Le ministre des Sports Andrea Abodi réclame la démission du président de la Fédération italienne après le nouveau fiasco des Azzurri en qualifications.
Deux fois de suite. L'Italie, quadruple championne du monde, va manquer une deuxième Coupe du monde consécutive — après le désastre de 2018 en Russie, rebelote pour 2026. Et cette fois, la crise ne reste pas dans les vestiaires ou dans les colonnes sportives. Elle monte jusqu'au gouvernement. Andrea Abodi, ministre italien des Sports, a officiellement réclamé la démission de Gabriele Gravina, président de la Fédération italienne de football (FIGC), au lendemain de l'élimination des Azzurri en qualifications. Un séisme institutionnel qui dit tout de l'ampleur du choc dans la péninsule.
Gravina s'accroche, Abodi tranche : la Fédération italienne au bord de l'implosion
Mardi soir, le coup de sifflet final a sonné comme une sentence. La Nazionale échoue encore à franchir le cap des qualifications, incapable de s'imposer dans un groupe qui n'avait rien d'insurmontable. Pourtant, dès le lendemain, Gabriele Gravina choisissait la résistance. Selon nos informations, le président de la FIGC a confirmé en interne son intention de se maintenir à son poste, estimant que la reconstruction du football italien est un travail de long terme qui ne peut s'arrêter sur un résultat, aussi catastrophique soit-il.
Andrea Abodi n'a pas attendu longtemps pour lui répondre. Le ministre des Sports a pris la parole publiquement pour exiger son départ, une intervention rarissime dans le monde du football européen où les gouvernements se gardent généralement d'interférer directement dans la gouvernance des fédérations sportives. Mais là, la situation est jugée intenable. Manquer deux Coupes du monde de suite, c'est une anomalie historique pour une nation qui a remporté le titre planétaire en 1934, 1938, 1982 et 2006. Et pour Abodi, la continuité à la tête de la FIGC serait tout simplement incompréhensible aux yeux des supporters et du grand public.
À en croire l'entourage du ministre, la demande ne s'arrête pas à une simple prise de position symbolique. Abodi souhaiterait une transition rapide, avec une assemblée extraordinaire de la Fédération convoquée dans les prochaines semaines pour statuer sur l'avenir de la direction. Gravina, lui, tient bon. Il se sait encore soutenu par une partie des ligues régionales et de certains clubs professionnels qui voient en lui un garant de la stabilité institutionnelle — relative — acquise depuis 2018.
Ce bras de fer entre l'État et la Fédération n'est pas sans précédent en Italie, mais il prend une dimension particulière dans ce contexte. Le football transalpin traverse une crise profonde : les clubs de Serie A peinent à s'imposer en Ligue des champions depuis des années, la formation des jeunes est régulièrement pointée du doigt, et l'équipe nationale affiche un rendement alarmant malgré le titre à l'Euro 2020 — acquis à Wembley en juillet 2021, seul rayon de lumière dans une décennie difficile.
- 2 qualifications mondiales manquées consécutivement pour l'Italie (2018 et 2026)
- 4 titres de champion du monde au palmarès des Azzurri, le dernier datant de 2006
- 1 seul titre continental obtenu sous Gravina : l'Euro 2020, remporté en 2021
- Gabriele Gravina à la tête de la FIGC depuis 2018, réélu en 2021
Après l'Euro 2020, l'euphorie était trompeuse : le vrai visage du football italien
Le sacre à l'Euro 2020 avait tout masqué. Roberto Mancini avait réussi l'exploit de ressouder une génération traumatisée par l'échec en Russie, de construire un collectif cohérent, de redonner envie à un pays entier. L'Italie gagnait 37 matchs consécutifs, battait tous les records, semblait avoir trouvé une nouvelle identité. Mais l'édifice était fragile. Le départ de Mancini en août 2023, parti rejoindre l'Arabie Saoudite dans des conditions troubles, a tout remis à zéro.
Luciano Spalletti a hérité d'un chantier plus compliqué qu'il n'y paraissait. L'Euro 2024 en Allemagne s'est soldé par une élimination dès les huitièmes de finale face à la Suisse — 2-0, sans révolte, sans argument. Là encore, les signaux étaient clairs. Mais la FIGC a choisi la continuité. Gravina a maintenu sa confiance à Spalletti, et les qualifications pour la Coupe du monde 2026 devaient être le moment de la renaissance. Elles sont devenues le tombeau d'une nouvelle ambition mal construite.
Selon nos informations, plusieurs cadres de Serie A auraient exprimé en privé leurs doutes sur la méthode Spalletti, notamment sur ses choix de sélection et son incapacité à intégrer les jeunes talents qui émergent progressivement dans les clubs italiens. À 65 ans, l'entraîneur toscan paie aussi le prix d'une transition générationnelle que le football italien tarde à amorcer sérieusement. Les Giorgio Chiellini, Leonardo Bonucci ou Marco Verratti ont laissé un vide que personne n'a véritablement comblé.
La Serie A, affaiblie financièrement face à la Premier League, à la Liga et à la Bundesliga, produit moins de stars de niveau mondial qu'autrefois. Les Sandro Tonali, Nicolò Barella ou Federico Chiesa portent l'espoir, mais ils ne suffisent pas à compenser les lacunes d'un système de formation dont les résultats se font attendre. L'Italie des jeunes catégories ne produit plus les joueurs qu'elle fabriquait dans les années 1990 et 2000. C'est peut-être là le vrai problème, celui qui dépasse largement la question de savoir si Gravina reste ou non.
Reste maintenant à savoir si le bras de fer entre Abodi et Gravina débouchera sur un vrai changement ou sur un simple renouvellement de façade. Le football italien a besoin d'une réforme structurelle — formation, gouvernance, économie des clubs — que ni une démission ni une réélection ne résoudra seule. La vraie question, au fond, est celle-là : qui sera capable de poser le bon diagnostic et de tenir le cap sur dix ans ? Pour l'heure, personne ne semble avoir la réponse.