Indésirable à Marseille, Neal Maupay a rejoint le Séville FC cet hiver. Un transfert qui solde une aventure phocéenne avortée.
Il y a des départs qui soulagent tout le monde. Neal Maupay n'avait plus sa place à l'Olympique de Marseille depuis de longs mois — placardisé, absent des plans de Roberto De Zerbi, fantôme d'un recrutement estival qui n'avait jamais convaincu. Cet hiver, le dénouement est venu de Séville. Le Séville FC a décidé de lui tendre la main, et l'attaquant français de 27 ans a saisi l'occasion sans hésiter. Un départ discret, presque logique, mais qui mérite qu'on s'y arrête.
L'OM se débarrasse d'un boulet estival sans claquer la porte
Maupay à Marseille, c'était l'histoire d'un mariage raté dès la lune de miel. Recruté lors du mercato estival 2023 en provenance d'Everton, l'ancien Brentford devait apporter de la percussion, du pressing et de l'instinct offensif à une équipe qui cherchait à retrouver de la hauteur en Ligue 1. Ça n'a jamais fonctionné. Les statistiques sont sans appel : à peine 4 buts en 32 apparitions sous le maillot olympien, dont une majorité de montées au jeu anecdotiques. Neal Maupay n'a jamais existé à l'OM.
Quand Roberto De Zerbi a débarqué sur la Canebière à l'été 2024, le sort de l'attaquant était scellé. Le technicien italien, exigeant jusqu'à l'obsession sur les profils qu'il intègre dans son système, n'a jamais envisagé de miser sur lui. Maupay s'est retrouvé dans le couloir, attendant une sortie qui ne venait pas. Plusieurs pistes ont circulé, sans jamais aboutir, jusqu'à ce que Séville ne se manifeste concrètement en janvier.
Pour le club phocéen, l'équation était simple : se séparer d'un joueur hors des plans sans perdre la face, idéalement en récupérant un minimum sur l'investissement initial. L'OM avait déboursé environ 7 millions d'euros pour s'attacher ses services il y a dix-huit mois. Récupérer une partie de cette somme, ou au moins libérer de la masse salariale, était l'objectif minimal. Mission accomplie.
Séville, dernier refuge des carrières à relancer
Le Séville FC, c'est une institution qui a l'habitude de jouer les sauveurs au mercato hivernal. Pas toujours par choix, souvent par nécessité. Le club andalou traverse depuis deux saisons une période de turbulences — sportives et financières — qui l'a contraint à revoir ses ambitions à la baisse. Sixième de Liga à mi-saison, à distance respectable du podium, Séville cherche à se renforcer sans exploser son budget. Maupay correspond à ce profil : disponible, motivé par l'envie de se prouver, et techniquement capable d'apporter quelque chose si on lui recrée un environnement favorable.
Car avant son passage raté en Premier League avec Everton puis son naufrage marseillais, Neal Maupay avait affiché de vraies qualités. Chez Brentford, entre 2019 et 2022, il avait inscrit 45 buts en Premier League, s'imposant comme l'un des attaquants les plus efficaces de ce club promu avec des moyens limités. Ce Maupay-là, celui qui pressait, qui se battait, qui trouvait les espaces, Séville espère le retrouver. Ambitieux ? Peut-être. Utopique ? Pas forcément.
En Espagne, le changement de décor peut faire des miracles. La Liga, son rythme, ses espaces, son rapport différent à la possession — tout cela peut redonner vie à un attaquant qui étouffait dans le système ultra-exigeant de De Zerbi. Maupay n'a pas besoin d'un long discours de motivation. Il sait ce qu'il a à faire, et il sait aussi que les occasions de rebondir à ce niveau ne sont pas infinies.
Un mercato hivernal qui révèle les failles du recrutement marseillais
Au-delà du cas Maupay, ce transfert dit quelque chose d'important sur la gestion du recrutement à l'OM ces dernières années. L'arrivée de Pablo Longoria à la présidence avait été saluée comme un vent de renouveau, une vision plus structurée, plus analytique du marché des transferts. Et il y a eu de vrais coups — Alexis Sanchez, Samuel Gigot, Pierre-Emerick Aubameyang sur le papier. Mais il y a aussi eu des erreurs, des paris perdus, des profils mal jaugés.
Maupay entre dans cette dernière catégorie. Le recrutement estival 2023 de l'OM reste globalement décevant, et ce départ en catimini vers la Liga n'en est que le dernier symbole. Quand un joueur quitte le club six mois après l'arrivée d'un nouvel entraîneur sans que ce dernier n'ait jamais vraiment compté sur lui, c'est que quelque chose a mal fonctionné en amont — dans l'analyse du profil, dans la projection tactique, dans l'adéquation au projet.
De Zerbi, lui, avance. Ses recrues hivernales — ou leur absence — témoignent d'une volonté de construire sur le long terme plutôt que de colmater avec des pièces rapportées. L'OM pointe à une position encourageante en Ligue 1, et la patte de l'Italien commence à se voir sur le jeu. Mais le mercato de janvier a rappelé que les marges de manœuvre restent étroites, et que chaque euro mal investi se paye cash.
Neal Maupay, lui, repart à zéro sous le soleil andalou. On lui souhaite sincèrement de retrouver le niveau qui avait fait de lui une pépite à Brentford. Parce que le football a besoin d'histoires de renaissance. Et parce que si Séville parvient à lui redonner confiance et continuité, ce transfert hivernal pourrait bien figurer dans les bonnes affaires de ce mercato — une de ces transactions discrètes qui font parfois plus de bruit six mois après qu'au moment où elles se signent.