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Football

Paris et le football, une romance municipale qui se réveille

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Le nouveau maire de Paris Emmanuel Grégoire a reçu le Collectif Ultras Paris à l'hôtel de ville, signal fort d'une ambition footballistique renouvelée pour la capitale.

Paris et le football, une romance municipale qui se réveille

Quand Jacques Chirac recevait les Verts de Saint-Étienne à l'Élysée en 1976 pour célébrer leur épopée européenne, c'était déjà la politique qui cherchait à capter la chaleur du football. Presque cinquante ans plus tard, la mécanique n'a pas changé — mais les acteurs, si. Emmanuel Grégoire, fraîchement installé à la mairie de Paris, n'a pas attendu que la poussière de l'élection retombe pour convoquer les représentants du Collectif Ultras Paris à l'hôtel de ville. Un geste qui ressemble à une déclaration d'intention autant qu'à une prise de contact.

L'hôtel de ville ouvre ses portes aux tribunes populaires

Recevoir le CUP — comme les initiés désignent le Collectif Ultras Paris — dans les salons dorés de l'hôtel de ville n'est pas un acte anodin. Ces groupes de supporters ont traversé des années de tensions avec la préfecture de police, de déplacements interdits, de bras de fer avec la direction du Paris Saint-Germain. Ils incarnent une certaine idée du football populaire dans une ville où le club phare est devenu, sous l'ère QSI, une vitrine mondiale plus qu'un ancrage de quartier. Que le premier magistrat de Paris choisisse de les recevoir en priorité, avant même d'avoir défini une quelconque politique sportive publique formelle, dit quelque chose sur la volonté de rompre avec l'indifférence institutionnelle des années passées.

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Paris est une anomalie dans le paysage footballistique européen. Aucune autre capitale de cette taille — ni Londres, ni Madrid, ni Rome — ne concentre autant de clubs professionnels dans un rayon aussi réduit tout en étant aussi peu présente dans le débat populaire sur l'identité du football local. Le PSG a capté toute l'oxygène, aspiré les budgets médiatiques, les narratives, les ambitions. Le Red Star FC végète en National, le Paris FC tente sa percée discrète en Ligue 2. La mairie de Paris n'a jamais vraiment su quoi faire de ce paysage fragmenté. Grégoire semble vouloir changer de posture.

Il faut replacer ce geste dans son contexte immédiat. Avec les Jeux olympiques de 2024 encore dans les mémoires collectives et l'organisation de la Coupe du monde 2030 qui approche — Paris accueillera plusieurs matchs du tournoi conjointement organisé par l'Espagne, le Portugal et le Maroc —, la capitale a besoin d'une politique sportive lisible, cohérente, capable de mobiliser bien au-delà des seuls publics déjà acquis. Rencontrer les ultras, c'est aussi envoyer un signal aux classes populaires qui se sont progressivement senties exclues du Parc des Princes au fil des hausses tarifaires.

Le PSG comme angle mort d'une relation jamais vraiment construite

La relation entre la Ville de Paris et le Paris Saint-Germain est l'une des plus étranges du football européen. Le club joue au Parc des Princes, stade municipal dont il est locataire, et pourtant les négociations pour un éventuel rachat ou une rénovation majeure traînent depuis des années comme une conversation que personne ne veut vraiment finir. La municipalité d'Anne Hidalgo avait entretenu des rapports froids avec la direction qatarienne, notamment sur la question du stade. Grégoire hérite de ce dossier brûlant sans qu'aucune solution ne soit en vue à court terme.

Recevoir les ultras plutôt que Nasser Al-Khelaïfi en première instance, c'est peut-être une façon habile de s'adresser à la base avant de traiter avec les sommets. Une logique presque syndicale appliquée au football. On parle aux ouvriers avant de parler aux actionnaires. Ou peut-être, plus cyniquement, une manière de construire un rapport de force symbolique avant d'engager les vraies négociations avec QSI sur l'avenir du Parc des Princes — dont la valeur foncière donne le vertige dans un marché parisien où le moindre mètre carré autour du bois de Boulogne vaut une fortune.

Car le fond du problème reste là. Le PSG génère aujourd'hui plus de 800 millions d'euros de revenus annuels, selon les derniers rapports financiers disponibles. Le club est l'un des cinq premiers en Europe par la masse salariale. Et pourtant, il joue dans un stade de 47 929 places que certains de ses homologues européens considèrent comme sous-dimensionné pour ses ambitions commerciales. L'Atlético de Madrid a construit le Wanda Metropolitano. le Tottenham Hotspur Stadium a révolutionné l'expérience supporter en Premier League. Paris regarde, et attend. Depuis trop longtemps.

Une fenêtre d'opportunité avant 2030

La Coupe du monde 2030 constitue peut-être la dernière chance sérieuse de redonner au football parisien une architecture institutionnelle digne de ce nom. Les grandes échéances sportives ont cette vertu d'obliger les décideurs politiques à trancher des dossiers qu'ils auraient volontiers laissé dormir. Barcelona a utilisé les Jeux de 1992 pour transformer sa ville. Londres a utilisé les JO de 2012 pour régénérer l'East End. Paris a utilisé les JO de 2024 pour... surtout briller le temps d'un été. La question est de savoir si cette dynamique peut se prolonger dans le football de club, au quotidien, avec des conséquences tangibles pour les supporters et les habitants.

Grégoire a six ans devant lui. Six ans pour construire une relation différente entre la Ville et ses clubs, entre les institutions et les tribunes. La réception du CUP à l'hôtel de ville n'est qu'un premier geste — symbolique, certes, mais les symboles ont leur importance dans un sport où l'appartenance se joue autant dans les représentations que dans les résultats. Si cette ouverture se traduit par une politique concrète — tarification sociale au Parc des Princes, soutien au Red Star et au Paris FC, dialogue structuré avec les groupes de supporters —, alors on pourra parler de vrai tournant. Sinon, ce sera juste une belle photo dans les salons de l'hôtel de ville, et le football parisien continuera de naviguer entre mondialisation assumée et ancrage populaire raté. L'histoire jugera sur pièces, comme toujours.

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