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Retour sur 2020 – La Ligue 1 est-elle un mauvais championnat ?

De nouveau sous le feu des critiques après que les 4 autres championnats majeurs aient repris le jeu ou aient prévu de le reprendre, la Ligue 1 est la seule à avoir annoncé l’arrêt définitif du championnat. Notre précieux championnat fait très souvent l’objet de critiques sur son niveau de jeu, jugé par beaucoup de plus en plus faible et ennuyant. Ces critiques font souvent écho aux résultats européens des clubs français. Bordeaux et Saint-Etienne sont les derniers exemples en date et s’inscrivent dans une continuité de mauvais résultats en Coupe d’Europe. Cette critique, très souvent donnée par des supporters est-elle juste ou le sujet est il bien plus complexe et profond ?

Sports Business Mag va essayer de répondre avec objectivité à cette question que l’on entend à travers tout l’Hexagone : la Ligue 1 est-elle un mauvais championnat ?

Des critiques régulières sur les faiblesses de la Ligue 1

Le football français est perçu comme une tradition au sein de notre territoire, quitte a refuser l’innovation. Les stades français sont souvent la première critique contre ce championnat. Pourtant, nous disposons en France de nombreux stades de qualités, que ce soit des enceintes historiques comme l’Orange Vélodrome ( 67 394 places ), le Parc des Princes ( 47 929 places ), Geoffroy-Guichard ( 41 965 places ) ou des stades récents au design moderne comme l’Allianz Riviera ( 35 624 places ), le Groupama Stadium ( 59 186 places ), le Matmut Atlantique ( 42 115 places ) ou le stade Pierre-Mauroy ( 50 083 places ). Cependant, les spectateurs ne sont pas toujours au rendez-vous et la Ligue 1 enregistre une affluence moyenne d’environ 20 500 spectateurs entre 2010 et 2017. Lorsque l’on regarde nos voisins européens, la Ligue 1 est loin derriere la Bundesliga et la Premier League mais assez proche de la Liga et de la Série A ( 26 247 spectateurs en moyenne en Liga et 22 830 en Série A ).

Une statistique très interessante à prendre en compte est également le taux de remplissage. En Ligue 1, sur la période 2010/ 2017, il s’élève à environ 70%. La Premier League et la Bundesliga affichent elles un taux de 94 et 91%. Cependant, la Série A et la Liga sont bien derriere notre championnat. En effet, le taux de remplissage du championnat italien est de 57%, celui de la Liga de 67%. Certains stades en France n’ont rien a se reprocher comme le Parc des Princes, qui affiche un taux de remplissage de près de 95% chaque saison, tout comme l’Orange Vélodrome ( environ 80% ), le Stade de la Meinau ( environ 87% ) ou le Stade Francis-Le Blé cette saison ( 90% de taux de remplissage ). Cependant, certains stades affichent un retard conséquent comme le Stade Louis II et son taux de remplissage de 45% la saison dernière ou l’Allianz Riviera et le Matmut Atlantique, deux stades neufs qui n’excèdent pas les 50% de taux de remplissage. Dans le classement des cinquante plus fortes affluences dans le football européen, nous retrouvons logiquement seulement 4 clubs français : le LOSC, l’Olympique Lyonnais, l’Olympique de Marseille et le PSG.

Pourquoi nos stades français ne sont pas aussi remplis que ceux de nos amis frontaliers ? Le niveau de jeu est-il meilleur de l’autre côté de la Manche ou du Rhin ? C’est ce que beaucoup pensent. Le niveau de jeu est au coeur des critiques émises sur la Ligue 1.

Ennuyeuse est souvent l’adjectif utilisé pour décrire notre chère Ligue 1. Nous estimons que le niveau de jeu n’est pas assez relevé et que les tactiques mises en places par certaines équipes manquent de créativité. La Ligue 1 est jugée defensive et fermée et les seules phases intéressantes proviennent d’équipes qui survolent le championnat comme le PSG chaque année ou l’Olympique de Marseille cette saison. En 2016/17, le nombre moyen de buts marqués en Ligue 1 est de 2,60 buts par match. Ce même taux est de 2,71 en Bundesliga, de 2,81 en Série A, de 2,84 en Premier League et de 2,90 en Liga. La Ligue 1 est très certainement moins spectaculaire que ses voisins. Les Expected Goals confirment également cette pensée. Les xGoals calculent le nombre de buts attendus par match en fonction de leur probabilité. En France, entre 2014 et 2019, le nombre d’expected goals varie entre 1,93 xGoals par match et 3,02. Sur la même période, la Liga atteint un nombre de xGoals qui oscille entre 2,17 et 3,02, juste derriere la Série A, la Premier League et la Bundesliga qui voit son nombre de xGoals varier entre 2,34 et 3,6.

Enfin, la troisième critique majeure émise envers la Ligue 1 et son manque de réussite européenne ainsi que la domination sans concurrence du PSG. Ces deux facteurs sont meme souvent liés. En effet, le palmarès européen français est quasi vide. Seul l’Olympique de Marseille a remporté la Ligue des Champions alors que la Série A compte 12 Ligue des Champions, la Liga 18, la Bundesliga 7 et la Premier League 13. Les exemples récents de catastrophe sportive sont nombreux pour les clubs français en Coupe d’Europe. On peut notamment évoquer la « remontada » barcelonaise face au PSG où les récentes désillusions de Bordeaux et Saint-Etienne en Ligue Europa. Malgré ces multiples échecs, seul le PSG est perçu comme un club pouvant réussir sur la scène européenne, notamment cette saison après sa victoire face à Dortmund. Cependant, la domination du club français en Ligue 1 représente pour certains une menace pour le championnat qui serait joué d’avance et qui perdrait donc tout son intérêt.

Mais, la Ligue 1 est un championnat au fort potentiel et composé de joueurs talentueux

Cependant, la réalité est beaucoup plus complexe et moins ambivalente. La Ligue 1 est, malgré les nombreuses critiques, un championnat reconnu et apprécié en Europe. Le faible nombre de buts peut être perçu comme un manque de spectacle et de créativité mais également comme une preuve de l’intelligence défensive des équipes de Ligue 1. La saison 2019/20 est d’ailleurs un exemple intéressant pour mettre en avant le niveau de la Ligue 1. Le championnat de France se ressert de plus en plus et malgré la forte domination du PSG, de nombreuses formations parviennent chaque année à créer la surprise. En 2012, c’était Montpellier, en 2017, Monaco. Aujourd’hui, c’est dans la course aux places européennes que le suspens est au rendez-vous. Rennes a finit la saison troisième et Reims 6ème, déjouant les pronostics voyant l’OL ou le LOSC finir en Ligue des Champions. De nombreuses équipes affirment leur identité et deviennent de véritables troubles-fêtes comme le SCO d’Angers, très fort à domicile ou Reims et sa défense de fer. Aujourd’hui en Ligue 1, le niveau est très homogène entre la 2ème et la 14ème place. La saison dernière, 34 points séparent le LOSC, 2ème et les Girondins de Bordeaux, 14ème. Seul l’écart entre le deuxième et le quatorzième de Liga est plus faible ( 32 points ).

Comment évoquer les points forts de notre Ligue 1 sans évoquer son vivier de talents ? La Ligue 1 regorge de joueurs qui deviendront de futurs stars. Karim Benzema, Ngolo Kanté, Corentin Tolisso, Raphael Varane, Samuel Umtiti, Clément Lenglet, Franck Ribéry, Pierre-Emerick Aubameyang, Hugo Lloris, Eden Hazard et bien d’autres ont fait la fierté de la Ligue 1 à l’étranger et sont aujourd’hui tous titulaires dans les plus grands clubs européens. La nouvelle génération composée d’Alassane Pléa, de Marcus Thuram, de Christopher Nkunku, de Benjamin Mendy ou encore de Bernardo Silva et Fabinho explose déjà à l’étranger. Dans le futur, Kyllian Mbappé, Houssem Aouar, Eduardo Camavinga, Youcef Atal, Jonathan Ikoné ou Axel Disasi feront le bonheur de nos voisins européens, qui n’hésitent pas à piocher en Ligue 1 pour améliorer leur équipe.

La France est reconnue comme le meilleur pays du monde en terme de formation. Lors de la Coupe du Monde 2018, 52 joueurs étaient nés en France, loin devant les autres pays comme l’Allemagne, le Brésil et l’Argentine qui comptaient entre 27 et 29 joueurs étant nés au sein de leur territoire. Paris fut également la ville la plus représentée lors cet événement avec 60 joueurs présents à la Coupe du Monde nés à Paris, légèrement devant les 50 joueurs nés à Buenos Aires. La formation française, particulièrement en Ile-de-France, dans le Rhône et dans les Alpes-Maritimes est excellente.

Malgré les nombreuses critiques, la Ligue 1 est de plus en plus attractive. De nombreux investisseurs se sont installés en France comme à Lille, Nice, Marseille ou Bordeaux et permettent d’attirer de nouveaux joueurs. De nombreuses stars ont rejoint le championnat comme Zlatan Ibrahimovic, Neymar Jr, Memphis Depay, Thiago Silva, Ces Fabregas, Wissam Ben Yedder, David Beckham ou encore Mauro Icardi. Les clubs français parviennent davantage à attirer des espoirs européens, malgré la forte concurrence comme Joachim Andersen ( OL ), Victor Oshimen ( LOSC ), Raphinha ( Stade Rennais ) ou encore Kasper Dolberg ( Nice ).

Cette attractivité se perçoit également grâce aux sponsors et aux diffuseurs. Mediapro, un diffuseur espagnol a acquis les droits de diffusion de la Ligue 1 à partir de 2020 jusqu’en 2024 pour la somme historique de 1,15 milliard d’euros par saison. Pour la période 2016-2020, le montant des droits de diffusion s’élevait à 726,5 millions d’euros. Cette aubaine économique pourrait permettre de nombreux investissements qui pourraient avoir un impact sur de nombreux aspects du championnat.

D’où provient cette pensée critique et que peut-on espérer dans le futur ?

Tout d’abord, cette pensée très critique envers la Ligue 1 est évidemment en partie justifiée même si de nombreux aspects ne sont pas pris en compte comme l’aspect économique . Cependant, cette vision très dure et très representative de notre façon de pensée et de notre esprit critique est très développé. Ce n’est d’ailleurs pas un défaut mais une réelle qualité car il nous permet de réaliser les avancées que nous devons faire, mais cet esprit critique n’est intéressant que si il est utilisé pour trouver des causes et des solutions au problème que nous soulevons. La Ligue 1 n’est pas parfaite et a beaucoup de travail a effectuer mais nous devons impérativement rester objectif pour continuer notre progression.

De plus, certains championnats sont souvent fantasmés comme la Liga et son niveau technique exceptionnel. En réalité, au-delà du Top 4, les formations espagnoles sont à un niveau assez proche de celles de Ligue 1, comme nous l’avons vu lors des confrontations entre Rennes et le Bétis Séville. En Italie, la Juventus survole le championnat depuis des années et le niveau de la formation italienne stagne dans un championnat qui peine à se ré-inventer. En Bundesliga, le Bayern Munich n’a aucune concurrence et recrute de nombreux joueurs au sein de clubs allemands afin d’affaiblir la concurrence. Malgré des matchs spectaculaires, les errements défensifs et tactiques sont nombreux et peu de défenseurs provenant de ce championnat se sont imposés ailleurs. Enfin, en Premier League, la compétitivité est au rendez-vous, grâce à la puissance financière de chaque club. Les clubs anglais se battissent grâce à des investissements colossaux qui leur permettent d’acquérir des joueurs, des staffs et des entraineurs ayant déjà réussi en Europe mais peut-on considérer cela comme une grande réussite ?

Alors comment la Ligue 1 peut-elle s’améliorer et être considéré par ses fans comme un grand championnat et enfin rivaliser avec ses voisins européens ? Tout d’abord, je crois que la Ligue 1 manque d’une chose qui lui fait particulièrement défaut : l’ambition. A chaque mauvais résultat en championnat, les clubs pointent du doigt le PSG et sa suprématie nationale mais ne remettent pas en question leurs performances ou leurs décisions économiques et sportives. Cependant, les clubs français doivent se rappeler que tout est possible lorsque l’on se donne les moyens. L’OM l’a montré en 2018, en atteignant la finale de l’Europa League. Reims l’a également montré cette saison en terminant 6ème. Le football français dispose de nombreuses lacunes et l’une d’entre elles est le fait qu’il refuse d’évoluer. Le monde change et il faut accepter ce changement. En Amérique du Nord et partout en Europe, les stades se modernisent. En Allemagne par exemple, 15 des 18 clubs de Bundesliga ont conclu un accord de naming pour leurs stades. En Ligue 1, seulement 4 clubs sont dans le meme cas. L’amélioration du niveau de la Ligue 1 doit forcément passer par une augmentation des revenus du championnat. Les clubs doivent investir et réfléchir à de nouvelles façons d’attirer le maximum de personnes dans leur stade. La France est un pays de football, alors pourquoi seulement 70% des stades de Ligue 1 sont remplies ? Pourquoi, alors que la France est le meilleur pays en terme de formation, la Ligue 1 est-elle souvent jugée ennuyeuse ? Pourquoi, malgré des effectifs de plus en plus qualitatifs, les clubs français ne parviennent pas à réussir en Coupes d’Europe ? Ces questions doivent être posées et débattues afin que chaque acteur du football français puisse se remettre en question et qu’ensemble, tous ces acteurs puissent avancer en trouvant des solutions concrètes pour le bien du football français. Les intérêts de chacun ont crée la division, quitte à oublier que le succès d’un club français est le succès de tout un pays. La force du championnat de France réside en son essence et c’est pour cela que l’on doit accepter l’évolution que prend le sport tout en continuant de rayonner grâce à notre tradition, notre formation, notre rigueur défensive et notre sens tactique. De nouvelles générations de coachs plus entreprenants voient le jour comme Julien Stéphan à Rennes, de nouveaux investisseurs construisent des projets ambitieux comme Jim Ratcliffe à Nice et ces nouveaux acteurs permettront à notre championnat de grandir, jusqu’à ce que nous en soyons enfin fiers.

Louis Huberdeau

Management Hôtelier International de Luxe | CMH

Ecole supérieure de design ESDAC | ESDAC

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