Medhi Benatia partira à l'issue de la saison. L'Olympique de Marseille a déjà trois profils ciblés pour lui succéder à la direction sportive.
Medhi Benatia n'aura tenu qu'une saison et demie. Arrivé à l'été 2023 avec la mission de reconstruire un club en pleine turbulence identitaire, l'ancien défenseur international marocain quitte l'Olympique de Marseille au terme d'un exercice 2024-2025 qui, quoi qu'il en soit de ses résultats sportifs, n'aura pas suffi à convaincre la direction de Pablo Longoria de prolonger l'aventure. Le club phocéen, sixième budget de Ligue 1 selon les dernières estimations de l'Observatoire du football CIES, se retrouve donc à devoir recruter un directeur sportif pour la troisième fois en moins de quatre ans — un rythme qui interroge autant sur la stabilité structurelle du projet marseillais que sur les ambitions réelles de Frank McCourt, propriétaire américain discret mais dont chaque décision pèse sur la trajectoire du club.
Pourquoi le départ de Benatia fragilise l'OM à un moment charnière ?
Le timing est tout sauf anodin. L'Olympique de Marseille aborde un mercato estival décisif avec un entraîneur, Roberto De Zerbi, qui a déjà affiché publiquement ses exigences en matière de recrutement, et une masse salariale à équilibrer après plusieurs exercices déficitaires. Perdre son directeur sportif dans ce contexte, c'est perdre le fil conducteur entre le projet de jeu et la politique de transferts — un écart qui peut coûter cher, comme l'illustre l'exemple lyonnais, où l'instabilité au sommet a directement alimenté les crises sportives à répétition.
Benatia, malgré ses qualités relationnelles et une capacité réelle à incarner le club sur la scène méditerranéenne, n'aura pas réussi à imposer une ligne de recrutement cohérente sur la durée. Le bilan chiffré reste ambigu : des achats parfois pertinents, des ventes mal négociées, et une masse salariale qui a continué de progresser sans que les performances européennes ne suivent. L'OM a été éliminé dès les phases de groupes de la Ligue Europa lors de son dernier passage continental, un échec qui a accéléré les discussions sur l'avenir du staff dirigeant.
Le vrai problème structurel, celui que pose cette nouvelle transition, tient à l'attractivité du poste lui-même. Diriger le secteur sportif d'un club aussi passionnel que l'OM, c'est accepter de travailler sous une pression médiatique et populaire permanente, avec des marges de manœuvre financières souvent inférieures aux attentes affichées. Trois prédécesseurs en moins de quatre ans, ce n'est pas une statistique anodine.
Quels profils l'OM cible-t-il vraiment pour ce poste stratégique ?
Selon plusieurs sources proches du dossier, Longoria et son entourage ont d'ores et déjà listé trois noms prioritaires pour prendre la succession de Benatia. Si ces profils n'ont pas encore été officiellement confirmés, la méthode marseillaise est connue : le président espagnol travaille vite, préfère les réseaux directs aux intermédiaires, et a toujours accordé une prime aux profils capables de combiner expertise analytique et présence terrain.
Deux grandes familles de candidats semblent se dégager. D'un côté, des directeurs sportifs expérimentés ayant déjà exercé dans des championnats majeurs européens, capables d'apporter immédiatement une crédibilité institutionnelle auprès des agents et des clubs vendeurs. De l'autre, des profils plus novateurs, issus de la nouvelle génération de managers de données et de scouting, qui correspondent davantage à la vision d'un football moderne que De Zerbi appelle de ses vœux. L'OM devra trancher entre tradition et rupture, et ce choix dira beaucoup sur la direction que Longoria entend donner au projet à moyen terme.
Une contrainte supplémentaire pèse sur ce recrutement : le futur directeur sportif devra impérativement parler le même langage que Roberto De Zerbi, technicien aussi brillant qu'exigeant, qui n'a jamais caché sa propension à imposer ses vues sur les dossiers de transferts. À Brighton, où il a exercé avant de rejoindre Marseille, De Zerbi bénéficiait d'une structure de scouting parmi les plus avancées d'Europe. Lui proposer un directeur sportif qui ne partage pas cette culture analytique serait une erreur stratégique majeure.
Quel modèle de direction sportive l'OM peut-il encore se permettre d'incarner ?
La question de fond n'est pas tant de savoir qui remplacera Benatia que de comprendre quel rôle l'OM entend faire jouer à son directeur sportif dans son architecture décisionnelle. Dans les clubs qui fonctionnent bien — qu'on pense à l'Atlético de Madrid sous Andrea Berta, ou au Bayer Leverkusen qui a construit son titre historique de Bundesliga 2023-2024 sur une cohérence absolue entre le sportif et l'administratif — le directeur sportif est un architecte de long terme, pas un pompier de service.
Or l'OM a souvent traité ce poste comme une variable d'ajustement. Trois titulaires du poste en moins de quatre ans, c'est trois projets partiellement abandonnés, trois philosophies de recrutement qui ne se sont pas pleinement exprimées. Cette instabilité a un coût invisible mais réel : elle mine la confiance des agents, complique les négociations avec les clubs partenaires, et envoie un signal contradictoire aux joueurs que le club souhaite attirer.
Pablo Longoria, qui cumule depuis plusieurs saisons des responsabilités présidentielles et une influence directe sur le recrutement — un cumul que certains observateurs jugent contre-productif —, devra peut-être aussi redéfinir les contours de sa propre fonction pour que le futur directeur sportif dispose d'une réelle autonomie opérationnelle. Sans cette clarification, le risque est de reproduire les mêmes frictions qui ont, selon plusieurs sources internes, pesé sur la fin de l'ère Benatia.
Le mercato estival s'ouvre dans moins de deux mois. L'OM devra, pour être crédible sur ce marché, présenter rapidement un directeur sportif légitime, disposant d'une feuille de route claire et du soutien affiché de l'ensemble de la direction. Le nom qui sera annoncé dira presque autant que les recrues elles-mêmes sur la capacité du club phocéen à franchir un vrai palier européen — ou à se contenter, une nouvelle fois, de gérer l'urgence en attendant mieux.