À la 90+7e, Lucas Stassin a arraché l'égalisation pour Saint-Etienne face à Nancy. Un point précieux, mais les Verts inquiètent.
90+7e minute. Le Geoffroy-Guichard est loin, Nancy résiste, et Saint-Etienne allait rentrer bredouille d'un déplacement qui ressemblait de plus en plus à un dimanche de galère. C'est alors que Lucas Stassin a frappé. L'attaquant belge, une fois encore, a sorti les Verts du gouffre d'une frappe qui vaut beaucoup plus qu'un simple point de Ligue 2. Parce que depuis le début de la saison, ce gamin de 21 ans est devenu le fusible de secours de tout un club.
Un point arraché, mais à quel prix nerveux
Franchement, on ne va pas faire semblant : un match nul à Nancy, ça ne fait pas rêver. L'AS Saint-Etienne, club historique du football français, dix titres de champion de France au compteur, est encore en train de batailler en deuxième division contre une équipe qui lutte pour ne pas décrocher. Et pourtant, ce samedi soir, les Lorrain ont tenu tête aux Verts pendant plus de 90 minutes. C'est le signe que quelque chose coince dans le jeu stéphanois, dans la capacité à faire la différence avant que le chronomètre ne devienne un ennemi.
Stassin, lui, n'a pas regardé l'horloge. Il a juste attendu son moment — et ce moment est arrivé en prolongation de temps additionnel, comme souvent cette saison. Ce n'est pas la première fois que le Belge sauve les meubles en fin de match. Sa résilience, son sens du placement dans la surface, son sang-froid : autant de qualités qui tranchent avec les difficultés collectives d'une équipe qui peine à imposer son rythme sur 90 minutes. Quand un seul homme porte aussi régulièrement la responsabilité offensive, c'est que la construction du jeu pose question.
La direction sportive du club, emmenée par Ivan Gazidis arrivé pour redresser la structure, devra tôt ou tard trouver une réponse collective à cette dépendance. Un club de l'ambition de l'ASSE ne peut pas se permettre de fonctionner en mode pompier de service, avec Stassin dans le rôle du tuyau d'arrosage.
Stassin, le recrutement qui justifie tout
Prêté par le Club Bruges à l'été 2024, Lucas Stassin s'est imposé comme le meilleur investissement de l'intersaison stéphanoise — et de loin. À seulement 21 ans, il accumule les buts décisifs avec une régularité qui force le respect. En Ligue 2, où les attaquants de qualité font souvent défaut, il représente une anomalie positive : un joueur formé dans l'un des meilleurs centres de formation belges, capable de peser dans les dernières minutes malgré la pression et la fatigue.
Ce but contre Nancy illustre parfaitement sa valeur : dans un match fermé, après de longues minutes sans solution, c'est lui qui trouve la faille. Statistiquement, les buts inscrits dans les dix dernières minutes d'un match représentent souvent la différence entre une montée en fin de saison et une déception de plus. En Ligue 2, chaque point compte double dans la course à la promotion, et l'ASSE — qui lorgnait la Ligue 1 dès sa relégation en 2023 — ne peut pas se permettre de laisser filer des unités contre des équipes de milieu de tableau.
La question qui se pose désormais, c'est celle de la suite. Le prêt de Stassin est-il extensible ? Le Club Bruges suivra-t-il le dossier avec intérêt si l'ASSE revient en première division ? À Bruges, on n'a pas oublié ce que vaut le joueur. Et à Saint-Etienne, on commence à comprendre qu'on tient peut-être une pépite entre les mains — une pépite dont on a besoin chaque week-end pour ne pas couler.
Les Verts entre urgence sportive et reconstruction longue durée
Derrière le geste technique de Stassin, c'est toute la complexité du projet stéphanois qui transparaît. Olivier Dall'Oglio, l'entraîneur, doit composer avec un effectif inégal, des finances sous surveillance et une pression de supporter qui ne tolère pas la médiocrité — même en Ligue 2. Le Chaudron gronde vite. Et quand les résultats tardent, les sifflets précèdent les questions.
Le nul contre Nancy s'inscrit dans une série de résultats en dents de scie qui brouillent la lecture de la saison. L'ASSE n'est ni en crise profonde, ni en maîtrise suffisante pour envisager sereinement la montée. Elle est dans cet entre-deux inconfortable que connaissent trop souvent les grands clubs en reconstruction : assez bonne pour ne pas s'effondrer, pas assez solide pour s'envoler.
Avec un effectif dont la moyenne d'âge est relativement jeune et des recrues encore en phase d'adaptation, Dall'Oglio joue une partition délicate. Il faut du temps. Mais le football professionnel n'en donne jamais assez. Les dirigeants le savent, les supporters aussi — même s'ils l'acceptent mal.
Ce point arraché à Nancy par Stassin à la 90+7e restera peut-être anecdotique dans le bilan final. Ou il sera crucial. En Ligue 2, des classements se sont joués sur moins que ça. Et si l'ASSE finit par monter en juin prochain, d'un point ou deux, les regards se tourneront inévitablement vers ce numéro neuf belge, capable de trouver le filet quand tout le monde avait déjà tourné les talons. La vraie question, c'est de savoir si le club construira enfin quelque chose autour de lui — ou s'il continuera à lui confier les clés de la maison à chaque fin de match.