Le président de la FIFA a confié que l'équipe d'Algérie du Mondial 1982 l'avait rendu fan de football. Une déclaration qui ne passe pas inaperçue.
« Moi, je suis devenu un fan du football grâce à l'Algérie. » Quand Gianni Infantino lâche une phrase pareille en plein cœur de Tlemcen, dans le nord-ouest algérien, on s'arrête. Le président de la FIFA en déplacement officiel en Algérie a choisi ce moment pour révéler une part de son histoire avec le ballon rond — et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'hommage rendu à la grande équipe de 1982 a pris tout le monde de court.
Quand l'Algérie de 1982 convertit un gamin suisse au football
On est en 1982. Le monde découvre l'Espagne en fête et un Mondial qui restera dans les mémoires pour ses coups de théâtre. Gianni Infantino, alors enfant, est vissé devant son poste de télévision. Et c'est le onze algérien, mené par Lakhdar Belloumi, qui lui met une claque. L'Algérie, ce soir du 16 juin 1982 à Gijón, terrassait la République fédérale d'Allemagne 2-1. Une victoire historique, l'une des plus grandes surprises de l'histoire de la Coupe du Monde. Pour le futur patron du football mondial, ce match aura tout changé.
En visitant Tlemcen, ville natale de plusieurs légendes du football algérien, Infantino n'a pas joué la carte du discours diplomatique fade. Il a parlé d'émotion, de mémoire, de passion. Il a évoqué ces joueurs qui, il y a plus de quarante ans, ont forcé le monde entier à les regarder autrement. Ce n'est pas anodin. Le président de la FIFA ne sort pas ce genre de confidence par hasard — et en Algérie, pays qui ronge son frein depuis des années sur les questions d'arbitrage continental et de reconnaissance internationale, les mots d'Infantino résonnent forcément au-delà du simple registre nostalgique.
Car l'Algérie de 1982, c'est bien plus qu'un résultat. C'est une identité. Trente-deux ans avant la Coupe du Monde 2014, le football africain posait déjà ses bases de crédibilité sur la scène mondiale grâce à ces Fennecs. Une équipe sans stars estampillées grands clubs européens, construite sur un collectif solide, une envie dévorante et un sens tactique qui avait surpris les meilleurs entraîneurs de l'époque. Belloumi, Madjer, Assad, Dahleb — des noms gravés dans le marbre algérien, et apparemment dans la mémoire du dirigeant le plus puissant du football mondial.
- 1982 : première victoire africaine contre l'Allemagne de l'Ouest en Coupe du Monde (2-1)
- L'Algérie termine à la 14e place du Mondial espagnol, éliminée malgré deux victoires
- Lakhdar Belloumi, élu meilleur joueur africain en 1981, était le fer de lance de cette génération
- Le scandale de Gijón — le match truqué Allemagne-Autriche — prive l'Algérie de la qualification malgré ses performances
Une visite officielle qui envoie un signal fort vers Alger
On ne visite pas Tlemcen par hasard. La ville, chargée d'histoire et fière de son héritage footballistique, n'est pas exactement sur la route touristique habituelle des dignitaires de la FIFA. Ce déplacement d'Infantino s'inscrit dans un contexte bien plus large, celui des ambitions algériennes sur le plan sportif international.
L'Algérie lorgne depuis plusieurs années une candidature pour accueillir de grandes compétitions continentales, voire mondiales. Le projet de Coupe du Monde 2030, les ambitions africaines portées par la CAF, les infrastructures en développement — tout cela forme un tableau dans lequel la visite d'Infantino à Tlemcen prend une dimension stratégique. Quand le président de la FIFA vient rendre hommage aux héros de 1982 sur leur terre, il envoie aussi un message aux décideurs algériens : la FIFA regarde, la FIFA écoute, et la FIFA se souvient.
La relation entre l'instance mondiale du football et l'Algérie a parfois été tendue. La question de l'arbitrage lors de matchs cruciaux de la sélection nationale, les dossiers de transferts impliquant des joueurs binationaux, les tensions récurrentes autour du statut de certains compétiteurs — autant de sujets qui ont alimenté la défiance. Une visite comme celle-là, avec ce type de déclaration, constitue un geste d'apaisement. Peut-être calculé, mais efficace.
Infantino a d'ailleurs profité de son séjour pour rencontrer des représentants des instances footballistiques locales. Les discussions, selon les informations disponibles, ont porté sur le développement des infrastructures et l'accompagnement de la FIFA pour moderniser le football algérien à tous les niveaux. Le pays dispose d'un vivier de talents considérable — les performances récentes de la sélection nationale et l'émergence de joueurs comme Riyad Mahrez ou Ismaël Bennacer dans les plus grands clubs européens en témoignent. Mais le football algérien souffre encore d'une Ligue Professionnelle qui peine à s'imposer comme vitrine continentale.
Ce déplacement intervient aussi à un moment où la FIFA multiplie ses efforts pour renforcer sa présence en Afrique, continent qui représente une part croissante des électeurs et des influences au sein de l'instance. Avec une Coupe du Monde 2030 organisée partiellement sur le sol africain — le Maroc, l'Afrique du Sud et l'Égypte dans le projet conjoint — et une édition 2034 attribuée à l'Arabie Saoudite, le continent noir est plus que jamais dans le viseur géopolitique du football mondial. L'Algérie ne veut pas rester spectatrice de ce mouvement.
Au fond, l'image d'Infantino évoquant ses souvenirs d'enfant devant les exploits de Belloumi et ses coéquipiers dit quelque chose de vrai sur la puissance du football comme vecteur d'émotions universelles. Mais elle dit aussi quelque chose sur la façon dont le football mondial se joue désormais, dans les coulisses des visites officielles autant que sur les pelouses. L'Algérie a compris depuis longtemps que le terrain diplomatique est aussi important que le terrain sportif. Et si le pays veut un jour accueillir le monde, il aura besoin que des hommes comme Infantino continuent de se souvenir de 1982.