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Football

Les ultras lyonnais prennent la défense des supporters stéphanois

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Avant OL-Lorient, une banderole des supporters lyonnais en soutien aux fans de Saint-Étienne a fait sensation au Groupama Stadium.

Les ultras lyonnais prennent la défense des supporters stéphanois

Rivalité suspendue, solidarité activée. Avant le coup d'envoi d'Olympique Lyonnais — FC Lorient, match de clôture de la 29e journée de Ligue 1, une banderole déployée dans les tribunes du Groupama Stadium a retenu tous les regards. Des supporters lyonnais — ceux-là mêmes qui vouent une haine sportive viscérale à leurs voisins stéphanois — ont choisi de prendre publiquement la défense des fans de l'AS Saint-Étienne. Un geste rare, presque impensable dans le contexte habituel du derby le plus chaud de France, qui dit quelque chose de fort sur l'état du mouvement ultra hexagonal.

Qu'est-ce qui a poussé des supporters lyonnais à défendre leurs rivaux jurés ?

Pour comprendre ce moment, il faut replacer le contexte. Les supporters de l'AS Saint-Étienne traversent une période difficile sur le plan des relations avec les instances. Plusieurs sanctions, des interdictions de déplacement répétées et une pression croissante des autorités sur les groupes organisés stéphanois ont alimenté un sentiment d'injustice dans les tribunes des Verts. Ce sont ces mesures que les ultras lyonnais ont choisi de dénoncer publiquement, par le biais d'une banderole affichée avant le coup d'envoi contre Lorient.

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Selon nos informations, le message était direct, sans ambiguïté sur l'intention : une marque de solidarité inter-clubs qui dépasse les clivages géographiques et identitaires habituels. Dans le milieu ultra, ce type de geste obéit à une logique bien précise — celle de la défense d'une culture commune face à ce que beaucoup perçoivent comme une criminalisation progressive du supporterisme à la française. La rivalité entre Lyon et Saint-Étienne, l'une des plus intenses du football français depuis des décennies, ne disparaît pas pour autant. Mais elle est mise en sourdine quand l'ennemi commun change de nature.

À en croire l'entourage de plusieurs groupes de supporters lyonnais, ce geste n'est pas spontané. Il s'inscrit dans une dynamique plus large de rapprochement entre mouvements ultras de clubs différents, y compris rivaux, face aux restrictions imposées depuis plusieurs saisons par la Ligue de Football Professionnel et les préfectures. Une solidarité de classe, pourrait-on dire, qui transcende les derby.

La guerre des instances contre les groupes ultras a-t-elle atteint un point de rupture ?

Le chiffre parle de lui-même : depuis le début de la saison 2023-2024, plus de 80 arrêtés préfectoraux d'interdiction de déplacement ont été recensés en Ligue 1 et Ligue 2, un record depuis l'instauration de ce dispositif. Les groupes organisés, qu'ils soient lyonnais, stéphanois, marseillais ou parisiens, dénoncent une application jugée arbitraire et disproportionnée, qui frappe les supporters lambdas autant que les fauteurs de troubles.

Saint-Étienne, relégué en Ligue 2 la saison passée avant de retrouver l'élite, a été particulièrement exposé à ces sanctions. Les Green Angels et autres groupes de la Tribune Nord ont accumulé les restrictions, ce qui a paradoxalement renforcé leur visibilité médiatique et la sympathie d'autres mouvements ultras à travers la France. Lyon n'est pas en reste sur ce terrain : le virage nord du Groupama Stadium a lui aussi été visé par plusieurs sanctions ces dernières années, ce qui crée mécaniquement une communauté d'expériences entre des groupes que tout oppose sur le plan footballistique.

Cette banderole dimanche soir, c'est aussi un signal politique envoyé aux dirigeants du football professionnel français. Un rappel que la répression ne fait pas disparaître les groupes, elle les soude. Et parfois de manière inattendue.

OL-Lorient, un match anecdotique ou un contexte qui amplifie le message ?

Choisir un match contre Lorient pour afficher ce message n'est pas anodin. Face à un adversaire sans charge émotionnelle particulière pour les supporters lyonnais, la banderole n'a pas été éclipsée par la fièvre d'un choc ou d'un derby. Elle a occupé l'espace symbolique que la rencontre elle-même ne remplissait pas entièrement. L'Olympique Lyonnais, dixième au classement de Ligue 1 à l'entame de cette 29e journée, joue ce soir une rencontre importante dans la course au maintien à distance respectable, mais sans l'électricité d'une affiche au sommet.

Le FC Lorient, de son côté, lutte pour sa survie dans l'élite. Avec seulement 23 points au compteur avant ce match, les Merlus sont dans la zone dangereuse et ont besoin de chaque point glané à l'extérieur. Le contexte sportif est donc tendu pour les visiteurs, ce qui aurait pu voler la vedette à tout autre événement en tribune. Mais la banderole a circulé sur les réseaux sociaux bien avant le coup d'envoi, générant des réactions dans tout le football français.

Sur X, anciennement Twitter, plusieurs comptes de groupes ultras de différents clubs ont relayé l'image avec des messages de soutien. D'autres, plus sceptiques, y voient une opération de communication calculée plutôt qu'un élan sincère. À en croire plusieurs membres des kops lyonnais contactés, la démarche est collective et réfléchie, pas opportuniste. « On défend pas Saint-Étienne, on défend le droit d'aller au stade », résume sobrement l'un d'eux.

Ce dimanche soir au Groupama Stadium, le football a joué un rôle secondaire pendant quelques minutes. Ce n'est pas si fréquent. Et si cette image — deux mots de la même langue dans deux villes qui se détestent depuis toujours — finit par faire école dans d'autres stades français, elle marquera peut-être un tournant dans la manière dont le mouvement ultra se réorganise face aux institutions. La prochaine journée de Ligue 1 dira si d'autres tribunes ont retenu la leçon.

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