec la Roma, est une autre hypothèse séduisante pour ses qualités de manager humain et populaire. Mais certains à la FIGC rêvent d'un profil plus offensif, plus moderne — un Roberto De Zerbi ou un Vincenzo Italiano capables de construire quelque chose sur la durée.
Le calcio face à son vrai problème : l'usine à talents est en panne
Spalletti peut partir, un autre prendre sa place — le problème de fond, lui, ne se résout pas par un changement de sélectionneur. L'Italie souffre d'une crise structurelle dans la formation de ses joueurs. Le temps où Naples, Milan ou la Juventus produisaient des internationaux à la chaîne est révolu. Aujourd'hui, moins de 30% des joueurs évoluant en Serie A sont italiens, un taux parmi les plus bas des grands championnats européens. Les centres de formation peinent à rivaliser avec les académies espagnoles, françaises ou même portugaises. Et le résultat se voit sur le terrain national.
Cette Nazionale alignait certes des joueurs de talent, mais une génération en creux, sans vrai leader capable de porter le groupe dans les moments décisifs. Federico Chiesa, sur lequel tant d'espoirs reposaient, traverse une période de doutes personnels et physiques. Nicolò Barella est un bon joueur, pas un génie capable de changer un match seul. Et derrière, le vivier s'amenuise à une vitesse inquiétante.
La FIGC va devoir aller bien au-delà du simple changement de sélectionneur. Une réforme en profondeur du championnat, des quotas de joueurs formés localement, un investissement massif dans les centres de formation — tout cela est sur la table depuis des années sans jamais être vraiment tranché. L'urgence de ce barrage raté pourrait, peut-être, enfin forcer les décideurs à agir concrètement.
Pour l'heure, l'Italie va regarder la Coupe du Monde 2026 à la télévision. Comme en 2018, comme en 2022. Trois éditions consécutives sans la Nazionale dans le plus grand tournoi du monde — une anomalie historique pour un pays qui reste l'une des nations les plus titrées de la planète foot. Le prochain sélectionneur, quel qu'il soit, héritera d'une mission aussi exaltante que périlleuse : reconstruire une identité, réinventer un style, et surtout, rendre à l'Italie le goût d'y croire. L'Euro 2028, organisé en Angleterre, sera le premier grand rendez-vous. Le réveil doit commencer maintenant.