Buteur contre Fulham, Mohamed Salah devrait débuter le quart de finale retour de Ligue des champions face au PSG à Anfield.
Un but, un signal. En inscrivant le sien face à Fulham ce week-end en Premier League, Mohamed Salah a dissipé les derniers doutes sur son état de forme — et, par extension, sur les ambitions de Liverpool en Ligue des champions. L'Égyptien de 32 ans devrait figurer dans le onze de départ des Reds pour recevoir le Paris Saint-Germain en quart de finale retour, un match dont l'enjeu dépasse largement la simple qualification pour le dernier carré européen.
Un retour en forme qui tombe à pic pour Arne Slot
Arne Slot n'avait pas besoin de ce but pour savoir que Salah resterait dans son onze, mais il lui donnait une justification supplémentaire face à ceux qui, depuis quelques semaines, interrogeaient la régularité du capitaine égyptien. La réalité est plus nuancée : Salah est l'un des rares joueurs au monde capables de changer la physionomie d'un match sur une seule action, et le technicien néerlandais le sait mieux que quiconque depuis qu'il a pris les rênes d'Anfield. En Ligue des champions cette saison, l'attaquant affiche des statistiques qui feraient pâlir bien des concurrents, avec plus de dix participations directes à des buts toutes compétitions confondues depuis janvier. Ce n'est pas un hasard si Liverpool a construit son système offensif autour de lui, exploitant son couloir droit comme une autoroute vers le but adverse.
La question n'est donc pas tant de savoir si Salah jouera — il jouera — mais dans quel état d'esprit il aborde cette confrontation particulière. Face au PSG, le contexte psychologique compte autant que le physique. Anfield sous une nuit de Ligue des champions est un environnement à part, capable de transcender des joueurs ordinaires et de sublimer les grands. Pour Salah, ce type de soirée représente le cadre idéal pour exprimer tout son potentiel.
Liverpool, le PSG et une rivalité européenne qui s'écrit à peine
Ces deux clubs ne se sont que rarement croisés au plus haut niveau européen, ce qui rend ce quart de finale d'autant plus symbolique. D'un côté, Liverpool incarne une certaine tradition continentale, six fois championne d'Europe, avec une culture de la compétition K.O. forgée dans les grandes soirées européennes depuis les années 1970. De l'autre, le Paris Saint-Germain — club transformé par une décennie d'investissements colossaux estimés à plusieurs milliards d'euros — cherche toujours à inscrire son nom au palmarès de la compétition la plus prestigieuse du football de clubs.
Luis Enrique a construit à Paris une équipe séduisante, collective, qui a su digérer les départs retentissants de Kylian Mbappé et Neymar pour développer un jeu plus cohérent, moins dépendant des individualités. Cette évolution est réelle, mais elle sera soumise à un test de vérité à Anfield, où l'atmosphère — 54 000 spectateurs dans un stade chauffé à blanc — a historiquement désarçonné des formations pourtant solides sur la scène européenne.
Le match aller a posé les premières lignes d'un scénario haletant. Chaque détail compte désormais, chaque transition, chaque coup de pied arrêté. Et dans ce contexte, la présence ou l'absence de Mohamed Salah dans le onze de départ n'est pas anecdotique — c'est un paramètre tactique et symbolique de premier ordre.
Ce que la qualification changerait pour les deux clubs
Atteindre le dernier carré de la Ligue des champions 2024-2025 représente, pour Liverpool comme pour le PSG, bien plus qu'un résultat sportif. Pour les Reds, une demi-finale européenne viendrait valider la transition opérée après le départ de Jürgen Klopp, confirmant qu'Arne Slot a réussi à préserver l'ADN compétitif du club sans rupture traumatisante. C'est un enjeu managérial autant que sportif, et la direction du club le mesure parfaitement.
Pour le Paris Saint-Germain, l'équation est différente mais tout aussi pressante. Depuis l'entrée du Qatar Investment Authority au capital en 2011, le club a été éliminé en quarts de finale à de multiples reprises, devenant presque le symbole involontaire des limites que l'argent seul ne peut franchir dans le football européen. Une qualification en demi-finale signifierait que le projet Luis Enrique — plus sobre dans ses ambitions déclarées, plus rigoureux dans sa construction collective — a franchi un cap psychologique autant que tactique. Les 200 millions d'euros injectés chaque saison dans la masse salariale parisienne ne valent, in fine, que si le vestiaire transforme cet investissement en résultats sur les grandes scènes.
L'enjeu économique n'est pas négligeable non plus. Une participation aux demi-finales de Ligue des champions génère des revenus de diffusion et de billetterie supplémentaires qui se chiffrent en dizaines de millions d'euros — une réalité qui pèse dans les équations financières des deux clubs, même si elle s'efface derrière la dramaturgie sportive le soir du match.
Quand le coup de sifflet retentira à Anfield, toutes ces considérations s'effaceront au profit d'un football simple et brutal : onze contre onze, quatre-vingt-dix minutes, et un seul billet pour la suite. Mohamed Salah, lui, sait depuis longtemps que c'est dans ces moments-là que les carrières s'écrivent définitivement. À l'heure où son contrat avec Liverpool touche à sa dernière année — et où son avenir au club reste une question ouverte — cette soirée européenne pourrait bien être l'une des plus importantes de sa décennie sur les bords de la Mersey. Une façon, peut-être, de rappeler à tout le monde pourquoi on ne laisse pas partir les légendes sans se battre.