Pour la deuxième fois de la saison, l'Olympique de Marseille s'envole vers Marbella. Un choix qui en dit long sur l'état du club.
Marbella est devenue le purgatoire préféré de l'Olympique de Marseille. Quand le Vélodrome gronde, quand le vestiaire tangue, quand les résultats ne suivent plus, le club phocéen prend ses valises et file vers la Costa del Sol chercher une forme de rédemption collective sous le soleil andalou. Ce nouveau stage, rapporté par RMC, est le deuxième de la saison. Le premier avait eu lieu fin février, dans la foulée du départ fracassant de Roberto De Zerbi et de l'arrivée d'Habib Beye sur le banc. Deux mois plus tard, rebelote. Le décor ne change pas. Seule la crise, elle, évolue.
Beye remet les compteurs à zéro, encore
Habib Beye n'a pas froid aux yeux. Prendre les rênes d'un club en pleine tempête, c'est déjà une chose. Remettre ses joueurs en stage pour la seconde fois en quelques semaines, c'en est une autre. Ce choix dit quelque chose de précis sur l'état du groupe marseillais : la cohésion ne va pas de soi, les automatismes sont à construire, et le contexte de fin de saison n'autorise aucun relâchement. Le stage de Marbella est à la fois un outil tactique et un signal politique, celui d'un entraîneur qui entend reprendre la main sur un effectif hérité d'une autre ère.
De Zerbi avait quitté le navire dans des circonstances encore floues, après une saison en dents de scie qui avait pourtant suscité une vraie ferveur. L'Italien avait apporté un jeu, une identité, une forme d'exigence intellectuelle peu commune dans le football français. Son départ a laissé un vide que Beye essaie de combler avec les moyens du bord — et apparemment avec beaucoup de voyages vers l'Espagne.
Le choix de Marbella n'est pas anodin. La ville est depuis des décennies une sorte de camp de base du football européen en hiver et au printemps. Des dizaines de clubs y ont posé leurs crampons pour des sessions de travail intensif loin des regards. L'OM y retrouve une forme de routine qui, paradoxalement, peut rassurer autant qu'elle peut inquiéter.
Quand les clubs fuient leur propre réalité
L'histoire du football est jalonnée de stages de la dernière chance qui ont tout changé — ou rien du tout. On se souvient du fameux rassemblement de Clairefontaine de l'équipe de France avant l'Euro 1996, entre tension et reconstruction, ou des sessions de travail imposées par Marcelo Bielsa à ses équipes dans des conditions parfois spartiates qui frisaient le masochisme tactique. Le stage, dans la tradition footballistique, c'est l'aveu que quelque chose ne tourne pas rond, et simultanément l'espoir que l'isolement du groupe va forger quelque chose de nouveau.
À Marseille, on a une relation particulière avec les crises. Le club a connu 27 entraîneurs différents depuis 2000, un chiffre qui illustre mieux que n'importe quel discours l'instabilité chronique de l'institution. Chaque nouveau coach arrive avec ses méthodes, ses stages, ses rituels de refondation. Beye, ancien défenseur international sénégalais passé notamment par le Racing Club de Lens et Newcastle United, connaît de l'intérieur les vestiaires difficiles. Il sait que la confiance se construit loin des conférences de presse et des caméras.
Ce deuxième passage par Marbella intervient dans un contexte de fin de saison sous tension. L'OM doit encore défendre sa place sur le podium de la Ligue 1, une compétition où chaque point compte dans la course à la qualification européenne. Le Paris Saint-Germain a déjà plié l'affaire depuis longtemps, mais derrière, la lutte est âpre. S'accorder quelques jours hors du temps médiatique marseillais — où la moindre séance d'entraînement devient un événement national — peut permettre à Beye d'installer des automatismes sans la pression du Vélodrome dans le dos.
Ce que ce stage révèle sur le projet marseillais
Deux stages en deux mois, c'est un rythme qui pose question. Non pas sur la méthode de Beye, qui peut être parfaitement légitime, mais sur la profondeur des dommages causés par la transition De Zerbi-Beye. Quand on change d'entraîneur en cours de saison, on n'hérite pas seulement d'un groupe. On hérite aussi d'une culture tactique, de relations interpersonnelles figées, de hiérarchies établies. Tout ça ne se reconfigure pas en quelques semaines.
Les joueurs marseillais, eux, doivent s'adapter à un deuxième langage footballistique en quelques mois. L'OM compte dans son effectif des profils très différents, recrutés pour correspondre à la philosophie de jeu de De Zerbi — pressing intense, construction courte, verticalité. Beye travaille-t-il dans la même direction ? Trace-t-il sa propre route ? Le stage à Marbella sera peut-être l'occasion d'obtenir quelques réponses, ou au moins de poser les bonnes questions.
Il y a aussi une dimension psychologique qui ne doit pas être négligée. Marseille, c'est une ville qui mange ses entraîneurs vivants quand les résultats ne suivent pas. La pression y est permanente, viscérale, presque affectueuse dans sa brutalité. S'extraire de ce contexte, même pour quarante-huit heures, peut permettre à un groupe de souffler, de parler sans caméras, de retrouver ce liant collectif que les matches à enjeu ont tendance à éroder.
Le vrai test ne sera pas à Marbella. Il sera au Vélodrome, ou ailleurs dans les dernières journées de Ligue 1, quand l'équipe devra montrer si ces heures de travail espagnoles ont produit quelque chose de tangible. Habib Beye joue gros. Son projet à l'OM se construit sur des fondations encore fragiles, et chaque résultat d'ici la fin de saison dessinera les contours de son avenir sur la Canebière. Marbella ne sauve pas une saison. Mais elle peut en changer la fin.