L'Équipe a dévoilé son classement annuel des salaires en Ligue 1. Le PSG occupe les sommets, avec Dembélé en tête d'un peloton hors catégorie.
Ousmane Dembélé à 1 million d'euros par mois. Le chiffre claque. Chaque année, L'Équipe lève le voile sur les rémunérations des joueurs de Ligue 1, et chaque année, le verdict est le même : le Paris Saint-Germain n'évolue pas dans le même championnat que les autres. L'édition 2024-2025 ne fait pas exception. Le club de la capitale monopolise les premières places d'un classement qui, au passage, rappelle brutalement les écarts abyssaux qui structurent le football français.
Dembélé seul au sommet, le trio parisien hors de portée
Ousmane Dembélé trône en tête du classement avec une rémunération estimée à près de 12 millions d'euros bruts annuels. L'ancien Barcelonais, arrivé libre en 2023 et prolongé depuis, a pris une autre dimension sous les ordres de Luis Enrique. Buteur, passeur, animateur offensif : Dembélé est devenu le joueur le plus bankable du championnat, et son salaire le reflète sans ambiguïté.
Derrière lui, Marquinhos confirme son statut d'institution. Le capitaine brésilien, présent au PSG depuis 2013, perçoit une rémunération qui récompense autant sa longévité au plus haut niveau que son rôle de pilier défensif et symbolique du projet parisien. Son contrat, régulièrement prolongé, témoigne d'une fidélité que le club a choisi de monnayer grassement.
Plus surprenant dans le trio de tête : Pierre-Emile Höjbjerg. Le milieu danois, recruté libre en provenance de Tottenham à l'été 2024, a négocié un contrat particulièrement avantageux pour rejoindre Paris. Sa présence dans les tout premiers rangs du classement illustre la politique salariale du PSG, capable d'offrir des émoluments de très haut niveau même à des joueurs qui, dans d'autres championnats, ne seraient pas considérés comme des stars absolues.
Au total, selon les estimations de L'Équipe, le PSG placerait au moins sept ou huit joueurs dans le top 15 des salaires de Ligue 1. Une domination quantitative qui s'ajoute à la domination sportive, et qui pose une question structurelle que le football français ne parvient pas à esquiver.
Un championnat à deux vitesses, une réalité qui dure depuis des décennies
Le fossé n'est pas nouveau. Depuis l'arrivée des investisseurs qataris au PSG en 2011, la Ligue 1 s'est fracturée en deux blocs étanches. D'un côté, Paris. De l'autre, tout le monde. Cette saison ne fait que prolonger une trajectoire engagée depuis plus de dix ans.
Pour contextualiser : le salaire mensuel d'un joueur moyen de milieu de tableau en Ligue 1 gravite autour de 150 000 à 300 000 euros bruts annuels. Soit moins en douze mois que ce que Dembélé perçoit en un seul mois. L'écart entre la première et la vingtième masse salariale du championnat est vertigineux — certaines estimations évoquent un rapport de 1 à 10, voire davantage.
Cette réalité, les clubs français l'ont longtemps subie sans pouvoir véritablement y répondre. Olympique de Marseille, Olympique Lyonnais, AS Monaco, OGC Nice — tous ont tenté, à des moments différents, de se rapprocher du leader. Avec des résultats en demi-teinte. L'OM de Frank McCourt a attiré des joueurs comme Alexis Sanchez, mais n'a jamais eu les moyens de rivaliser sur la durée. L'OL de John Textor peine à stabiliser son projet. Monaco, lui, a opté pour une stratégie différente — valorisation de jeunes talents, revente à prix d'or — qui lui permet de rester compétitif sans alourdir sa masse salariale de manière inconsidérée.
Sur la scène européenne, cette disparité se traduit concrètement. Le PSG est le seul club de Ligue 1 à pouvoir prétendre régulièrement aux quarts ou demi-finales de la Ligue des Champions. Les autres franchissent rarement les huitièmes. L'argent, en football moderne, ne garantit rien — mais son absence garantit presque tout.
Ce que ce classement révèle sur l'avenir du football français
Au-delà des chiffres, ce classement soulève des questions que la Ligue de Football Professionnel (LFP) ne peut plus ignorer. La réforme des droits TV, la recherche d'un diffuseur principal après les turbulences avec CVC et le dossier DAZN, les négociations autour d'un éventuel partenariat stratégique pour le championnat : tout cela converge vers un même enjeu — comment revaloriser la Ligue 1 dans son ensemble pour ne pas en faire un championnat à sens unique ?
La distribution des revenus est au cœur du débat. Aujourd'hui, le PSG capte une part des droits TV proportionnelle à son audience et à ses résultats. Mécaniquement, plus le club gagne, plus il perçoit. Ce modèle, logique économiquement, renforce structurellement les inégalités sportives. D'autres championnats — la Premier League en tête — ont adopté des mécanismes de redistribution plus équilibrés, sans pour autant tuer la compétitivité des cadors.
Pour les clubs de milieu de tableau, ce classement des salaires a aussi une lecture RH directe. Comment retenir un joueur de 25 ans en pleine progression quand le PSG ou un club étranger peut lui offrir deux à trois fois son salaire actuel ? La Ligue 1 reste une étape, rarement une destination finale. Des exceptions existent — Marquinhos, justement, est l'une d'elles — mais elles confirment la règle.
Reste une inconnue de taille pour les prochains mois : la politique de recrutement du PSG lui-même. Luis Enrique a imposé une vision collective, moins axée sur les stars individuelles que sur le système. Dembélé s'est épanoui dans ce cadre. Mais la direction parisienne aura-t-elle les moyens et l'envie de continuer à proposer des salaires aussi élevés dans un contexte de surveillance accrue du fair-play financier de l'UEFA ? La réponse changera peut-être, dans un an ou deux, l'allure de ce classement. Pour l'heure, le PSG règne, et la Ligue 1 regarde de loin.