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Football

Chants islamophobes en Espagne, la FIFA sort l'artillerie lourde

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

La FIFA ouvre une procédure disciplinaire contre la RFEF après des chants islamophobes lors du match amical Espagne-Égypte à Cornellà. Un signal fort à quelques mois du Mondial 2026.

Chants islamophobes en Espagne, la FIFA sort l'artillerie lourde

Quelques milliers de supporters, un match amical sans enjeu sportif, et voilà la Fédération espagnole de football convoquée devant l'instance disciplinaire de la FIFA. Ce qui s'est passé à Cornellà lors de la rencontre entre l'Espagne et l'Égypte n'est pas un incident isolé facile à balayer d'un revers de main — c'est un symptôme que le football mondial ne peut plus se permettre d'ignorer, et la FIFA a décidé de ne pas faire semblant. L'organisation dirigée par Gianni Infantino a officiellement annoncé l'ouverture d'une procédure disciplinaire contre la Real Federación Española de Fútbol pour les chants à caractère islamophobe entonnés dans les tribunes ce soir-là. Le message est clair : personne n'est au-dessus des règles, pas même une des sélections les plus titrées de la planète.

Que s'est-il passé exactement à Cornellà pour déclencher cette procédure ?

Le stade de Cornellà-El Prat, antre habituel de l'Espanyol Barcelone, accueillait donc ce match amical entre la Roja et les Pharaons d'Égypte. Ambiance sans pression de résultat, sans tableau des qualifications à surveiller. Et pourtant, dans les gradins, des chants à teneur islamophobe ont résonné suffisamment fort et suffisamment longtemps pour que la FIFA ne puisse pas les considérer comme anecdotiques. Les détails précis des slogans ne sont pas tous rendus publics par l'instance, mais la procédure ouverte parle d'elle-même.

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Ce type d'incident rappelle, douloureusement, les années où les tribunes européennes étaient régulièrement le théâtre de comportements racistes sans que les fédérations nationales ne bougent réellement. L'UEFA avait mis des années à développer un protocole sérieux — le fameux protocole trois étapes — et la FIFA avait elle-même été critiquée pour son manque de fermeté lors de certains matches des éliminatoires de la Coupe du Monde. Ici, le signal est différent. La réaction est rapide, visible, officielle. C'est déjà beaucoup.

La RFEF, de son côté, se retrouve dans une position délicate. Elle est responsable, au sens juridique du terme, de ce qui se passe dans l'enceinte lors des matches organisés sous son égide. Que ses dirigeants aient ou non condamné les faits sur le moment, c'est leur fédération qui comparaît. Et dans le droit sportif international, l'ignorance ou la passivité ne constituent pas une défense recevable.

Pourquoi cette affaire prend une dimension particulière à deux ans du Mondial 2026 ?

Le calendrier n'est pas neutre. La Coupe du Monde 2026 se disputera aux États-Unis, au Canada et au Mexique, et l'Espagne est évidemment pressentie parmi les grands favoris. Mais au-delà de la compétition sportive, ce tournoi sera le premier à 48 équipes, avec une représentation inédite des nations africaines et du monde arabe. L'Égypte elle-même pourrait bien être au rendez-vous. Le voir ciblée par des chants islamophobes lors d'un match amical contre l'hôte potentiel d'une demi-finale, voilà qui crée une dissonance pour le moins problématique dans la communication de la FIFA.

Infantino a fait de l'inclusivité l'un des piliers rhétoriques de son mandat. Le football doit être un sport pour tous, répète-t-il à chaque tribune internationale. Fermer les yeux sur ce qui s'est passé à Cornellà aurait constitué une contradiction flagrante, que les médias arabophones et africains n'auraient pas manqué de relever. La procédure disciplinaire est donc aussi un acte politique, au sens noble du terme — une démonstration que les valeurs proclamées ne sont pas seulement ornementales.

Il faut aussi replacer cela dans le contexte espagnol. Ces dernières années, plusieurs incidents similaires ont émaillé les matches de Liga, visant tantôt des joueurs noirs, tantôt des supporters de confession musulmane. LaLiga a déployé des protocoles, les clubs ont communiqué, mais le problème persiste. Quand c'est la sélection nationale qui est concernée — symbole par excellence d'un pays — l'impact symbolique est décuplé. En 2004, lors d'un match amical Espagne-Angleterre à Madrid, des supporters avaient imité des singes pour cibler Shaun Wright-Phillips. Vingt ans plus tard, les formes changent, le fond résiste.

Quelles conséquences concrètes risque la RFEF et qu'est-ce que cela change vraiment ?

Sur le plan purement procédural, la FIFA peut infliger des sanctions allant d'une amende financière à des matches joués à huis clos, en passant par des points de pénalité en compétitions officielles. Pour un match amical, les leviers sont légèrement différents, mais la procédure disciplinaire peut déboucher sur des obligations de mise en conformité, des programmes de sensibilisation imposés, voire des amendes substantielles. La RFEF dispose de 20 jours pour présenter ses arguments, selon le protocole standard des procédures FIFA.

Mais au-delà du verdict chiffré, c'est la jurisprudence qui compte. Si la FIFA sanctionne effectivement la fédération espagnole — et pas seulement symboliquement — elle envoie un message à toutes les fédérations membres : vous êtes responsables de votre public, en match officiel comme en amical. Ce serait un durcissement notable de la doctrine, et certaines fédérations d'Europe centrale et de l'Est, habituellement peu inquiétées pour ce type d'incidents, auraient des raisons de s'interroger.

La question de l'effectivité des sanctions reste entière. On se souvient que l'UEFA avait infligé en 2020 une amende dérisoire — autour de 9 750 euros — à la Fédération bulgare après les incidents racistes lors de Bulgarie-Angleterre, un chiffre qui avait provoqué l'indignation générale. Les joueurs anglais, dont Raheem Sterling et Tyrone Mings, avaient eux-mêmes pointé l'absurdité d'une punition aussi déconnectée de la gravité des faits. La crédibilité d'une sanction se mesure à son inconfort pour celui qui la reçoit. C'est là que tout se joue.

Cette affaire pourrait bien devenir un test grandeur nature de la volonté réelle de la FIFA à faire respecter ses propres codes. Si la procédure aboutit à une sanction sérieuse, elle établit un précédent utile à quelques mois d'une compétition planétaire que l'instance veut vendre comme la plus inclusive de l'histoire. Si elle se referme sur une amende symbolique et quelques communiqués de bonne volonté, le football européen saura que le discours sur les valeurs reste, lui, purement amateur.

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