Après une carrière au sommet du football européen, Neven Subotic a tout plaqué pour se consacrer à l'accès à l'eau potable en Afrique. Un choix radical qui force le respect.
Il aurait pu ouvrir un restaurant, lancer une académie de foot ou commenter les matchs sur un plateau télé. Neven Subotic, lui, a choisi de creuser des puits. L'ancien défenseur central du Borussia Dortmund, finaliste de la Ligue des Champions en 2013, s'est mué en militant humanitaire à plein temps. À 37 ans, celui qui a côtoyé Robert Lewandowski et Jürgen Klopp dans l'une des équipes les plus électrisantes d'Europe passe désormais ses journées dans des villages reculés d'Éthiopie et d'Afrique de l'Est pour garantir l'accès à l'eau potable aux populations locales. Aucune caméra. Aucun sponsor maillot. Aucun agent.
Quand un défenseur de haut niveau tourne le dos aux dorures du foot business
Neven Subotic a raccroché les crampons en 2021, après un parcours qui l'a mené des pelouses de la Bundesliga jusqu'à la Ligue 1, avec un passage remarqué à l'AS Saint-Étienne. Né en ex-Yougoslavie, naturalisé américain, formé en Allemagne — son parcours est déjà atypique avant même de parler de sa reconversion. Mais c'est bien après sa carrière que l'histoire devient vraiment singulière.
Selon nos informations, l'ancien international serbe avait fondé la Neven Subotic International Foundation dès 2012, en plein cœur de sa période dorée à Dortmund. Pas pour se donner bonne conscience entre deux conférences de presse. Pour de vrai. À l'époque, il finance les premiers projets de sa poche, reversant une partie significative de son salaire de footballeur professionnel — des revenus que peu de défenseurs de sa génération auraient sacrifiés aussi tôt. Plus de 250 000 personnes ont aujourd'hui accès à l'eau potable grâce aux infrastructures mises en place par sa fondation dans plusieurs pays d'Afrique subsaharienne.
Ce qui distingue Subotic de la plupart des footballeurs reconvertis en philanthropes de façade, c'est le terrain. Il y va. Physiquement. À en croire son entourage, l'ancien joueur passe plusieurs mois par an en Afrique, les mains dans le cambouis, à superviser la construction des forages, à rencontrer les communautés locales, à évaluer les besoins sanitaires. Pas de galas de bienfaisance en smoking. Pas de selfies Instagram depuis un bureau climatisé à Genève.
Une finale de Ligue des Champions à Wembley, puis le grand saut
Pour mesurer le chemin parcouru, il faut se souvenir du 25 mai 2013. Ce soir-là, à Wembley, le Borussia Dortmund affronte le Bayern Munich pour la finale de la Ligue des Champions. Un Klassiker européen d'anthologie. Neven Subotic est titulaire dans l'axe de la défense, aux côtés de Mats Hummels. Dortmund perd 2-1, sur un but d'Arjen Robben à la 89e minute. L'un des soirs les plus douloureux de la carrière du défenseur. Et pourtant, c'est aussi dans ces années-là, au sommet de sa popularité, qu'il pose les premières pierres de ce qui deviendra son vrai projet de vie.
La trajectoire footballistique de Subotic après Dortmund est moins linéaire. Transfert à l'AS Saint-Étienne en 2017, passage par le Standard de Liège, l'Union Berlin, le FC Lorient. Des clubs sérieux, mais loin des feux de la rampe de la Westfalenstadion. Selon plusieurs sources proches du joueur, cette descente progressive dans la hiérarchie du football européen n'a jamais été vécue comme un échec. Au contraire — elle lui a permis de consacrer de plus en plus d'énergie à sa fondation, en attendant le moment de basculer complètement.
Ce moment arrive en 2021. Fin de contrat. Pas de prolongation recherchée. Subotic ne court pas après un dernier club. Il choisit de sortir par la grande porte, à sa façon, discrètement, sans conférence de presse d'adieu ni tour d'honneur.
Un modèle qui interroge toute une génération de footballeurs
La reconversion de Neven Subotic arrive à un moment particulier pour le football professionnel. Jamais les salaires n'ont été aussi indécents, jamais les critiques sur le décalage entre le milieu du foot et la réalité sociale n'ont été aussi virulentes. Dans ce contexte, le choix de l'ancien défenseur résonne différemment.
Des initiatives humanitaires portées par des footballeurs, il en existe. Didier Drogba avec ses actions en Côte d'Ivoire, Sadio Mané qui finance des infrastructures au Sénégal, ou encore Juan Mata avec Common Goal, ce mouvement qui invite les joueurs à reverser 1% de leur salaire à des projets sociaux. Mais Subotic franchit un pas supplémentaire que très peu ont le courage ou la volonté de franchir : il y consacre sa vie entière, pas seulement une ligne de son budget.
À en croire les chiffres de sa fondation, les projets menés en Éthiopie, au Rwanda et en Ouganda ont permis de construire plusieurs dizaines de points d'eau dans des zones rurales privées d'accès à une ressource vitale. Derrière ces statistiques, des enfants qui n'ont plus à marcher des heures pour trouver de l'eau. Des filles qui peuvent aller à l'école au lieu de porter des bidons. Des communautés entières dont l'espérance de vie s'améliore. Le football, lui, n'aura jamais produit ça.
La question que pose malgré lui Neven Subotic est celle-là : que font les autres avec leur argent, leur notoriété, leur temps libre après le sport ? Le modèle du footballeur reconverti en businessman, en consultant ou en influenceur lifestyle n'a rien d'illégal. Mais à côté de l'itinéraire de cet ancien défenseur de 37 ans, il paraît soudainement très petit. D'autres joueurs en fin de carrière regardent peut-être du côté de la Neven Subotic International Foundation avec des questions qu'ils ne s'étaient jamais posées. Ce serait déjà un début.