Driss El Jabali a inscrit un but spectaculaire contre le Wydad Casablanca, candidat sérieux au prix du plus beau but de la saison marocaine.
Il y a des gestes qui s'arrachent au match, qui le dépassent, et qui finissent par habiter la mémoire collective d'un championnat entier. Ce dimanche soir, lors d'une rencontre entre le Maghreb de Fès et le Wydad Athletic Club de Casablanca, Driss El Jabali a produit exactement ce type de réalisation — le genre de but que l'on se repasse en boucle, que l'on envoie sur les groupes WhatsApp sans commentaire, parce qu'aucun mot ne suffit vraiment.
Un geste technique qui redéfinit le niveau du championnat marocain
Le contexte n'est pas anodin. Fès contre Wydad, c'est bien plus qu'un match de Botola Pro. D'un côté, le Maghreb de Fès, club historique du nord du pays, qui tente depuis plusieurs saisons de s'installer durablement dans le ventre mou du championnat sans jamais tout à fait réussir à franchir un palier supplémentaire. De l'autre, le Wydad, double champion d'Afrique, habitué aux projecteurs continentaux, formation la plus titrée du football marocain avec ses 22 championnats nationaux. Autrement dit, la scène était déjà chargée de sens avant même le coup d'envoi.
C'est dans ce cadre que Driss El Jabali a choisi de s'exprimer. Sans entrer dans une description froide et technique du geste — ce serait lui faire injure —, ce qui frappe dans cette réalisation, c'est l'audace. Celle d'un joueur qui, dans un contexte de pression maximale face à un adversaire d'une tout autre stature, décide de tenter l'improbable. Et qui réussit. El Jabali ne marque pas un but ordinaire : il signe un acte de bravoure technique qui force le respect, même dans les rangs adverses.
Le football marocain, depuis la Coupe du monde 2022 et la demi-finale historique des Lions de l'Atlas, vit sous une attention nouvelle. Les regards internationaux se posent désormais sur la Botola Pro avec une curiosité que le championnat n'avait pas toujours su attirer. Dans ce contexte, chaque geste d'exception devient un argument supplémentaire pour ceux qui défendent l'idée d'un football marocain en pleine montée en puissance structurelle. Le but d'El Jabali tombe à point nommé.
- 22 titres de champion du Maroc pour le Wydad Athletic Club, le club le plus titré du pays
- 2022 : le Maroc atteint les demi-finales de la Coupe du monde au Qatar, une première africaine
- Le Maghreb de Fès, fondé en 1946, est l'un des clubs les plus anciens du football marocain
- La Botola Pro regroupe 16 clubs pour une saison qui court de septembre à mai
Ce but comme révélateur d'un football marocain qui cherche ses vitrines
Derrière l'émerveillement esthétique, il faut regarder ce que ce type de réalisation dit sur l'état du football marocain contemporain. La Botola Pro souffre depuis longtemps d'un problème d'exposition. Malgré des talents réels, malgré des clubs aux histoires centenaires, le championnat peine à générer l'engouement populaire et médiatique qu'il mériterait. Les audiences télévisées restent modestes, les stades insuffisamment remplis, et la visibilité internationale quasi inexistante — en dehors des campagnes africaines du Wydad ou du Raja.
Un but comme celui d'El Jabali a donc une valeur qui dépasse largement les trois points en jeu. Il circule sur les réseaux sociaux, il est relayé par des comptes spécialisés en dehors des frontières marocaines, il devient pendant quelques heures ou quelques jours l'ambassadeur d'un championnat qui cherche ses vitrines. C'est précisément ce type de moment qui construit, pierre par pierre, la réputation d'une ligue. On pense à ce qu'ont pu représenter, en leur temps, certains buts de la Serie A italienne ou de la Liga espagnole dans la construction de leur attractivité internationale.
La question qui se pose naturellement est celle de la valorisation de ces talents. Driss El Jabali évolue au Maghreb de Fès, club qui ne dispose pas des ressources du Wydad ou du Raja Athletic Club. Dans un marché des transferts où le football marocain exporte de plus en plus — on pense à la génération Hakimi, Ounahi, Benrahma qui a suivi la trajectoire mondiale — des joueurs comme El Jabali représentent exactement le profil que les recruteurs européens sont désormais formés à détecter. Un geste d'éclat dans un match de référence nationale peut changer une carrière.
Sur le plan sportif pur, la rencontre entre Fès et le Wydad s'inscrit dans une saison de Botola Pro où la hiérarchie traditionnelle est bousculée. Le Wydad, en reconstruction après plusieurs saisons entre gloires continentales et instabilités internes, n'affiche plus la sérénité qui lui permettait jadis de dérouler sans accroc face aux formations supposément inférieures. Que Fès puisse non seulement tenir tête au géant casablancais mais aussi lui offrir un but de cette trempe constitue un signal que les observateurs ne peuvent pas ignorer.
Le prix du plus beau but de la saison en Botola Pro est encore loin d'être attribué — il reste plusieurs mois de compétition, des derbies à venir, des confrontations qui réservent toujours leur part d'imprévu. Mais Driss El Jabali vient de poser ses droits très tôt dans la course. Avec une réalisation qui, au-delà de sa beauté intrinsèque, rappelle que le football sait encore produire des moments qui échappent à toute logique tactique ou mercantile, des instants qui appartiennent d'abord à ceux qui les vivent dans les tribunes, avant d'appartenir à tout le monde.
La vraie question n'est peut-être pas de savoir si ce but remportera un trophée symbolique en fin de saison. Elle est de savoir si le football marocain saura capitaliser sur ces éclairs de génie pour construire enfin la visibilité que son niveau de jeu commence à mériter sur la scène internationale — à quelques années d'une Coupe du monde 2030 que le Maroc co-organisera, et dont les enjeux pour le football local sont considérables.