Battu dans les ultimes secondes à Majorque (2-1), le Real Madrid manque le coche en Liga et laisse le FC Barcelone filer vers le titre.
Un but dans les dernières secondes. C'est tout ce qu'il a fallu pour faire basculer la nuit du Real Madrid dans le cauchemar. Sur la pelouse de l'Estadio de Son Moix, les hommes de Carlo Ancelotti ont sombré face à Majorque (2-1) dans ce qui restera comme l'un des scénarios les plus cruels de leur saison. L'occasion était pourtant immense : un succès les aurait ramenés à un petit point du FC Barcelone en tête de la Liga. Au lieu de ça, l'écart reste à quatre points, et le doute, lui, s'installe franchement à la Casa Blanca.
Comment le Real Madrid a-t-il laissé filer ce match imprenable ?
Pendant longtemps, tout semblait sous contrôle. Le Real Madrid avait fait le dos rond, encaissé les vagues insulaires, puis trouvé l'ouverture pour prendre les devants. La machine merengue semblait repartir avec les trois points dans la poche. C'était sans compter sur un Majorque qui n'avait pas dit son dernier mot.
Vito Mannone, l'attaquant maiorquín, a renversé la situation dans le money time. Deux buts concédés, dont un dans le temps additionnel, et le Real Madrid repart les mains vides. Une défaite d'autant plus douloureuse qu'elle intervient dans une phase cruciale de la saison, à quelques semaines du terme d'un championnat qui se jouera probablement à la dernière journée — ou pas, si Barcelone continue à ce rythme.
Tactiquement, Ancelotti a vu son équipe manquer de solidité défensive dans les moments décisifs. Ce n'est pas la première fois que le bloc madrilène se craquelle dans le dernier quart d'heure. Mais là, avec les enjeux du titre en toile de fond, chaque point perdu prend une résonance particulière. En Liga, on ne se rate pas contre des équipes du bas de tableau quand on prétend au sacre.
Le FC Barcelone est-il désormais trop loin pour être rejoint ?
Quatre points. C'est le matelas dont dispose désormais le FC Barcelone sur son rival catalan. Pas insurmontable sur le papier. Mais dans la pratique, avec un Barça qui tourne en ce moment à un rythme de croisière impressionnant sous les ordres de Hansi Flick, la marge de manœuvre du Real Madrid fond comme neige au soleil.
Le club blaugrana n'a plus perdu en Liga depuis plus de deux mois, enchaînant les victoires avec une régularité d'horloge. Lamine Yamal, Robert Lewandowski, Pedri — la machine offensive barcelonaise tourne à plein régime, et défensivement, les Catalans ont appris à ne plus prendre de risques inutiles. Si le Real Madrid espérait une fausse note côté Barça pour relancer la course au titre, il va falloir patienter — et espérer un faux pas que rien ne laisse présager.
La mathématique reste favorable en théorie : il reste encore plusieurs journées à disputer, et une seule contre-performance barcelonaise combinée à un coup d'éclat madrilène pourrait tout relancer. Mais au vu de la dynamique actuelle, le Real Madrid ne peut plus se permettre le moindre écart. Et c'est précisément ce qu'il vient de faire à Majorque.
Peut-on encore croire au titre pour Ancelotti et ses hommes ?
La question brûle les lèvres. Et honnêtement, la réponse n'est pas si simple. Le Real Madrid dispose d'un effectif parmi les deux ou trois meilleurs d'Europe. Kylian Mbappé, Vinícius Júnior, Jude Bellingham — sur le papier, ces trois-là peuvent faire la différence dans n'importe quel match, à n'importe quel moment. Sauf qu'en Liga, ce trio n'a pas encore livré sa pleine mesure sur la durée.
Mbappé, en particulier, traverse une saison en demi-teinte pour ses débuts en Espagne. Attendu comme le grand sauveur après son transfert XXL de l'été dernier, le Français n'a pas encore atteint les sommets qui lui sont habituels. 14 buts en Liga à ce stade de la saison, c'est loin d'être catastrophique, mais c'est insuffisant pour un joueur présenté comme le meilleur du monde et payé en conséquence.
Carlo Ancelotti, lui, garde la tête froide — du moins en public. L'Italien n'est pas du genre à paniquer, lui qui a tout gagné sur ce banc, Champions League comprise. Mais il sait mieux que quiconque que la Liga se gagne sur la longueur, match après match, et que les erreurs du type de celle commise à Majorque peuvent coûter un titre entier. En 2023, la course avait été relancée in extremis ; cette fois, le calendrier pourrait ne pas laisser suffisamment de temps pour se reprendre.
La semaine qui arrive sera aussi décisive sur un autre plan : le Real Madrid a rendez-vous en Ligue des Champions, compétition dans laquelle les Merengues restent des prétendants sérieux. Le double objectif, Liga et Europe, a toujours été le Graal madrilène. Mais gérer deux fronts à la fois demande une forme physique et mentale irréprochable. Et une défaite comme celle de Majorque, dans les conditions où elle est intervenue, laisse des traces psychologiques.
Le Real Madrid n'est pas mort. Mais il est blessé, et le Barça ne va pas attendre. Les prochaines semaines vont tout dire sur la vraie valeur de cette équipe madrilène — et sur la capacité d'Ancelotti à faire oublier cette nuit cauchemardesque sur l'île de Majorque.