Près de 80 jours après la finale entre le Sénégal et le Maroc, de nouvelles révélations relancent une polémique qui dépasse largement le cadre du football africain.
Quatre-vingts jours. C'est le temps qu'il aura fallu pour que la vérité commence, timidement, à se frayer un chemin hors des vestiaires et des salles de réunion feutrées de la Confédération africaine de football. La finale de la Coupe d'Afrique des Nations 2025, disputée entre le Sénégal et le Maroc dans une atmosphère déjà électrique avant même le coup d'envoi, n'en finit pas de livrer ses arrière-plans. Les nouvelles informations qui circulent depuis quelques jours dans les milieux du football continental dressent le portrait d'une soirée qui a débordé, largement, du cadre sportif.
Une finale sous haute tension, bien avant le coup de sifflet final
Les deux nations qui se faisaient face ce soir-là ne se retrouvaient pas seulement pour un titre. Le choc Sénégal-Maroc cristallisait des rivalités géopolitiques, des egos institutionnels et des ambitions économiques qui transformaient chaque décision arbitrale en acte politique. Selon les éléments qui émergent, les tensions auraient commencé bien en amont du coup d'envoi, dans les couloirs de l'organisation, autour de la désignation du trio arbitral et des conditions d'accueil des délégations. Des griefs formulés, des demandes ignorées, une atmosphère de défiance mutuelle qui a contaminé l'ensemble de l'événement.
Sur le terrain, l'arbitrage a concentré l'essentiel des accusations. Plusieurs décisions litigieuses — dont au moins deux jugées déterminantes par les staffs des deux équipes — auraient fait l'objet de protestations formelles déposées auprès de la CAF dans les heures suivant le match. Ce qui est nouveau, et particulièrement grave si cela se confirme, c'est que des membres de l'encadrement de l'une des deux sélections auraient tenté d'exercer des pressions sur des officiels de match avant la rencontre. Des pressions qui, selon nos informations, auraient été signalées en interne mais n'auraient pas donné lieu à des suites disciplinaires immédiates — un silence institutionnel qui pose aujourd'hui question.
Le sélectionneur sénégalais Aliou Cissé, figure respectée du football africain, n'a pas caché son amertume dans les jours suivants la finale, sans pour autant nommer explicitement les responsabilités. Du côté marocain, Walid Regragui a lui aussi navigué entre réserve diplomatique et frustration palpable. Deux entraîneurs habitués aux grandes scènes, mais visiblement dépassés par l'ampleur des enjeux extra-sportifs qui entouraient ce match.
Les chiffres donnent une idée de l'importance de cet événement pour le continent : la finale de la CAN 2025 a rassemblé plus de 90 000 spectateurs dans le stade, généré des audiences télévisées record estimées à 120 millions de téléspectateurs à travers l'Afrique, et constitue, selon les données préliminaires de la CAF, l'événement sportif africain le plus regardé de la décennie. Autant dire que les enjeux financiers — droits TV, sponsors, image des fédérations nationales — se comptaient en dizaines de millions d'euros.
- Plus de 90 000 spectateurs présents lors de la finale
- Environ 120 millions de téléspectateurs à travers le continent africain
- Au moins 2 recours officiels déposés auprès de la CAF dans les 48 heures suivant le match
- 80 jours après la finale, aucune sanction disciplinaire rendue publique par l'instance continentale
Quand le silence de la CAF devient lui-même un aveu
L'absence de communication officielle de la Confédération africaine de football est, à ce stade, l'un des éléments les plus révélateurs de la situation. En 80 jours, aucun communiqué, aucune procédure disciplinaire annoncée, aucune réponse publique aux accusations qui circulent. Ce mutisme n'est pas anodin dans un contexte où la CAF, sous la présidence de Patrice Motsepe, cherche à se repositionner comme une institution crédible et transparente face aux instances mondiales, notamment la FIFA.
Car c'est bien là que réside l'enjeu véritable de cette affaire. Si les révélations actuelles devaient se confirmer et déboucher sur des preuves tangibles de manipulation ou d'ingérence, c'est toute l'architecture de gouvernance du football africain qui se retrouverait fragilisée. La CAN est le produit phare de la CAF, sa vitrine commerciale, l'événement autour duquel se construisent les partenariats avec les diffuseurs internationaux et les sponsors globaux. Une finale entachée, c'est un contrat de confiance rompu.
Les fédérations sénégalaise et marocaine, elles, se retrouvent dans une position inconfortable. La Fédération Royale Marocaine de Football, portée par le succès de la Coupe du monde 2022 et la co-organisation du Mondial 2030, a particulièrement à perdre sur le plan de l'image internationale. Le Maroc s'est construit ces dernières années une réputation de sérieux institutionnel qui tranche avec les scandales qui ont longtemps émaillé le football africain. Être mêlé, même indirectement, à des accusations de cette nature, fragilise un positionnement soigneusement entretenu.
Du côté dakarois, la Fédération Sénégalaise de Football doit gérer la frustration d'une équipe qui avait les moyens de décrocher un deuxième titre consécutif après le sacre de 2022. Sadio Mané et ses coéquipiers méritaient mieux qu'une finale engloutie dans la polémique, quelle qu'en soit l'issue sur le score.
Reste une question fondamentale, que les nouvelles révélations rendent urgente : qui, dans cette affaire, a véritablement intérêt à ce que la lumière soit faite ? Les acteurs institutionnels semblent préférer l'étranglement discret du dossier à une transparence qui risquerait de mettre à nu des pratiques systémiques. Les joueurs, eux, subissent en silence l'instrumentalisation d'une compétition qu'ils ont abordée avec une sincérité sportive que personne ne leur conteste.
Si la FIFA, saisie en parallèle selon certaines sources, décidait d'ouvrir sa propre enquête, la dynamique pourrait changer radicalement. L'instance zurichoise a démontré par le passé, non sans contradictions, sa capacité à intervenir dans les affaires continentales lorsque ses propres intérêts — ou sa propre image — l'exigeaient. La CAN 2025 pourrait ainsi devenir le révélateur d'une crise de gouvernance plus profonde, celle d'un football africain tiraillé entre son ambition mondiale grandissante et ses démons internes persistants. La finale entre le Sénégal et le Maroc n'est peut-être pas encore terminée.