L'élimination du Real Madrid par Arsenal enflamme la presse espagnole et les réseaux sociaux. Pendant ce temps, le Bayern Munich prouve qu'il tourne sans Harry Kane.
«Honte», «désastre», «naufrage». Les unes des grands quotidiens sportifs espagnols n'ont pas été tendres au lendemain de l'élimination du Real Madrid. Le club le plus titré de l'histoire de la Ligue des Champions s'est fait sortir par Arsenal, et la presse d'outre-Pyrénées n'a pas retenu ses coups. Pendant ce temps, sur X et Instagram, les supporters des Gunners savouraient une qualification historique avec un enthousiasme que 20 ans d'attente justifient amplement.
Pourquoi la presse espagnole est-elle aussi impitoyable avec le Real Madrid ?
Marca, AS, Sport — tous ont sorti l'artillerie lourde. Ce n'est pas tant la défaite en elle-même qui choque les observateurs madrilènes, c'est la manière. Carlo Ancelotti et ses hommes ont livré une prestation jugée indigente, loin des standards habituels du Santiago Bernabéu en soirée européenne. Selon nos informations, plusieurs chroniqueurs espagnols ont évoqué «le Real Madrid le plus médiocre depuis dix ans» sur les plateaux de Chiringuito et Carrusel Deportivo.
Le contexte aggrave encore les choses. Le Real Madrid restait sur 14 titres en Ligue des Champions, dont deux consécutifs en 2022 et 2024. L'élimination face à une équipe anglaise, dans un contexte où la Liga se targue régulièrement de sa supériorité sur la Premier League, a un goût particulièrement amer. «Nous avons été inférieurs dans tous les secteurs du jeu», a lâché un Ancelotti visiblement sonné en conférence de presse. Quand l'entraîneur lui-même ne trouve pas de circonstances atténuantes, les plumes n'ont aucune raison d'en chercher.
Sur les réseaux sociaux, la machine à mèmes s'est emballée dès le coup de sifflet final. Les images de supporters madrilènes quittant le stade la tête basse ont tourné en boucle, commentées par des millions d'internautes qui n'attendaient que ce moment. Le Real, club que l'on aime ou que l'on déteste rarement avec indifférence, a le don de décupler les réactions quand il trébuche.
Arsenal est-il vraiment la risée de l'Angleterre malgré sa qualification ?
Paradoxe absolu. Arsenal vient d'éliminer le Real Madrid — un exploit que les Gunners n'avaient plus accompli depuis des lustres — et pourtant, une partie de la presse anglaise et des supporters rivaux continue de les persifler. Pourquoi ? Parce qu'Arteta et ses joueurs sont devenus depuis quelques saisons le punching-ball préféré des fans de Manchester City, Liverpool ou Tottenham. Chaque victoire est minimisée, chaque défaite amplifiée.
À en croire l'entourage de plusieurs joueurs des Gunners, ce manque de respect chronique alimente une motivation supplémentaire dans le groupe. Bukayo Saka, Martin Ødegaard, Declan Rice — cette équipe n'a rien à voir avec les Arsenal romantiques et fragiles des années précédentes. Mikel Arteta a construit quelque chose de solide, et la qualification contre le Real en est la preuve la plus éclatante à ce stade européen.
Mais le timing est cruel. Arsenal n'a pas remporté le titre de Premier League depuis 2004, soit plus de vingt ans de disette. Chaque année qui passe sans trophée majeur nourrit les moqueries. Les supporters des clubs rivaux ont beau jeu de rappeler que sortir le Real Madrid en Ligue des Champions ne remplace pas un championnat. Ce débat est d'ailleurs au cœur des discussions en Angleterre cette semaine : peut-on vraiment parler d'un club au sommet quand le titre national échappe encore ?
La réponse, bien sûr, est nuancée. Arsenal est clairement entré dans une nouvelle ère. La direction sportive, avec Edu Gaspar jusqu'à son départ et les décisions prises depuis, a restructuré l'effectif avec une cohérence rare. Mais tant que la Premier League ne sera pas dans la vitrine d'Emirates Stadium, les sourires en coin continueront d'accompagner chaque résultat européen.
Comment le Bayern Munich peut-il dominer sans Harry Kane au cœur de son jeu ?
Voilà la question qui taraude tous ceux qui avaient présenté l'arrivée de Harry Kane à Munich comme le chaînon manquant d'une grande équipe. L'attaquant anglais, recruté l'été dernier pour environ 100 millions d'euros en provenance de Tottenham, est l'un des meilleurs buteurs du monde. Et pourtant, le Bayern Munich continue de cartonner même lorsque Kane n'est pas décisif ou absent du onze de départ.
Selon nos informations issues de la presse allemande, Vincent Kompany a réussi quelque chose que ses prédécesseurs peinaient parfois à accomplir : rendre le collectif bavarois moins dépendant d'un seul joueur. Thomas Müller, dans ce qui ressemble à l'une de ses dernières grandes saisons en Bundesliga, joue un rôle de liant précieux. Jamal Musiala, lui, est tout simplement en train de devenir l'un des meilleurs joueurs du monde à 21 ans — et il ne nécessite aucune mise en contexte pour justifier cette affirmation.
Le Bayern a inscrit plus de 80 buts toutes compétitions confondues cette saison, un chiffre qui illustre mieux que n'importe quel discours la réalité d'une machine offensive plurielle. Kane marque, Kane est décisif dans les grands matches — mais si un soir il n'est pas là ou qu'il passe à travers, les Bavarois ont assez de ressources pour ne pas s'effondrer. C'est ça, la grande différence avec les équipes qui surperforment grâce à un seul homme.
La question de la succession de Kompany sur le banc n'est pas encore d'actualité, mais celle de la domination du Bayern sur la scène européenne, elle, redevient très concrète. L'Allianz Arena retrouve ses allures de forteresse, et les adversaires potentiels en quarts ou en demies de Ligue des Champions ont de bonnes raisons de surveiller de près les Bavarois.
Cette semaine de Ligue des Champions laisse donc un paysage contrasté. Le Real Madrid va devoir se reconstruire mentalement et tactiquement avant de retrouver ce niveau d'exigence européenne. Arsenal, lui, doit maintenant confirmer que son parcours n'est pas qu'un coup d'éclat. Et le Bayern avance, silencieusement, en faisant taire les débats sur la dépendance à Kane. La prochaine fenêtre de matches sera déterminante : c'est souvent quand les équipes ont quelque chose à prouver que les surprises — bonnes ou mauvaises — arrivent.