Deux défaites consécutives, dont une contre Monaco en déplacement. L'OM voit ses ambitions européennes se fissurer dangereusement.
Deux défaites. Deux coups dans le ventre. Avant la trêve internationale, l'OM s'était déjà fait dépouiller par le LOSC à domicile, laissant derrière lui les questions habituelles sur le système, le collectif, la hiérarchie dans le vestiaire. Ce dimanche, le déplacement à Monaco devait servir de réponse. Il n'a été qu'une confirmation. Habib Beye et son groupe traversent une zone de turbulences qui, dans le football, peut très vite devenir une chute libre.
Monaco comme révélateur d'une crise qui s'installe
Il y a quelque chose de presque cruel dans le calendrier. Recevoir le LOSC et se déplacer à Monaco enchaînés sur deux journées de Ligue 1, c'est affronter deux équipes qui jouent exactement le football que l'OM prétend vouloir produire — intense, vertical, construit sur des certitudes collectives. Sauf que les Marseillais n'ont, pour le moment, ni la clarté tactique ni la solidité défensive pour rivaliser dans ces duels au sommet.
Le déplacement au Stade Louis-II n'est jamais anodin. Monaco reste l'un des environnements les plus hostiles du championnat pour les équipes qui viennent avec des doutes — la Principauté a cette capacité à sentir la faiblesse adverse et à l'exploiter dans le premier quart d'heure. Contre un club marseillais encore en quête d'identité sous Beye, la recette a fonctionné. Résultat : l'OM concède une nouvelle défaite face à un concurrent direct pour la qualification en Ligue des Champions, et voit l'écart se creuser au classement à un moment de la saison où chaque point perdu pèse le double.
Ce qui inquiète davantage que le résultat brut, c'est la répétition. Deux revers consécutifs contre des équipes du top 5, ce n'est pas un accident — c'est un signal. Dans l'histoire récente du club, on a vu des coaches marseillais tomber sur bien moins. Jorge Sampaoli avait survécu à des séries similaires grâce à sa capacité à recréer de l'adhésion autour de ses idées. Jean-Louis Gasset avait, lui, payé cash la moindre irrégularité. Beye, à peine installé dans son costume de premier entraîneur en Ligue 1, se retrouve confronté à une pression institutionnelle et médiatique que peu de coaches novices ont à gérer si tôt dans leur mandat.
- 2 défaites consécutives pour l'OM en Ligue 1 avant et après la trêve internationale
- Monaco et le LOSC, deux adversaires directs dans la course à la Ligue des Champions
- L'OM pointait à 3 points du podium avant cette série noire
- Beye, à sa première expérience en tant que coach de Ligue 1, sous pression maximale dès la 2e moitié de saison
Beye dans l'oeil du cyclone, la direction devant ses responsabilités
Habib Beye n'est pas un imposteur. Son parcours de directeur sportif à Red Bull Salzbourg, ses années à observer le football de l'intérieur, ses convictions tactiques réelles — tout cela mérite respect. Mais le football n'attend pas. Et l'OM, en particulier, est une institution qui consomme les entraîneurs à une vitesse que même les supporters les plus fidèles ont du mal à suivre. Depuis 2010, le club phocéen a changé d'entraîneur en moyenne tous les dix-huit mois. La patience n'est pas inscrite dans l'ADN du Vélodrome.
La question n'est donc pas de savoir si Beye a tort ou raison dans ses choix. La question, plus froide et plus cruelle, est de savoir si la direction olympienne lui accorde le temps nécessaire pour que ses idées prennent corps. Pablo Longoria a montré par le passé qu'il pouvait trancher vite et fort — le départ de Sampaoli en cours de saison en est l'exemple le plus édifiant. Avec un effectif construit autour d'ambitions européennes claires, la marge de manœuvre rétrécit à chaque défaite.
Sur le terrain, les symptômes sont lisibles. L'OM souffre d'un entre-deux tactique : trop haut pour défendre en bloc, pas assez compact pour presser haut avec efficacité. Les transitions défensives laissent des espaces que Monaco et Lille ont su exploiter sans forcer leur talent. À cela s'ajoute une dépendance inquiétante à quelques individualités — quand elles ne brillent pas, le collectif n'a pas les ressources pour compenser. C'est le signe d'un groupe qui n'a pas encore intégré les automatismes que tout coach cherche à installer dans la durée.
Il serait pourtant trop simple de réduire cette crise à la seule responsabilité de Beye. Le recrutement hivernal, les choix de composition de l'effectif, la gestion des leaders de vestiaire — autant de paramètres qui dépassent le cadre strict de l'entraîneur. À 800 kilomètres de là, au Louis-II, c'est un club entier qui s'est regardé dans un miroir et n'a pas aimé ce qu'il voyait.
Reste maintenant à observer comment l'OM va réagir. Les grandes équipes se construisent souvent dans l'adversité — le Bayern Munich de 2012, le Liverpool de Klopp entre 2015 et 2019, l'OL des années Houllier avant l'ère Deschamps : tous ont traversé des séquences difficiles avant de trouver leur vitesse de croisière. Marseille a les ressources humaines et financières pour rebondir. Mais il faudra que les prochaines semaines ressemblent moins à un naufrage annoncé et davantage à un sursaut collectif. Le calendrier de Ligue 1, impitoyable, n'attendra pas que le groupe retrouve ses esprits. Et si la tendance ne s'inverse pas rapidement, les décisions pourraient venir d'en haut, comme elles sont venues si souvent dans l'histoire tumultueuse du club.