Frank McCourt penserait à Mohamed Bouhafsi pour prendre la présidence de l'OM. Une candidature aussi inattendue que symboliquement chargée.
Mohamed Bouhafsi président de l'Olympique de Marseille. Prenez le temps de relire cette phrase. Elle a quelque chose d'à la fois improbable et parfaitement cohérent avec l'époque — celle où les frontières entre médias, pouvoir et sport professionnel n'ont jamais été aussi poreuses. Selon plusieurs sources concordantes, Frank McCourt aurait coché le nom du journaliste et dirigeant du groupe TF1 parmi les profils envisagés pour succéder à Pablo Longoria à la tête du club phocéen. Le propriétaire américain, qui cherche un nouveau président d'ici la fin de saison, aurait donc tourné son regard vers un homme qui a passé des années à décrypter le football depuis les tribunes de presse avant de basculer côté cour.
Le journaliste qui voulait changer de camp : une trajectoire presque logique
Il faudrait être de mauvaise foi pour prétendre que Bouhafsi n'a jamais fait mystère de sa fascination pour le monde du football de l'intérieur. Sa reconversion partielle vers la direction éditoriale puis vers des responsabilités managériales au sein de TF1/LCI l'a déjà éloigné du micro pour le rapprocher des rouages institutionnels. Le pas vers une présidence de club, s'il est franchi, ne serait pas celui d'un amateur égaré — ce serait la continuation d'un glissement entamé depuis plusieurs saisons.
L'histoire du football regorge de ces trajectoires hybrides. Michel Denisot a présidé le Paris Saint-Germain de 1991 à 1998 en venant du monde de la télévision et de la communication. Bernard Tapie lui-même, avant de devenir le symbole d'un OM conquérant et sulfureux, était d'abord un homme de médias et de spectacle avant d'être un dirigeant sportif. Le précédent existe, le modèle aussi. Ce qui change, c'est le contexte : l'OM version McCourt traverse une saison 2025-2026 particulièrement éprouvante, sur le terrain comme dans les travées du Vélodrome, et la recherche d'un président devient presque une urgence structurelle.
Bouhafsi dispose d'atouts réels. Son carnet d'adresses dans le football français est l'un des mieux garnis qui soit — des années passées à construire des relations avec agents, joueurs et dirigeants lui confèrent une crédibilité immédiate dans les coulisses du mercato. Sa notoriété publique, ensuite, n'est pas négligeable dans une ville où le club est religion et où chaque décision du board est scrutée avec une intensité digne d'un conclave. Enfin, sa maîtrise des codes médiatiques pourrait permettre à l'OM de mieux gérer sa communication institutionnelle, devenue ces dernières années un chantier aussi délicat que le recrutement estival.
- L'OM cherche un nouveau président avant la fin de la saison 2025-2026
- Mohamed Bouhafsi est actuellement directeur général adjoint de TF1 Publicité et figure centrale du groupe TF1
- Pablo Longoria a quitté la présidence du club après plusieurs saisons marquées par des résultats en dents de scie
- Frank McCourt est propriétaire de l'OM depuis 2016, avec un investissement total estimé à plus de 500 millions d'euros dans le club
McCourt cherche un visage : l'OM à la croisée des chemins institutionnels
Le vrai sujet, au fond, ce n'est pas tant Bouhafsi lui-même que ce que son éventuelle nomination dirait de l'état du projet McCourt. Neuf ans après le rachat du club, le milliardaire américain n'a toujours pas réussi à installer une direction stable et durable. Longoria était arrivé en pompier en 2021, il repart en laissant un club sans boussole claire. L'instabilité chronique des présidents phocéens — on pense évidemment aux valses-hésitations des années Tapie post-chute, ou aux errements de la période Dreyfus — semble avoir trouvé une nouvelle déclinaison à l'ère américaine.
McCourt a besoin d'un visage qui parle aux supporters marseillais tout en étant capable de dialoguer avec les investisseurs, les agents et les instances européennes. Un profil bilingue, au sens presque littéral du terme : quelqu'un qui comprend à la fois la langue du vestiaire et celle des boardrooms. Bouhafsi coche potentiellement ces deux cases — ce qui explique sans doute pourquoi son nom circule avec suffisamment de persistance pour être pris au sérieux.
Reste la question centrale : est-il prêt à franchir le Rubicon ? Diriger un club comme l'OM, c'est s'exposer à une pression permanente et impitoyable. Marseille n'est pas un club comme les autres — c'est une institution qui mange ses présidents avec une régularité troublante. Pape Diouf, homme de médias lui aussi et l'un des dirigeants les plus respectés de l'histoire récente du club, avait fini par craquer sous le poids des contradictions internes. La référence n'est pas anodine : Diouf aussi était arrivé par la porte des mots avant de tenter d'écrire l'histoire depuis un bureau directorial.
Le calendrier presse. McCourt veut boucler cette nomination avant l'été, soit avant l'ouverture du prochain mercato — un timing qui dit tout de l'urgence ressentie en interne. Sans président en place, les négociations de transferts, la gestion du vestiaire et les relations avec le staff technique deviennent des équilibres impossibles. Roberto De Zerbi, l'entraîneur italien arrivé sur le banc phocéen avec une réputation de visionnaire offensif, a besoin d'interlocuteurs stables pour construire sur la durée. Sans cap institutionnel clair, même le meilleur projet sportif finit par se diluer.
Si la piste Bouhafsi se confirme dans les prochaines semaines, elle dira quelque chose de profond sur l'évolution du football français et sur la manière dont les clubs de l'élite pensent désormais leur gouvernance. Le temps où un président devait d'abord être un homme de football pur est révolu — les clubs cherchent des architectes capables de gérer des marques globales autant que des équipes. Marseille, ville-monde et club-monde, n'échappera pas à cette logique. Avec ou sans Bouhafsi.