Les Girondins de Bordeaux se sont inclinés à domicile face à la réserve de Lorient en National 2. Premier revers pour Rio Mavuba sur le banc bordelais.
La réalité du terrain est parfois brutale. Rio Mavuba, légende du club au scapulaire, vient d'encaisser sa toute première défaite en tant qu'entraîneur des Girondins de Bordeaux. Ce samedi, lors de la 25e journée du groupe A de National 2, les Marine et Blanc se sont fait bousculer à domicile par la réserve du FC Lorient. Pas n'importe quel adversaire symboliquement — une équipe B — et pas dans n'importe quel contexte. À Bordeaux, on attendait l'homme fort, le capitaine reconverti en sauveur. La réalité de la quatrième division nationale remet tout le monde à sa place.
Que s'est-il passé face aux Lorientais ?
Selon nos informations, la rencontre n'a pas ressemblé à un accident industriel mais à un vrai match subi. Les Girondins ont manqué de tranchant offensif, incapables de faire la différence sur leur propre pelouse face à des Bretons venus sans complexe. La réserve lorientaise, habituée à pratiquer un football structuré sous l'impulsion de la formation finistérienne, a su exploiter les lacunes défensives bordelaises. À en croire l'entourage du groupe professionnel qui suit de près les résultats de la section amateur, la déception est réelle mais pas une surprise totale. Bordeaux reste une équipe en reconstruction profonde, à tous les étages du club.
Mavuba a pris les rênes de cette équipe avec l'ambition affichée de redonner une identité à un club qui en avait perdu jusqu'au nom sur les grandes affiches européennes. Mais le National 2, c'est aussi 34 journées de vérité, de déplacements compliqués, de joueurs en quête de contrats et de week-ends sans filet. Cette première défaite à domicile n'invalide pas le projet, elle en révèle simplement la difficulté réelle.
L'effet Mavuba peut-il vraiment fonctionner à ce niveau ?
La question mérite d'être posée franchement. Rio Mavuba, 39 ans, n'est pas un entraîneur sorti d'une école de football avec un diplôme UEFA Pro sous le bras et dix ans de banc derrière lui. C'est un symbole. Un homme qui a porté le brassard, gagné un titre de champion de France avec le LOSC de Rudi Garcia en 2011, et qui revient à Bordeaux par conviction autant que par attachement sentimental.
Mais le symbole ne suffit pas. Dans le groupe A de National 2, les équipes réserves des clubs professionnels comme Lorient, Bordeaux lui-même il y a quelques années encore, ou des clubs ambitieux de la région, jouent un football intense, athlétique, peu enclin à céder à l'aura d'un nom. Sur 25 journées disputées, l'ancien milieu de terrain a su maintenir le groupe dans le peloton, une performance relative compte tenu du contexte institutionnel et financier du club. Mais une première défaite à domicile face à une réserve crée inévitablement des doutes dans les tribunes bordelaises, déjà si meurtries depuis la relégation en cascade.
Selon nos informations, les dirigeants du club restent publiquement solidaires de Mavuba, convaincus que le pari sur l'identité bordelaise est le bon à long terme. Reste à savoir si les résultats suivront avant que la patience des supporters — et des investisseurs — s'érode davantage.
Bordeaux peut-il encore croire à une montée cette saison ?
À la 25e journée, avec neuf journées restantes, la marge de manœuvre se réduit. Le National 2 n'offre qu'une place de montée directe et un barrage aux premiers de chaque groupe. Chaque point perdu à domicile, a fortiori face à une équipe B, pèse lourd dans la course finale. Les Girondins n'ont officiellement pas communiqué sur leur position exacte au classement après cette journée, mais l'écart avec les leaders du groupe A est une donnée que le staff surveille chaque dimanche soir avec attention.
Ce qui est certain, c'est que le modèle économique du club post-liquidation judiciaire repose sur une remontée progressive dans la hiérarchie du football français. Chaque saison en National 2 est une saison de plus sans les revenus de la Ligue 2, sans les droits TV associés, sans les infrastructures commerciales qui tournaient à plein régime quand les Girondins jouaient l'Europa League. À titre de comparaison, le budget de fonctionnement d'un club de N2, même historique, représente moins de 5 % de ce qu'était le budget annuel de Bordeaux en Ligue 1 il y a encore trois ans. L'écart est vertigineux.
Mavuba le sait mieux que quiconque. Il n'est pas venu chercher de la gloire facile. Il est venu pour construire, pour transmettre une culture de travail à des joueurs qui, pour certains, n'ont jamais connu le Matmut Atlantique en feu un soir de huitième de finale. C'est peut-être là, dans ce travail de fond invisible, que réside la vraie valeur de sa présence sur ce banc.
Bordeaux a neuf matches pour prouver que cette défaite face à Lorient n'était qu'une parenthèse. La saison prochaine, si la montée se confirme, on dira que Mavuba a réussi là où d'autres auraient flanché. Si elle ne se confirme pas, les questions sur la pertinence du choix de l'entraîneur reviendraient avec une force redoublée. Le football ne pardonne pas longtemps au nom seul.