Après six années en purgatoire, le Deportivo La Corogne franchit enfin le Rubicon. Le club galicien retrouve la Liga dimanche, validant son retour à l'élite dans un scénario digne des plus grands contes de rédemption du football espagnol.
Six ans. Six interminables années à ruminer une relégation qui avait goûté à la honte. Le Deportivo La Corogne renaît dimanche, validant mathématiquement son retour en Liga après une victoire qui sonne comme une délivrance. Fini les secondes divisions, fini l'exil. Le club galicien qui trônait jadis sur l'Espagne revient enfin à la table des grands.
Cette montée ne doit rien au hasard ni à la charité. Elle est le fruit d'une reconstruction patiente, d'une volonté collective enracinée dans les entrailles de la région de Galice. Depuis son plongeon à l'étage inférieur en 2018, le Deportivo s'était juré de revenir. Les promesses, on les oublie. Les actes, jamais.
Un club qui refuse de mourir
Le Deportivo n'est pas n'importe quel pensionnaire de deuxième division. C'est une institution du football espagnol, un club qui a remporté la Liga en 2000 avec une furia gallega inédite. Des joueurs comme Roy Makaay, Diego Tristán et Mauro Silva avaient porté ce maillot blanc et bleu vers les sommets. Alors quand le Deportivo a sombré, ce n'était pas qu'un club qui disparaissait : c'était un morceau d'histoire qui s'effondrait.
La chute avait été vertigineuse. De champion en 2000 à la première relégation de son existence en 2018, après plus d'un siècle d'existence. Un traumatisme. Un véritable cataclysme pour les supporters qui avaient connu les beaux jours du Riazor, ce temple où le club dominait jadis sans partage.
Mais les Corognais ne sont pas les hommes à se résigner. Relégués administrativement en 2020 suite à des problèmes financiers, ils avaient dû recommencer depuis le deuxième échelon. C'est là que la vraie résurrection a commencé : patient, méthodique, sans esbroufe. Le club a reconstruit son projet, stabilisé ses finances, réarmé progressivement.
Cette saison, rien ne pouvait les arrêter
En Segunda División cette année, le Deportivo a montré le visage d'une équipe obsédée. Pas le plus beau football, pas forcément le plus divertissant pour les puristes, mais l'une des formations les plus redoutables au classement. Dimanche, en validant mathématiquement leur retour, ils ne faisaient que confirmer ce que tous savaient déjà : le Deportivo était trop fort pour rester où il était.
Ce retour arrive juste après le sacre du Racing Santander, le week-end précédent. Deux monstres sacrés de la deuxième division qui regagnent simultanément l'élite. La Liga va récupérer du sang neuf, des histoires qui sentent la terre, des supporters qui remettent enfin leurs trophées de glorias passées dans les vitrines du musée.
Le contexte politique du football espagnol rend ce retour encore plus savoureux. Pendant que le Real Madrid et le Barcelone se disputent les miettes de la Casa Blanca, que l'Atlético Madrid tente de survivre aux purges économiques, voilà que le Deportivo débarque comme un revenant. Un rappel que le football n'appartient pas qu'aux oligarques. Que la résilience, quand elle est combinée à l'organisation et à la patience, peut vaincre n'importe quel exil.
Le tournant pour toute la région
Ce retour du Deportivo dépasse largement les frontières du football stricto sensu. C'est toute la région de Galice qui retrouve ses repères. Le Riazor va à nouveau vibrer au rythme des matchs de Liga. Les bars des quartiers de La Corogne vont à nouveau suivre en direct les exploits de leur équipe face aux géants madrilènes ou barcelonais. C'est une question d'identité régionale, presque d'honneur.
Reste maintenant à savoir comment le Deportivo va s'adapter à ce retour à l'élite. La Liga, c'est une autre dimension. Les budgets ne sont pas les mêmes. Les équipes qu'on affrontait en Segunda División ne mâchent plus les murs comme en première division. Il faudra recruter, renforcer, préparer une équipe capable de lutter contre le meilleur football d'Europe.
Mais avec l'énergie que le Deportivo a affichée pour revenir, avec cette faim de reconnaissance qui anime chaque joueur de ce groupe, difficile d'imaginer que le club galicien se laissera écraser. Leur projet n'était pas de revenir pour figurer de passage. C'était de revenir pour rester. Et pour réclamer à nouveau leur place légitime parmi l'élite espagnole.
Le Deportivo est de retour. La Liga va enfin sentir à nouveau le parfum galicien du Riazor. Après six ans de silence, le cri de guerre peut enfin reprendre. Et personne ne sait aujourd'hui si cette résurrection ne sera que le prélude à une nouvelle époque dorée pour le club de La Corogne.