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Football

Real Madrid rattrapé par la vague islamophobe qui secoue le foot espagnol

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Après l'enquête FIFA sur des chants racistes lors de Espagne-Égypte, des supporters du Real Madrid ont repris les mêmes slogans. L'Espagne face à un problème systémique.

Real Madrid rattrapé par la vague islamophobe qui secoue le foot espagnol

La FIFA n'avait pas encore refermé le dossier Espagne-Égypte que le football espagnol replongeait dans ses vieux démons. Des supporters du Real Madrid ont entonné les mêmes chants à caractère islamophobe qui avaient déclenché l'ouverture d'une enquête par l'instance internationale — et cette fois, difficile de pointer du doigt une ferveur patriotique mal canalisée en contexte de compétition nationale. C'est bien au sein du club le plus titré de la planète que ces slogans ont résonné, ajoutant une couche supplémentaire à une crise qui commence à ressembler à bien plus qu'une série de dérapages isolés.

Quand le Bernabéu devient l'écho d'une haine organisée

Tout avait pourtant déjà mal commencé avec cette rencontre de l'équipe nationale espagnole. Lors du match amical face à l'Égypte, des chants ouvertement islamophobes s'étaient élevés des tribunes, suffisamment audibles pour forcer la FIFA à réagir officiellement. L'organisation avait aussitôt annoncé l'ouverture d'une procédure disciplinaire, un signal fort — ou du moins censé l'être. Mais dans le football ibérique, les signaux forts ont parfois la durée de vie d'une rumeur mercato.

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Les supporters madrilènes qui ont repris ces chants n'ont pas improvisé. C'est là que réside le vrai problème. On ne parle pas d'une insulte lancée dans l'adrénaline d'un derby, on parle d'un contenu chargé idéologiquement, transmis, appris, répété. Un chant ne se propage pas par accident. Il circule dans des groupes, il est enseigné à des plus jeunes, il devient un marqueur identitaire pour une frange d'ultras qui ne cache plus vraiment ses convictions. Et le fait qu'il traverse la frontière entre sélection nationale et club le plus symbolique d'Espagne dit quelque chose de la profondeur du phénomène.

Le Real Madrid traîne une histoire complexe avec ses propres tribunes. Le Bernabéu a déjà été le théâtre de comportements discriminatoires visant des joueurs noirs, arabes ou simplement perçus comme différents. Vinicius Junior, l'attaquant brésilien du club, a lui-même subi des insultes racistes répétées dans plusieurs stades espagnols — avec une plainte déposée et des procédures judiciaires qui avancent à la vitesse d'un bus de supporters sous la pluie. La LaLiga s'était engagée à durcir le ton. On attend toujours de voir les dents.

Ce qui rend cette nouvelle affaire particulièrement embarrassante pour le Real, c'est son timing. Le club traverse une période de repositionnement médiatique global, porté par Florentino Pérez dans une logique de marque internationale XXL. Or une marque à 6,6 milliards d'euros de valeur estimée — selon le dernier classement Brand Finance — ne peut pas se permettre que son nom soit associé à des chants qui viseraient des croyants musulmans, alors même que son rayonnement commercial dans les pays du Golfe, d'Afrique du Nord et d'Asie du Sud-Est représente un levier stratégique majeur. La contradiction est criante.

L'Espagne face à une question que le football ne peut plus esquiver

Derrière le cas madrilène, c'est tout un système qui vacille. La Fédération espagnole de football, déjà fragilisée par l'affaire Luis Rubiales et les semaines de chaos institutionnel qui ont suivi, se retrouve à nouveau sur le banc des accusés. Deux scandales d'islamophobie en quelques semaines, dont l'un directement impliquant la sélection nationale — c'est une accumulation qui dépasse le cadre du simple incident et questionne les mécanismes de prévention, de sanction et d'éducation mis en place, ou plutôt pas mis en place, depuis des années.

La FIFA, de son côté, marche sur des œufs. L'instance genevoise a ouvert une enquête sur les chants entendus lors d'Espagne-Égypte, mais ses procédures disciplinaires ont rarement abouti à des sanctions capables de changer durablement les comportements. On se souvient de l'amende infligée à la Bulgarie après des chants racistes contre l'Angleterre en 2019 — ridicule au regard de l'affront. Le football international a une longue tradition de condamnations symboliques qui n'ont jamais gêné personne.

Trois chiffres permettent de mesurer l'ampleur du problème structurel :

  • En 2023-2024, plus de 40 incidents discriminatoires ont été recensés dans les stades de LaLiga selon les données de l'ONG Fare Network, spécialisée dans la lutte contre les discriminations dans le sport européen.
  • La FIFA a prononcé des sanctions financières dans moins de 15 % des cas signalés pour comportements discriminatoires entre 2018 et 2023, selon un rapport du European Parliament Football Intergroup.
  • Le Real Madrid génère plus de 200 millions d'euros annuels en droits marketing et partenariats commerciaux dans des zones géographiques à majorité musulmane — Moyen-Orient, Maghreb, Turquie, Indonésie.
  • Vinicius Junior a déposé au moins 7 plaintes formelles pour racisme depuis son arrivée en Espagne, avec très peu de condamnations définitives à ce jour.

Ces chiffres dessinent un paradoxe grotesque. Le football espagnol s'appuie économiquement sur des marchés dont il insulte symboliquement les habitants depuis ses tribunes. Et les clubs, Real Madrid en tête, continuent de surfer sur leur image globale sans jamais assumer pleinement la responsabilité de ce qui se passe dans leurs propres enceintes.

Pourtant, des solutions existent. L'Allemagne a engagé des programmes de formation destinés aux stewards et aux officiels de sécurité pour identifier et sanctionner en temps réel les comportements discriminatoires. Le Royaume-Uni dispose d'une législation spécifique — le Football Offences Act — permettant des interdictions de stade immédiates pour chants racistes ou discriminatoires. En Espagne, rien d'équivalent n'existe. La loi du sport révisée en 2022 abordait la question des discriminations dans les enceintes sportives, mais sans se doter des outils coercitifs nécessaires pour en faire autre chose qu'un vœu pieux.

Le Real Madrid va devoir se positionner. Pas avec un communiqué de cinq lignes rédigé par un service de communication en mode gestion de crise — mais avec des actes mesurables, des interdictions de stade prononcées, une coopération active avec les autorités judiciaires. Florentino Pérez, qui sait mieux que personne que la valeur d'une marque se construit et se détruit en quelques cycles médiatiques, ne peut plus traiter ce sujet comme une nuisance périphérique. L'islamophobie dans les tribunes du Bernabéu n'est pas un problème de relations publiques. C'est une question de dignité. Et dans un football de plus en plus scruté, de plus en plus globalisé, cette distinction-là finit toujours par coûter cher à ceux qui l'ignorent trop longtemps.

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