Fautif face à Monaco lors d'une nouvelle prestation catastrophique, Benjamin Pavard illustre un prêt qui vire au cauchemar pour l'Olympique de Marseille.
Il y a des prêts qui ressemblent à des secondes chances, et d'autres qui ressemblent à des aveux d'impuissance. Celui de Benjamin Pavard à l'Olympique de Marseille penche dangereusement vers la seconde catégorie. Dimanche soir, lors du choc face à l'AS Monaco au Vélodrome, le défenseur international français a signé une nouvelle prestation catastrophique, directement impliqué dans la défaite 1-2 des Phocéens par une erreur grossière qui a offert aux Monégasques un boulevard vers le but. Un geste raté de trop. Une image qui résume tout.
Le Champion du monde qui ne retrouve plus ses jambes
Remontons le fil. Benjamin Pavard, Champion du monde 2018, auteur du but de la tournée au Mondial russe contre l'Argentine — ce retourné du destin qui avait fait le tour de la planète football — était censé apporter à Marseille l'expérience et le leadership d'un défenseur rompu aux exigences du très haut niveau. Formé au LOSC, révélé à Stuttgart, consacré au Bayern Munich, puis recruté par l'Inter Milan de Simone Inzaghi pour 30 millions d'euros à l'été 2023 : le curriculum vitae était séduisant. Trop séduisant, peut-être, pour masquer l'évidence d'un joueur en perte de vitesse depuis plusieurs mois.
Car les chiffres ne mentent pas. À l'Inter, Pavard avait progressivement perdu sa place dans le onze titulaire. Sur les derniers mois de compétition avant ce prêt marseillais, son temps de jeu s'était considérablement réduit, le staff intériste lui préférant des profils plus fiables défensivement. À 28 ans, l'âge théorique de la maturité pour un défenseur central, il débarquait à Marseille avec une étiquette paradoxale : grand nom, petite forme.
Le Vélodrome, qui peut transcender ou brûler vif, n'a pas eu l'effet escompté. Depuis son arrivée, Pavard peine à trouver ses repères dans le système de Roberto De Zerbi, un entraîneur qui exige de ses défenseurs une relance propre, une lecture du jeu proactive, une capacité à participer à la construction. Autant de qualités que l'ancien Bavarois semblait posséder il y a trois ans. Autant de qualités qui lui font cruellement défaut aujourd'hui sous le soleil phocéen.
Face à Monaco, l'erreur a été impardonnable dans un match de ce calibre. Une relance approximative, une prise de risque mal calibrée, et c'est l'ensemble de la défense marseillaise qui s'est retrouvée exposée. Les Monégasques, qui affichent l'une des meilleures attaques de Ligue 1 cette saison, n'ont eu qu'à punir. Dans ces moments-là, on repense à Laurent Blanc qui disait qu'un défenseur se juge à ses erreurs, pas à ses bons matchs.
- 1-2 : score final du choc OM-Monaco au Vélodrome, avec Pavard directement fautif sur l'un des buts monégasques
- 30 M€ : montant déboursé par l'Inter Milan pour recruter Pavard à l'été 2023, une valeur qui s'érode match après match
- 2 : nombre de saisons consécutives où Pavard a vu son statut titulaire remis en question dans son club, d'abord à l'Inter, maintenant à l'OM
- 1 : seul but marqué pour l'équipe de France depuis le Mondial 2018, symbole d'une trajectoire qui stagne
De Zerbi face au dilemme des prêts ratés
La question qui se pose maintenant dans les bureaux du président Pablo Longoria est aussi inconfortable qu'urgente. Que fait-on de Benjamin Pavard ? Un prêt se résilie rarement sans dommages collatéraux — financiers, diplomatiques, symboliques. L'Inter Milan, de son côté, n'a probablement pas envie de récupérer un joueur encombrant en plein exercice. Et Marseille, qui traverse une saison avec des ambitions européennes clairement affichées, ne peut pas se permettre de continuer à aligner un défenseur qui offre des autoroutes à chaque adversaire un peu décidé.
Roberto De Zerbi, technicien brillant mais exigeant jusqu'à l'intransigeance, se retrouve dans une position délicate. L'entraîneur italien a bâti sa réputation sur un jeu de possession sophistiqué, où la qualité de la première relance est fondamentale. Voir l'un de ses défenseurs centraux perdre des ballons dans des zones dangereuses, c'est exactement l'inverse de ce qu'il prône depuis Sassuolo jusqu'à Brighton en passant par Shakhtar Donetsk. L'inadéquation entre le profil de Pavard et les exigences du système De Zerbi saute aux yeux à chaque apparition du joueur.
Il y a un précédent historique qui vient à l'esprit. En 2001, Emmanuel Petit, après des années fastes à Arsenal et au Barça, avait rejoint Chelsea dans un état physique et mental dégradé. Le Mondial 1998, les titres, la légende — rien de tout cela ne l'avait protégé du regard impitoyable du football professionnel. Pavard n'en est pas encore là, mais la trajectoire interpelle. Les grandes carrières ne se terminent pas toujours dans la gloire. Parfois, elles s'éteignent lentement, dans l'indifférence polie d'un stade qui attendait autre chose.
Sur le plan du recrutement, ce dossier Pavard soulève aussi des interrogations sur la stratégie marseillaise. Depuis l'ère McCourt, l'OM a multiplié les coups de communication au détriment parfois de la cohérence sportive. Recruter un nom, même en prêt, génère du bruit médiatique, des ventes de maillots, une forme d'excitation populaire. Mais le Vélodrome, l'un des stades les plus électriques d'Europe avec ses 67 000 places capables de vibrer comme peu d'autres, ne pardonne pas l'imposture. Et dimanche soir, il a sifflé.
La suite de la saison dira si Pavard peut retrouver le niveau qui justifiait son recrutement. Mais à ce stade, chaque match disputé ressemble moins à une opportunité de rebond qu'à un supplice supplémentaire pour un joueur visiblement perdu. L'OM a besoin de solutions défensives fiables pour tenir sa place dans la course aux places européennes — la Ligue 1 2024-2025 est serrée comme rarement. Si Longoria et De Zerbi décident de persister avec Pavard malgré les signaux d'alarme, ce sera un pari. Un pari risqué. Marseille en a connu d'autres. Pas tous couronnés de succès.