L'histoire des sacres mondiaux de l'Argentine est indissociable de ses paradoxes. Entre génie footballistique et zones d'ombre politiques, l'Albiceleste a construit sa légende sur deux triomphes qui ont marqué l'histoire du football mondial, l'un sous le signe de la controverse, l'autre sous celui de la magie pure.
1978 : un Mondial sous l'ombre de la dictature
En 1978, l'Argentine accueille pour la première fois de son histoire une Coupe du Monde. Mais le contexte politique est lourd : depuis 1976, le pays est sous la coupe du régime autoritaire du Général Videla, une junte militaire dont la brutalité est dénoncée à travers le monde. Organiser le Mundial représente alors une opération de communication à grande échelle pour le régime, qui espère redorer son image sur la scène internationale.
Le jeune sélectionneur César Luis Menotti, figure atypique et intellectuelle du football argentin, reçoit une mission claire : ramener le titre. Porté par son capitaine Daniel Passarella, défenseur rugueux et leader incontesté, l'Albiceleste se fraye un chemin jusqu'au sommet. Le titre est décroché, mais le parcours reste entaché de suspicions, notamment autour du match controversé contre le Pérou, qui permettra à l'Argentine de se qualifier pour la finale. L'étoile est là, mais le goût de la victoire est amer pour beaucoup.
1986 : Maradona, le génie qui a porté une nation
Huit ans plus tard, direction le Mexique pour la onzième édition de la Coupe du Monde. L'Argentine est cette fois une nation libérée, revenue à la démocratie depuis 1983. Et sur le terrain, un seul homme va tout changer : Diego Armando Maradona. Le natif de Villa Fiorito est au sommet de son art, transcendant chaque match de sa virtuosité unique.
Ce Mondial mexicain reste gravé dans les mémoires pour deux raisons majeures. D'abord, le quart de finale face à l'Angleterre, où Maradona inscrit en l'espace de cinq minutes deux buts devenus mythiques : la célèbre « Main de Dieu », but litigieux inscrit de la main, et le « But du siècle », une chevauchée solitaire de 60 mètres balle au pied, élu meilleur but de l'histoire de la compétition. Deux facettes d'un même génie, entre ruse et splendeur.
En finale, l'Argentine domine l'Allemagne de l'Ouest (3-2) et décroche son deuxième titre mondial. Maradona soulève le trophée, les larmes aux yeux, sous les ovations d'un stade Azteca en fusion. Une image qui traverse les décennies.
Un contexte mondial en pleine mutation
Ces deux sacres argentins s'inscrivent également dans une période charnière pour le football international. Les années 1970 marquent la fin progressive de la décolonisation, et de nombreux pays nouvellement indépendants font leur entrée sur la scène footballistique mondiale. La FIFA entreprend alors une révolution progressive de ses compétitions pour s'adapter à ce nouveau visage du football planétaire, plus ouvert et plus représentatif des différentes régions du globe.
Au final, les deux premières étoiles de l'Albiceleste illustrent à merveille la complexité du sport roi : capable de porter les passions d'un peuple, de transcender les frontières, mais aussi d'être instrumentalisé par les pouvoirs en place. Des victoires qui, pour le meilleur et pour le pire, ont forgé l'identité footballistique de toute une nation.



