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Football

Trois Mondiaux de suite ratés : l'Italie, absente chronique

Par Rédaction SBM··5 min de lecture·Source: RMC Sport

Pour la troisième fois consécutive, la Nazionale manque la Coupe du monde. Un naufrage devenu presque banal pour les tifosi.

Trois Mondiaux de suite ratés : l'Italie, absente chronique

Quand Giorgio Chiellini avait raccroché les crampons, il avait prévenu à sa façon, sans drama mais avec cette lucidité froide des capitaines qui ont tout vu : il allait manquer quelque chose d'essentiel dans ce groupe. Personne ne l'avait vraiment écouté. Ce mardi, l'Italie a donc confirmé l'impensable pour la troisième fois consécutive — trois qualifications manquées pour la Coupe du monde, de 2018 à 2026, pour une nation qui en a soulevé le trophée quatre fois. Le pays de Zoff, de Maldini, de Totti regarde les Mondiaux à la télévision. Et ce qui sidère peut-être davantage que l'élimination elle-même, c'est la résignation avec laquelle les tifosi l'ont accueillie.

La Nazionale, éliminée avant même d'avoir tremblé

Il y a des défaites qui font mal et des défaites qui font honte. Celle-ci appartient aux deux catégories. L'Italie n'a pas été battue par une équipe supérieure dans un match de légende — elle s'est simplement effondrée, méthodiquement, sur la durée d'une campagne de qualification que les observateurs italiens eux-mêmes jugeaient pourtant abordable. Les joueurs convoqués par Luciano Spalletti ont été qualifiés de « faibles » dans la presse transalpine, une formule brutale mais qui dit quelque chose de réel : la profondeur du vivier footballistique italien s'est considérablement tarie.

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La Federazione Italiana Giuoco Calcio, la FIGC, avait pourtant tiré les leçons — ou cru les tirer — du désastre de 2018, quand la Squadra Azzurra avait manqué sa qualification pour la Russie pour la première fois depuis 1958. Le titre européen de 2021, conquis sous Roberto Mancini avec un jeu collectif enthousiasmant, avait semblé refermer la parenthèse. L'Italie avait joué 37 matchs sans défaite pour décrocher cet Euro, un record continental qui donnait l'impression d'un renouveau structurel. Il n'en était rien. Ce cycle Mancini était une parenthèse enchantée, construite sur un groupe soudé et une alchimie introuvable, pas sur des fondations solides.

Spalletti a hérité d'un chantier. Il a surtout hérité d'un paradoxe : la Serie A est redevenue compétitive au niveau européen, l'Inter Milan et Atalanta Bergame performent en Ligue des Champions, mais les joueurs italiens évoluant à haut niveau se comptent sur les doigts d'une main. Le championnat s'est « mondialisé » au point de marginaliser les locaux dans les effectifs.

Soixante ans d'histoire cyclique, mais jamais trois fois de rang

Pour mesurer l'ampleur du phénomène, il faut remonter à 1958. Cette année-là, l'Italie avait raté le Mondial en Suède — battue par l'Irlande du Nord dans des barrages restés célèbres pour les mauvaises raisons. La honte nationale avait été telle que la FIGC avait entrepris une refondation profonde. Aujourd'hui, le parallèle s'impose avec une précision cruelle : c'est la première fois depuis cette époque que la Nazionale manque trois tournois majeurs consécutifs, en comptant l'absence au Qatar 2022.

L'histoire du football enseigne que les grandes nations traversent des cycles. L'Allemagne, victorieuse en 2014, s'est pris un 8-2 face à l'Espagne en 2020 avant de reconstruire laborieusement. Les Pays-Bas ont raté deux Coupes du monde consécutives, 2002 et 2006, avant de finir finalistes en 2010. Mais dans ces cas, la reconstruction était visible, les talents émergents identifiables. Pour l'Italie d'aujourd'hui, le problème est plus profond : il est structurel, démographique presque. Les centres de formation transalpins produisent moins, forment différemment, et surtout peinent à insérer leurs joueurs dans des effectifs de Serie A saturés par des étrangers souvent meilleurs.

Le paradoxe ultime ? Pendant que la Nazionale souffre, des entraîneurs italiens — Carlo Ancelotti, Massimiliano Allegri, Stefano Pioli — continuent d'exporter leur génie tactique aux quatre coins de l'Europe. L'Italie reste une puissance en termes de pensée footballistique. Elle ne l'est plus en termes de production de joueurs.

Spalletti sur le fil, la FIGC face à ses contradictions

La question qui brûle les lèvres à Rome et Milan : Luciano Spalletti peut-il survivre à cette troisième élimination consécutive ? Le sélectionneur, arrivé après la catastrophe qatarie, portait la mission de remettre l'Italie sur les rails pour le Mondial 2026, organisé aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Il dispose encore de deux ans pour préparer une équipe compétitive — mais avec quel matériel humain ?

La FIGC va devoir trancher entre deux logiques irréconciliables. Première option : maintenir Spalletti, accepter la douleur à court terme et construire sur la durée avec les U21 — une génération qui a montré des signes encourageants, notamment lors du Championnat d'Europe espoirs. Deuxième option : limoger le technicien de Certaldo pour envoyer un signal fort aux tifosi et aux sponsors, au risque de recommencer un énième cycle de reconstruction précipité.

Les supporters italiens, eux, ont déjà rendu leur verdict dans les tribunes et sur les réseaux : la tristesse a laissé place à une forme d'indifférence teintée de cynisme. Quand une nouvelle génération d'enfants grandit sans avoir vu son équipe nationale dans un Mondial, le lien affectif se distend. Ce n'est pas qu'une question sportive — c'est une question d'identité culturelle pour un pays où le calcio a longtemps été une religion d'État.

Les Mondiaux 2026 se joueront sur trois pays nord-américains, avec un format élargi à 48 équipes. L'ironie absolue serait que ce gonflement inédit du tableau — presque la moitié de l'UEFA qualifiée — ne suffise pas à ramener l'Italie dans la compétition. Pour l'heure, la Nazionale a deux ans pour prouver que cette séquence noire n'est qu'une anomalie de parcours. Deux ans, et une génération de tifosi à reconquérir.

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