Après le derby Barça-Espanyol (4-1), le buteur espagnol a fermé ses comptes face aux menaces et insultes de supporters culés.
Scorer dans un derby catalan perdu 4 à 1, c'est déjà une expérience difficile à digérer. Mais pour Pol Lozano, l'attaquant de l'Espanyol de Barcelone, l'après-match a été bien pire que les 90 minutes elles-mêmes. Quelques heures après la rencontre disputée au RCDE Stadium, le joueur a pris la décision de fermer l'ensemble de ses comptes sur les réseaux sociaux, assailli par un torrent d'insultes, de menaces et de messages haineux émanant de supporters du FC Barcelone. Un épisode qui illustre, une nouvelle fois, jusqu'où peut aller la toxicité d'une partie des communautés de supporters en ligne — et qui interroge directement la Liga sur ses responsabilités.
Un buteur pris pour cible malgré la défaite
Le derby barcelonais du 18 mai 2025 devait être une fête pour le Barça. Et sur le plan sportif, ça l'a été. 4-1, score sans appel, maîtrise totale des hommes de Hansi Flick. Mais Pol Lozano a gâché le tableau parfait en inscrivant le seul but espagnoliste de la soirée. Un geste de trop pour certains fans culés, qui ont visiblement mal vécu que leur fête soit entachée d'un but encaissé. La suite, selon nos informations et plusieurs médias catalans, s'est déroulée dans l'espace numérique : insultes à répétition, messages menaçants, harcèlement organisé sur Instagram et X.
Face à ce déferlement, Lozano a choisi la seule option qui lui semblait viable — couper le contact. Fermer les comptes, disparaître de l'espace public en ligne. À en croire l'entourage du joueur, le natif de Barcelone était épuisé et dégoûté. Pas blessé dans son ego de footballeur — il sait ce qu'est un derby — mais éprouvé par la violence gratuite des messages reçus. Il n'a pas communiqué publiquement sur les raisons précises avant de fermer ses profils, laissant la situation parler d'elle-même.
Ce type d'épisode n'est malheureusement pas isolé. En Liga, les joueurs des équipes dites « inférieures » lors de clasicos ou de derbies sont régulièrement exposés à ce phénomène. Mais le cas Lozano est particulièrement frappant parce que la victime était dans son camp. Il a marqué un but pour son équipe. Il a fait son travail. Et il est reparti de ce derby avec une défaite, une nuit blanche et plus aucun compte actif sur les réseaux sociaux.
- Score final du derby catalan : FC Barcelone 4-1 Espanyol de Barcelone
- Pol Lozano, 24 ans, né à Barcelone, formé à l'Espanyol
- Plus de 80 % des footballeurs professionnels déclarent avoir été victimes de harcèlement en ligne selon une étude FIFPRO 2023
- La Liga a signalé plus de 650 cas de cyber-harcèlement visant des joueurs lors de la saison 2023-2024
Quand la Liga ne peut plus se contenter de condamner du bout des lèvres
La question qui suit inévitablement cet épisode est celle-là : que fait-on, concrètement ? Les communiqués de condamnation, la Liga en publie à la chaîne. Les clubs aussi, parfois. Le FC Barcelone, s'il est interpellé, dira sans doute qu'il ne contrôle pas ses supporters et que la violence en ligne est un problème sociétal. C'est vrai. C'est aussi insuffisant.
Depuis plusieurs saisons, la Liga travaille avec des prestataires spécialisés dans la détection automatique de contenus haineux sur les réseaux sociaux. Le dispositif existe. Son efficacité, en revanche, reste très contestée par les acteurs du terrain. L'Association des footballeurs espagnols (AFE) réclame depuis 2022 un cadre légal contraignant permettant de porter plainte plus facilement et d'obtenir l'identification rapide des auteurs de harcèlement en ligne. En vain, pour l'essentiel.
Du côté des plateformes elles-mêmes — Meta pour Instagram, X sous l'ère Musk — les outils de modération sont soit insuffisants, soit volontairement désactivés. X a massivement réduit ses équipes de modération depuis le rachat par Elon Musk en octobre 2022. Résultat : les signalements de joueurs professionnels ne donnent plus lieu à la même réactivité qu'auparavant. Plusieurs agents contactés par Sport Business Mag confirment que les délais de suppression de contenus abusifs ont explosé cette saison.
Le cas Pol Lozano arrive dans un contexte où le débat sur la santé mentale des sportifs professionnels est plus présent que jamais dans le football européen. Depuis les prises de parole de Trent Alexander-Arnold, de plusieurs Bleus ou encore de Vinícius Júnior — harcelé pour des raisons racistes, lui, depuis des années — la prise de conscience existe. Mais entre prendre conscience et agir structurellement, il y a un fossé que les instances peinent à combler.
Ce qui est certain, c'est que le modèle économique du football moderne repose massivement sur les réseaux sociaux. L'exposition des joueurs, leurs followers, leur personal branding — tout cela a une valeur marchande directe pour les clubs, pour les sponsors, pour la Liga elle-même. Demander aux joueurs d'être présents en ligne tout en les laissant seuls face aux harceleurs, c'est une contradiction que l'économie du sport ne peut plus se permettre d'ignorer.
Pol Lozano reprendra peut-être un jour un compte Instagram. Ou pas. Ce qui est sûr, c'est que son choix de fermer ses profils résonne comme un signal d'alarme de plus dans un système qui accumule les alertes sans jamais vraiment changer de braquet. La saison prochaine, si l'Espanyol se maintient en Liga — le club lutte pour sa survie dans l'élite —, il y aura d'autres derbies, d'autres buts, et d'autres lendemains qui déchantent pour des joueurs laissés sans protection réelle face à la meute numérique.