Le RC Lens a remporté sa première Coupe de France face à Nice (3-1) au Stade de France. Un titre fondateur pour un club qui attendait depuis 110 ans.
Cent dix ans. C'est le temps qu'il a fallu au Racing Club de Lens pour enfin tenir un trophée national entre ses mains. Vendredi soir, sous le ciel normand du Stade de France, les Lensois ont écrasé l'OGC Nice 3-1 et effacé d'un coup d'une pierre blanche une frustration qui s'était cristallisée, édition après édition, depuis la fondation du club en 1906. Ce n'était pas un match. C'était une délivrance.
Thauvin et ses compagnons sortent de l'ombre
Florian Thauvin, l'homme du moment. Dire que ce gaucher de 31 ans incarne la renaissance lensoise serait une trop facile formule, et pourtant. Sur le terrain du Stade de France, Thauvin n'a pas joué comme quelqu'un qui dispute une finale de Coupe de France — il a joué en homme libéré. Deux buts, une présence permanente dans les espaces décisifs, cette capacité à transformer l'énergie collective en actes individuels décisifs. Ce n'est pas qu'une carrière que Thauvin a construite depuis son retour à Lens en 2022 : c'est un héritage qu'il grave dans l'ADN du club.
Autour de lui, il y avait les autres. Il y avait ce milieu de terrain qui, pendant 90 minutes, s'est accroché à chaque ballon comme si sa vie en dépendait. Il y avait cette défense que Nice a trouvée infranchissable. Trois buts, c'est un score qui semble tranquille vu de loin. Mais ceux qui étaient présents savaient que ce n'était jamais acquis. Cette Coupe de France, le RC Lens l'a conquise en refusant de se laisser distraire, en restant fidèle à son football direct, agressif, sans compromis.
Un spectateur lensois, à la fin du match, s'est tourné vers Thauvin. La scène dit tout : un homme, épuisé par le doute accumulé des décennies, qui regarde cet homme qu'on lui avait promis en 2022 — « tu vas nous faire rêver » — et qui, le rêve devenu réalité tangible, trois étoiles au-dessus de la tête, ne trouve que ces mots. Pas de cris. Juste la gratitude muette de celui qui a attendu trop longtemps.
Deux décennies de construction pour un seul weekend
Pour comprendre pourquoi vendredi soir était si monumental, il faut remonter. Pas jusqu'en 1906 — ce serait trop lourd. Mais à 2004. Cette année-là, le RC Lens jouait en Ligue 1, une formation qui rivalisait avec les plus grands. Puis le club a sombré, lentement, inexorablement. Relégations en cascade, endettement abyssal, passages par les divisions inférieures. Le nadir fut atteint autour de 2013, quand les Lensois ont dû repartir de zéro, littéralement.
La renaissance s'est alors construite sur la patience. Franck Haise d'abord, qui a remontée l'équipe patiemment à partir de 2016, avant de partir pour Rennes. Puis Will Still, qui a poursuivi l'œuvre. Puis enfin Franck Haise à nouveau, revenu pour terminer ce qu'il avait commencé. Ce n'était pas un bâtiment que Lens reconstituait — c'était une culture. Une mentalité. Un projet qui refusait les raccourcis.
Arrivé en juin 2022, Florian Thauvin avait un symbole à incarner : la preuve que Lens était devenu attractif de nouveau, que des joueurs de talent voulaient y venir, que le club n'était plus seulement une étape mais une destination. À côté de lui, Kevin Danso, Facundo Medina, Cheick Doucouré. Une armée de joueurs qui avaient entre 20 et 30 ans, qui avaient quelque chose à prouver, qui savaient que leur fenêtre de tir était limitée.
Ce n'est jamais un hasard si un club conquiert un titre. Les Lensois vendredi n'ont pas eu de chance. Ils ont eu l'accumulation de décisions intelligentes, prises par des gens qui savaient ce qu'ils faisaient. Neuf ans, en comptant depuis cette relégation en National, avant de tenir enfin quelque chose.
Et maintenant, la vraie bataille commence
Mais attention. Une Coupe de France, c'est magnifique. C'est un trophée qui scelle une histoire, qui grave un moment dans le marbre. Sauf que pour Lens, ce n'est que l'apéritif. La vraie faim, celle qui dévore depuis 110 ans, elle ne va pas être calmée par un trophée. Elle sera décuplée. Les supporters qui ont pleuré de joie vendredi soir au Stade de France vont retourner à Bollaert-Delelis, et ils vont grogner. Ils vont dire : « Bien, maintenant on veut la Ligue 1 la saison prochaine. On veut des places en Coupe d'Europe. On veut des titres à répétition. »
Florian Thauvin ? Il a un an de contrat. À 31 ans, il va devoir faire un choix : continuer à construire à Lens, ou accepter une dernière belle offre d'un grand club. Ses coéquipiers seront courtisés. Les clubs qui ont vu le RC Lens en action vendredi vont vouloir disséquer cette équipe, lui prendre ses meilleurs éléments. C'est le prix de la réussite. C'est la malédiction des petits clubs qui gagnent trop tôt.
Lens a remporté la Coupe de France. Maintenant commence le vrai défi : conserver cette équipe unie, conserver cette ambition, conserver cette faim qui les a poussés jusqu'au Stade de France, et en faire une habitude. Les supporters ne vont plus se contenter de miracles. Ils vont exiger des séries. Et Franck Haise, en bon bâtisseur, sait exactement ce que cela signifie. Le RC Lens ne rêve plus. Il doit désormais prouver que ce titre n'était qu'un commencement.