Absent depuis quatre mois sur blessure, Paul Pogba est de retour dans le groupe de l'AS Monaco pour le choc face à l'OM en Ligue 1.
Quatre mois. C'est le temps qu'il a fallu à Paul Pogba pour remettre son mollet d'aplomb et retrouver un vestiaire, un bus de déplacement, l'odeur du gazon un soir de match. Ce dimanche, pour la 28e journée de Ligue 1, l'AS Monaco reçoit l'Olympique de Marseille — et le nom de Pogba figure bien dans le groupe monégasque. Peu importe s'il joue cinq minutes ou quarante-cinq, le symbole est là. Le géant revient, et il revient pour un affrontement qui a rarement besoin d'une tête d'affiche pour exister.
Un claquage au mollet qui a failli tout remettre à zéro, mais alors vraiment tout ?
Le diagnostic était tombé en novembre comme une mauvaise nouvelle qu'on espérait éviter. Un claquage au mollet, cette mécanique capricieuse qui avait déjà ralenti sa progression en début de saison. Pour Pogba, la blessure n'est plus un accident de parcours, elle est presque devenue un compagnon indésirable. Depuis sa sortie de prison en Italie, depuis son départ de la Juventus Turin, le milieu de terrain de 31 ans cherche une stabilité physique qui se dérobe sans cesse.
Monaco avait misé sur lui en janvier, un pari courageux. Un joueur de ce calibre, disponible sur le marché, ça ne se refuse pas — même si tout le monde sait que le risque est réel. Et voilà que la blessure frappe dès les premiers mois. Quatre mois sans compétition, c'est une éternité dans un championnat qui ne s'arrête jamais pour personne. Pendant ce temps, les Monégasques ont continué à tourner, à performer, à s'accrocher à leurs ambitions européennes. Le groupe a tenu sans lui. Ce qui, paradoxalement, rend son retour encore plus intéressant.
Parce que Pogba ne revient pas pour sauver un naufrage. Il revient dans une équipe qui tourne. Et ça change tout à la dynamique.
Ce match face à l'OM, pourquoi c'est le moment idéal ou le pire pour réapparaître ?
Il y a des matchs qui pardonnent les rouilles d'un retour de blessure, et il y a l'Olympique de Marseille. L'OM, c'est un adversaire qui n'attend pas, qui presse haut, qui fait courir. Roberto De Zerbi a construit une équipe qui impose un rythme infernal, et Marseille reste l'une des formations les plus intenses physiquement de Ligue 1 cette saison. Pour un joueur qui reprend après quatre mois d'absence, l'entrée en matière est brutale.
Pourtant, il y a quelque chose de romantique dans ce choix — si c'en est un. Pogba contre l'OM, à Louis-II ou ailleurs, c'est une affiche. Le public vient pour voir ça, même inconsciemment. Et Adi Hütter, le technicien autrichien de Monaco, le sait parfaitement. On ne sort pas Pogba pour un match anodin, on le garde pour un moment de tension, pour un choc où son seul nom peut peser dans un vestiaire adverse.
Reste à savoir quelle version de Pogba on va voir. Sera-t-il utilisé en sortie de banc, pour vingt minutes de gestion et de qualité technique dans les derniers instants ? Ou Hütter prend-il le risque de le titulariser dans un schéma à double pivot, en l'entourant de suffisamment de dynamisme pour compenser son manque de rythme ? Les interrogations sont nombreuses, mais une chose est sûre : avec Paul Pogba dans le groupe, la configuration tactique de Monaco est immédiatement différente. Sa présence ouvre des options. Et en football, les options, c'est du pouvoir.
Que représente vraiment ce retour pour la suite de la saison monégasque ?
Monaco pointe à une position qui lui permet encore de croire à une qualification européenne solide, voire à quelque chose de plus ambitieux selon les résultats des concurrents directs. Dans ce contexte, retrouver un joueur de la stature de Pogba au meilleur moment du championnat — les dix dernières journées, celles qui décident de tout — ressemble à une carte bonus distribuée en cours de partie.
Car Pogba n'est pas qu'un nom sur une feuille de match. Sur le terrain, quand il est à 80 % de ses capacités et que le mollet tient, il change la nature du jeu. Sa lecture des espaces, sa capacité à fixer deux adversaires avant de libérer un coéquipier, sa technique de frappe — cinq titres de champion en Angleterre, une Coupe du monde 2018, une finale de Ligue des champions : son palmarès rappelle qu'on parle d'un joueur qui a souvent répondu présent dans les moments décisifs. Pas toujours, mais souvent.
La question qui taraude, c'est celle de la durée. Combien de temps peut-il enchaîner des matchs sans rechuter ? C'est la vraie variable que Monaco doit gérer avec soin. Le staff médical sera en première ligne, et Hütter devra résister à la tentation de l'aligner trop souvent, trop longtemps, trop vite. La gestion du temps de jeu de Pogba dans les prochaines semaines dira beaucoup sur la façon dont le club envisage son avenir au Rocher — au-delà de juin.
Car oui, la question contractuelle finira par se poser. Mais pour l'instant, Monaco a plus urgent à régler. L'OM débarque ce dimanche, et un certain numéro 10 à l'histoire tumultueuse enfile ses crampons pour la première fois depuis novembre. Le football a cette capacité magnifique à effacer les mois perdus en quelques passes réussies. Pogba le sait mieux que quiconque. Il ne lui reste qu'à le prouver, encore, une nouvelle fois, sur ce terrain qui ne fait de cadeau à personne.