Après les départs de Gattuso et Gravina, la Fédération italienne se tourne vers une légende absolue du calcio pour relancer une nation en pleine crise identitaire.
Quand un pays de football en perd le nord, il se retourne vers ses monuments. Paolo Maldini, cinq fois vainqueur de la Ligue des Champions avec l'AC Milan, capitaine légendaire de la Squadra Azzurra avec 126 sélections au compteur, est désormais au cœur d'une discussion aussi urgente que symbolique. La Fédération Italienne de Football — la FIGC — lui aurait transmis un signal fort, un appel qui ressemble moins à une proposition de poste qu'à un cri de détresse institutionnel. L'Italie du football est à genoux, et elle cherche un sauveur à la hauteur de son histoire.
Une fédération en ruine cherche ses fondations
Le tableau est sombre. En l'espace de quelques semaines, la péninsule a vu partir deux hommes censés incarner la reconstruction d'une sélection nationale traumatisée depuis l'élimination au barrage du Mondial 2022. Gennaro Gattuso, nommé sélectionneur en mars 2025, a claqué la porte avant même d'avoir disputé un match officiel de qualification, embourbé dans des divergences profondes avec les instances. Dans la foulée, c'est Gabriele Gravina, président de la FIGC depuis 2018, qui a également lâché les rênes d'une fédération sous haute tension. Deux départs en cascade qui ont plongé le football transalpin dans un vide déconcertant.
Le timing est brutal. Les éliminatoires de la Coupe du Monde 2026 sont lancés, et la Squadra Azzurra, tenante du titre européen acquis à l'Euro 2020, navigue à vue. Sans sélectionneur stable, sans président légitime, sans cap clairement défini, l'Italie risque de reproduire l'humiliation de 2018 — un non-retour au Mondial qui avait sidéré le monde entier. Personne ne peut se permettre un nouveau séisme de cette ampleur.
C'est dans ce contexte que le nom de Maldini est revenu avec une force inattendue. Pas comme entraîneur — sa carrière de coach n'a jamais existé — mais dans un rôle de directeur sportif ou de figure fédérale de premier plan, une sorte d'architecte chargé de rebâtir les fondations d'un projet national. L'homme a déjà prouvé ses capacités en coulisses lors de son passage comme directeur technique puis directeur sportif à l'AC Milan entre 2019 et 2022, période durant laquelle le club a décroché le Scudetto 2022 après onze ans de disette. Ses compétences managériales ne sont donc plus à démontrer.
- 126 sélections avec la Squadra Azzurra, record absolu défense toutes époques confondues
- 5 Ligues des Champions remportées avec l'AC Milan
- L'Italie n'a pas participé au Mondial 2018, première absence depuis 1958
- Sous la direction sportive de Maldini, l'AC Milan a remporté le Scudetto 2021-2022 après 11 saisons à vide
Maldini, symbole parfait d'une renaissance possible ou mirage institutionnel
L'attrait de Maldini est évident. Son nom seul transporte une charge émotionnelle sans équivalent dans l'histoire du calcio. Là où d'autres noms suscitent le débat, celui du fils de Cesare Maldini — lui-même sélectionneur de l'Italie — provoque l'unanimité populaire. Mais une icône fait-elle nécessairement un bon architecte fédéral ? La question mérite d'être posée sans romantisme excessif.
Son bilan à l'AC Milan a été salué, mais aussi contesté. Son départ du club en juin 2022, après le titre, dans des conditions jamais vraiment éclaircies, a laissé des traces. La relation avec le fonds RedBird et la direction exécutive du club s'était progressivement détériorée, et Maldini avait quitté San Siro sans que les raisons profondes de la rupture soient véritablement explicitées publiquement. Une ambiguïté que ses détracteurs n'ont pas manqué de ressortir dès que son nom a resurgi dans la sphère institutionnelle italienne.
Luciano Spalletti, l'actuel sélectionneur — du moins officiellement encore en poste au moment des tractations — avait déjà exprimé publiquement son besoin d'un soutien structurel fort. Son contrat court jusqu'en 2026, mais l'incertitude ambiante pèse sur sa capacité à construire quoi que ce soit de cohérent. Un directeur sportif national avec l'envergure de Maldini pourrait théoriquement servir de colonne vertébrale à un projet que personne ne parvient à faire tenir debout.
La FIGC, en reconstruction à sa tête, doit aussi répondre à des questions bien plus profondes que le simple choix d'un nom. Quelle philosophie de jeu pour la Nazionale ? Comment reconstruire un vivier de jeunes joueurs dans un pays où les clubs de Serie A continuent de massivement recruter à l'étranger ? À la saison 2023-2024, moins de 30 % des joueurs évoluant en Serie A étaient de nationalité italienne — un chiffre alarmant pour la formation d'une génération de futurs internationaux. Maldini, aussi respecté soit-il, ne peut résoudre seul une équation aussi complexe.
Ce qui rend cet appel si puissant symboliquement, c'est aussi ce qu'il révèle de l'état de panique institutionnelle. Quand la raison cède la place à la nostalgie, c'est souvent que les solutions rationnelles semblent épuisées. L'Italie a besoin d'un projet, pas d'une icône. Mais peut-être que dans ce pays plus qu'ailleurs, les deux choses ne s'opposent pas forcément.
Les prochaines semaines seront déterminantes. La FIGC doit désigner un nouveau président, recadrer l'avenir de Spalletti sur le banc, et potentiellement créer un poste taillé sur mesure pour accueillir une légende dans ses rangs. Si Maldini accepte — et rien n'indique encore qu'il le fera — ce serait l'un des retours les plus chargés de sens de l'histoire du football transalpin. Sinon, l'Italie devra trouver ailleurs le courage de se réinventer. Et vite.