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Football

OM et Bouhafsi, le rendez-vous manqué qui interroge

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

La piste Mohamed Bouhafsi pour la présidence de l'OM aurait tourné court avant même d'avoir vraiment existé. Un épisode révélateur des turbulences du club phocéen.

OM et Bouhafsi, le rendez-vous manqué qui interroge

Quelques semaines à peine après que son nom avait commencé à circuler dans les couloirs du Vélodrome, Mohamed Bouhafsi ne sera vraisemblablement pas le prochain président de l'Olympique de Marseille. Une piste abandonnée aussi vite qu'elle avait été ouverte — ce rythme dit déjà beaucoup sur l'état d'un club qui traverse l'une des périodes les plus incertaines de son histoire récente, éliminé prématurément de la Ligue des Champions et de la Coupe de France, et confronté à des questions de gouvernance qui débordent largement le seul cadre sportif.

Pourquoi le nom de Bouhafsi avait-il autant intrigué ?

Journaliste respecté, longtemps visage de RMC Sport avant de rejoindre France Télévisions, Mohamed Bouhafsi n'appartient pas au profil classique du dirigeant de football. Pas d'expérience dans la gestion d'un club professionnel, pas de réseau de recrutement établi, pas de culture du vestiaire au sens opérationnel du terme. Et pourtant, son nom avait généré une attention réelle, y compris au sein d'une partie de la communauté des supporters marseillais, précisément parce qu'il représentait une rupture avec les figures habituelles du monde des affaires sportives.

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L'OM, sous la propriété de Frank McCourt, a souvent cherché à allier image et substance dans ses choix de gouvernance. On se souvient du passage de Jacques-Henri Eyraud, figure du business américain parachutée à la tête du club en 2017, dont le bilan reste âprement discuté. Puis de Pablo Longoria, talent-scout reconnu, promu président en 2021 et dont la légitimité sportive n'a jamais vraiment été remise en cause, même dans les moments difficiles. L'éventualité Bouhafsi répondait à une autre logique — celle d'un homme de communication, de réseau médiatique, capable de redonner au club une aura narrative dans un contexte de défiance.

Mais la logique de communication ne gouverne pas un club de football. Elle l'accompagne, au mieux. Et c'est peut-être là que le projet a achoppé dès les premières réflexions sérieuses.

Que révèle cet abandon express sur la situation interne du club ?

Qu'une piste soit envisagée puis écartée en quelques semaines n'est pas en soi un drame. Les directions sportives et les conseils d'administration explorent régulièrement des profils qui ne donnent rien. Ce qui est frappant ici, c'est la vitesse à laquelle l'information a fuité, puis la vitesse à laquelle le démenti a suivi. Ce double mouvement médiatique, presque simultané, traduit une porosité préoccupante dans la chaîne de décision marseillaise.

L'OM compte actuellement parmi les masses salariales les plus élevées de Ligue 1, dans un contexte où les droits télévisuels domestiques restent déprimés depuis l'effondrement du contrat Mediapro en 2020. Le club doit composer avec des équilibres financiers tendus, une pression des supporters parmi les plus intenses d'Europe — 66 000 abonnés au Vélodrome, un record historique — et une exigence sportive qui n'a pas faibli malgré des résultats en dents de scie cette saison. Dans ce cadre-là, nommer un président relève d'une décision stratégique majeure, pas d'un test de casting public.

Or c'est précisément l'impression que laisse cet épisode. Comme si des noms étaient lancés dans l'espace médiatique pour mesurer les réactions avant qu'une décision réelle soit arrêtée. Cette façon de gouverner par l'opinion, si elle est avérée, serait particulièrement inadaptée à la gestion d'un club aussi exposé que l'OM, où chaque rumeur prend en quelques heures les proportions d'une information nationale.

Qui pourrait réellement piloter le projet marseillais dans la durée ?

La vraie question que pose cet épisode est structurelle. L'Olympique de Marseille a besoin d'une vision à moyen terme, articulée autour d'axes clairs — formation, recrutement, infrastructure, identité de jeu — et portée par une gouvernance stable. Les deux dernières saisons ont été marquées par des changements d'entraîneur, des mercatos agités et une communication institutionnelle souvent défaillante. Le club a terminé huitième de Ligue 1 la saison dernière, son plus mauvais classement depuis plus d'une décennie.

Les profils qui circuleraient désormais dans les réflexions de Frank McCourt seraient davantage issus du monde du management sportif ou du conseil en stratégie d'entreprise appliquée au sport. Des figures moins médiatiques, plus opérationnelles. Ce serait sans doute plus raisonnable. Mais l'histoire de l'OM a toujours entretenu un rapport particulier avec les personnalités clivantes et flamboyantes — de Bernard Tapie à Robert Louis-Dreyfus, le club a rarement prospéré sous des gouvernances discrètes.

Il faudra pourtant bien trouver un équilibre entre la nécessité d'incarner un projet lisible pour les supporters et celle de construire une organisation solide dans l'ombre des projecteurs. Pablo Longoria, dont le rôle exact au sein de la structure pourrait évoluer selon les décisions à venir, reste une ressource précieuse — à condition que les lignes de pouvoir soient clairement établies et que McCourt accepte enfin de communiquer directement sur ses intentions à long terme pour le club.

L'épisode Bouhafsi, anecdotique en apparence, pointe vers une réalité plus lourde. Marseille est un club qui ne peut pas se permettre de naviguer à vue dans ses choix de direction, sous peine de voir ses ambitions sportives se diluer dans une agitation permanente. La prochaine nomination à la présidence sera scrutée avec une attention proportionnelle à l'attente qui s'est accumulée. Et cette fois, l'identité du futur dirigeant devra s'accompagner d'un projet clairement articulé — pas seulement d'un nom qui circule bien dans les rédactions.

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