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Football

Marcus Thuram, l'héritier qui refuse d'être une ombre

Par Rédaction SBM··5 min de lecture·Source: RMC Sport

Appelé en urgence pour le Mondial qatari, Marcus Thuram porte un nom immense. Mais sur le terrain, il commence à écrire sa propre légende.

Marcus Thuram, l'héritier qui refuse d'être une ombre

142 sélections. C'est le chiffre que Lilian Thuram a gravé dans le marbre bleu pendant vingt ans de carrière internationale, un record qui ressemble moins à un héritage qu'à une malédiction pour celui qui porte le même nom. Marcus Thuram a grandi dans cette ombre-là — gigantesque, bienveillante, mais écrasante. Alors quand Didier Deschamps l'a appelé en catastrophe pour la Coupe du monde au Qatar, remplaçant au pied levé un Karim Benzema blessé à l'entraînement, la question était posée frontalement : le fils Thuram allait-il enfin sortir du couloir que son père lui avait, sans le vouloir, dessiné depuis la naissance ?

Gladbach, école de la patience et des coups de poing

Avant le Qatar, Marcus Thuram était surtout connu en France pour être Marcus Thuram. Pas pour ses statistiques au Borussia Mönchengladbach, pas pour ses percées en Bundesliga, pas pour ce jeu de corps hors norme qui lui permet de tenir balle dos au but avec une facilité déconcertante. Le Borussia, club historique de l'élite allemande — cinq titres de Bundesliga, une demi-finale de Coupe UEFA en 1980 — n'a jamais été la vitrine médiatique d'un Bayern Munich ou d'un Borussia Dortmund. Marcus Thuram y a pourtant construit quelque chose de solide, loin des projecteurs, presque à l'abri.

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À Mönchengladbach, il a appris la rigueur défensive propre au football allemand, cette obligation pour les attaquants de presser haut, de défendre en avançant. Il a surtout appris la patience. Sa première saison sous le maillot du Fohlen, en 2019, fut prudente, hésitante presque. Mais au fil des campagnes, Marcus a posé ses marques : puissant, disponible, altruiste dans le jeu collectif mais capable d'éclair individuel. Une double nature qui correspond exactement à ce que Deschamps cherche dans ses équipes depuis des années — des attaquants qui ne rechignent pas à défendre et qui savent être décisifs quand le moment se présente.

Il y a quelque chose de presque symbolique dans son parcours d'avant le Mondial : Guingamp d'abord, le club breton formateur de tant de talents discrets, puis Nice, puis enfin l'Allemagne. Aucune étape glamour, aucun raccourci. Pendant que certains de ses contemporains signaient au PSG ou en Premier League à vingt ans, lui construisait son jeu par strates successives, comme un artisan.

Qatar, novembre 2022 : l'appel du destin a le mauvais timing

La convocation de Deschamps pour la Coupe du monde au Qatar est arrivée dans les pires conditions possibles. Blessure de Benzema, panique feutrée dans le staff, rappel d'urgence. Marcus Thuram débarque dans un groupe champion du monde en titre, au sein d'une génération de stars — Kylian Mbappé, Antoine Griezmann, Olivier Giroud — qui se connaissent par cœur depuis des années. Le nouvel arrivant a 25 ans et moins de dix sélections au compteur.

Ce qui se passe ensuite est fascinant à observer dans le détail. Marcus ne tente pas de s'imposer par l'ego — il n'en a visiblement pas le profil — mais par le travail. Dans un tournoi que les Bleus termineront en finale, perdant aux tirs au but face à l'Argentine de Lionel Messi dans ce match hallucinant de 3-3 après prolongations, il tient son rang. Pas de but retentissant, pas de geste iconique à son crédit personnel. Mais une présence, une disponibilité, une sérénité de guerrier qui tranche avec le statut du remplaçant convoqué de dernière minute.

On pense à Stéphane Guivarc'h en 1998, champion du monde avec la France sans avoir marqué le moindre but en phase finale — souvent moqué pour ça, injustement. L'histoire retient rarement les contributeurs silencieux. Pourtant, dans un tournoi de football, il existe des joueurs qui permettent aux stars d'exister, qui libèrent des espaces, qui portent le poids des duels que personne ne veut. Marcus Thuram a ce profil-là, tout en ayant clairement la capacité d'être bien plus que ça.

Le fils de Lilian, mais pas que — construire l'après

Lilian Thuram a été défenseur. Deux buts en carrière internationale — dont le doublé mythique contre la Croatie en demi-finale du Mondial 1998 — mais défenseur quand même. Marcus attaque. Il a grandi en regardant son père gagner le monde, l'Europe, tout. Il a aussi grandi en voyant un homme qui n'a jamais esquivé ses responsabilités au-delà du terrain, engagé sur les questions sociales et politiques avec une conviction rare dans le milieu du football professionnel.

Ce bagage familial, Marcus le porte différemment. Moins de déclarations tonitruantes, plus de jeu. Sur les réseaux sociaux, il est discret. Dans les conférences de presse, il répond sans se dérober mais sans chercher à occuper l'espace. Il laisse son football parler, et son football, justement, commence à avoir des choses intéressantes à dire.

Car la question qui se pose aujourd'hui est celle de la suite. À 25 ans passés au moment du Qatar, Marcus Thuram entre dans la période charnière de sa carrière. Le Borussia Mönchengladbach, club en reconstruction permanente depuis quelques saisons, est-il encore le meilleur cadre pour qu'il franchisse le palier suivant ? Les clubs de l'élite européenne observent. L'Inter Milan, le Bayern Munich, des clubs anglais — plusieurs noms ont circulé dans la presse spécialisée sans que rien ne se concrétise vraiment encore. C'est dans ces choix-là que se forgent les grandes carrières ou qu'elles s'émoussent.

Son père avait quitté Monaco pour Turin, puis Barcelona, puis Juventus encore — chaque transfert avait été un signal envoyé à la planète football sur ses ambitions. Marcus devra lui aussi, un jour, envoyer ce signal. Le Qatar a montré qu'il pouvait vivre dans la pression, que le nom Thuram n'était pas un fardeau mais peut-être, enfin, une rampe de lancement. L'héritier a prouvé qu'il existait. Reste à lui de décider s'il veut juste exister, ou laisser une trace qui soit réellement la sienne.

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