Après l'humiliation en Bosnie, la Fédération italienne cherche un nouveau sélectionneur. Un premier grand nom vient de se porter candidat.
L'humiliation de Sarajevo a tout changé. La défaite de l'Italie en Bosnie-Herzégovine en qualifications pour la Coupe du monde 2026 a précipité le départ de Gennaro Gattuso, nommé pourtant avec l'ambition de relancer la Squadra Azzurra après des années de galère. Résultat : la Fédération italienne de football, la FIGC, se retrouve à nouveau à la case départ, le poste de sélectionneur vacant et une nation entière qui se pose la même question lancinante — qui peut vraiment remettre ce pays sur les rails ?
Un candidat de prestige rompt le silence
Alors que la FIGC multiplie les contacts en coulisses, un premier grand nom a décidé de ne pas attendre d'être sollicité. Selon les informations circulant en Italie, Massimiliano Allegri se serait officiellement positionné pour reprendre les rênes de la sélection nationale. L'ancien entraîneur de la Juventus Turin, libre depuis son départ agité du club bianconero en mai 2024, n'a pas caché ses ambitions. Allegri, c'est cinq titres de champion d'Italie consécutifs avec la Juventus entre 2015 et 2019, deux finales de Ligue des champions disputées, une autorité tactique rarement contestée dans le football transalpin. Il connaît le vestiaire italien comme personne.
Mais la candidature d'Allegri ne fait pas l'unanimité, loin de là. Ses derniers mois à Turin ont laissé des traces — tensions avec la direction, résultats décevants lors de son second passage, et un style de jeu souvent critiqué pour son manque d'ambition offensive. Confier la sélection à un homme qui a quitté son dernier club sur un désaccord profond, est-ce vraiment le signal que veut envoyer la FIGC ? Le président fédéral Gabriele Gravina devra trancher, et vite. Les premières échéances de qualification approchent à grands pas.
D'autres pistes circulent, bien sûr. Roberto Mancini, qui avait conduit l'Italie au titre à l'Euro 2021, avant de claquer la porte pour rejoindre l'Arabie saoudite dans des conditions rocambolesques, ne serait pas totalement fermé à un retour. Luciano Spalletti, lui, reste encore meurtri par l'échec retentissant lors de l'Euro 2024 en Allemagne, où la Suisse avait éliminé les Italiens dès les huitièmes de finale. Un retour de l'un ou de l'autre semble difficile à vendre au public.
- 0 — c'est le nombre de Coupes du monde remportées par l'Italie depuis 2006, malgré un vivier de talents considérable
- 5 — titres de Serie A consécutifs remportés par Allegri à la tête de la Juventus Turin
- 2021 — dernière grande victoire de la Squadra Azzurra, le titre européen sous Roberto Mancini
- 3 — sélectionneurs différents en moins de quatre ans pour l'Italie, signe d'une instabilité chronique
La Squadra Azzurra face à un choix structurel, pas seulement tactique
Le vrai sujet dépasse largement le nom du prochain sélectionneur. L'Italie traverse une crise identitaire footballistique profonde, que ne règlera aucun entraîneur seul, aussi prestigieux soit-il. La Serie A a perdu de son rayonnement mondial, les clubs italiens peinent à s'imposer en Ligue des champions — aucun titre depuis l'Inter Milan en 2010 —, et la formation des jeunes, longtemps fierté du football transalpin, accuse un retard préoccupant face aux académies espagnoles, françaises ou allemandes.
Nommer Allegri, c'est peut-être miser sur l'expérience et la solidité défensive dans l'espoir de qualification rapide pour le Mondial 2026, organisé conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique. Une compétition que l'Italie a manquée en 2018 et quasiment en 2022. Deux absences d'affilée à la Coupe du monde auraient été un désastre absolu pour le football italien. La pression est donc immense, et elle explique en partie les hésitations de la FIGC à trancher rapidement.
Certains observateurs italiens militent pour une solution plus audacieuse — un entraîneur jeune, offensif, capable de bousculer les certitudes. Des noms comme Thiago Motta, décevant lors de sa première saison à la Juventus mais reconnu pour sa vision du jeu, ou Vincenzo Italiano, actuel entraîneur de Bologne, sont évoqués. Mais nommer un technicien sans expérience internationale pour piloter une sélection en reconstruction, c'est aussi prendre un risque considérable. La FIGC navigue entre prudence et nécessité de rupture.
Ce qui est certain, c'est que le dossier s'accélère. La Fédération ne peut pas se permettre de laisser le poste vacant trop longtemps — les premières fenêtres internationales du printemps 2025 approchent, et l'Italie a besoin de retrouver une colonne vertébrale, un système, une identité. Celle qui lui a permis de gagner quatre fois la Coupe du monde et d'être, pendant des décennies, l'une des nations les plus respectées du football mondial.
Allegri a bougé le premier. D'autres noms vont inévitablement surgir dans les prochains jours. La course est lancée, et Gravina sait qu'il joue, lui aussi, une partie de son propre avenir à la tête de la FIGC. Mal choisir, c'est prendre le risque d'une troisième absence consécutive à un Mondial — une catastrophe dont le football italien ne se relèverait peut-être pas sans réforme en profondeur. Le nom du prochain sélectionneur n'est qu'un premier acte. La vraie reconstruction, elle, sera bien plus longue.